• A Evry, un premier meeting hybride de Manuel Valls

    Récit

    A Evry, un premier meeting hybride

    de Manuel Valls

    Par Laure Bretton 19 mai 2016 à 07:08  LIEN
     
     

     

     

    Manuel Valls à Evry mercredi soir. Photo Albert Facelly pour Libération

     

    Coincé entre sa loyauté institutionnelle et la volonté d'incarner le mouvement, le Premier ministre s'est lancé mercredi dans une série de rencontres directes avec les Français, dans son fief d'Evry.

     

    «Et maintenant, sous vos applaudissements, comme disait Jacques Martin… » Francis Chouat rajuste sa veste, remonte ses lunettes. Manifestement ravi de son rôle de Monsieur Loyal, l’actuel maire d’Evry accueille son prédécesseur devenu Premier ministre pour un exercice périlleux mêlant défense du bilan gouvernemental et perspectives pour la suite, quelle qu’elle soit. Un peu plus d’applaudissements en cascade et de ferveur, on aurait dit Manuel Valls lancé dans la course à la présidentielle. Déjà qu’il y a ce hashtag qui claque comme un slogan de campagne et comme un écho au «ça va mieux» présidentiel: «La France est belle»… D’un autre côté, si plus de trois ministres s’étaient perchés mercredi soir sur les tabourets du gymnase Jean-Louis Moulin pendant trois heures, cela aurait été dépeint en remake de «Hé Ho la gauche», les meetings organisés par les proches de François Hollande pour valoriser la politique menée depuis 2012.

     

    Preuves supplémentaires du côté hybride de la soirée, entre université populaire pro-Hollande et écurie pro-Valls: elle est financée pour moitié par la fédération PS locale et pour l’autre par l’association de financement de la primaire de Valls en 2011. Le service d’ordre est assuré par celui du parti mais les membres les plus influents du cabinet du Premier ministre ont fait le déplacement dont, fait rarissime, Véronique Bédague, sa directrice.

     

    «On ne va pas rajouter un candidat à un candidat»

     

    Mais vu la très mauvaise passe traversée par la majorité - nouveau passage en force sur la loi Travail, quasi-dépôt d’une motion de censure de gauche, multiplication des quasi-candidatures - «on ne va pas rajouter un candidat à un candidat, une écurie à une écurie, un bordel à un bordel», concède un membre du premier cercle vallsiste. Soit l’enfer de Matignon, où la loyauté institutionnelle empêche d’exister en tant que militant de sa cause personnelle.

     

    «Il nous reste douze mois pour faire au moins deux choses: continuer à agir dans tous les domaines et élargir les horizons, construire pour demain, recréer une dynamique pour la présidentielle», récite donc Valls dans son propos liminaire, pour lequel il a tombé la veste et retroussé ses manches. «Une soirée de débat où les ministres parlent la moitié du temps, c’est quand même la preuve qu’il ne joue pas perso», vante le sénateur Luc Carvounas. Valls défend quand même des propositions à lui, comme le service civique obligatoire pour toute une tranche d’âge ou le revenu universel pour les jeunes, «une idée qui mettra cinq, dix, quinze ans à se mettre en œuvre». On est priés de comprendre qu’il s’inscrit lui aussi dans ce «temps long».

     

    Peu importe que pour les centaines de policiers et gendarmes déployés autour gymnase pour repousser les opposants à la loi Travail ce soit «par là le meeting», Manuel Valls revendique un format inédit de rencontre «citoyenne». Mais cela rappelle quand même furieusement celles de Ségolène Royal en 2007 ou de Bruno Le Maire plus récemment. Une salle organisée comme un plateau télé avec du public sur les quatre côtés, une scène au niveau du sol, pas de pupitre, des tables hautes et des tabourets.

     

    On est là pour un «dialogue», d’où l’ambiance «studieuse» et les questions convenues et polies. «Je voudrais vous interpeller sur la mission locale…» «J’aimerais apporter mon témoignage d’enseignante…» Les réponses des ministres (Najat Vallaud-Belkacem, Patrick Kanner et Thierry Mandon) sont exclusivement des plaidoyers pro-domo. Celles de Valls dégagent un sentiment de déjà-vu patent. Sa nouvelle devise: une «France confiante, créative et fraternelle».

     

    «Faire remonter le positif»

     

    Officiellement, même les mécontents de la politique menée par l’exécutif sont les bienvenus dans ces réunions qui s’étaleront jusqu’à la mi-juillet. La prochaine est prévue le 28 mai à Clermont-Ferrand pour parler de culture. En réalité, il faut s’inscrire à l’avance et les rangs sont composés si ce n’est de militants socialistes, à tout le moins de sympathisants acquis à la cause. Venus en minibus de la Marne avec une vingtaine de militants PS, Safia et Emmanuel sont là «pour faire remonter le positif sur ce qu’a fait le gouvernement pour les jeunes». Rien que du (beau) jeu collectif? «Honnêtement, si Hollande ne part pas je ne vois personne d’autre que Valls pour être candidat» en 2017, prends quand même soin de préciser Safia.

     

    Il faudra attendre les deux dernières questions de la soirée, sur le coup de 23 heures, pour qu’un petit vent de fronde souffle sur la salle de sports grise et jaune. Pourquoi avoir enterré le récépissé de contrôle d’identité, demande un jeune homme avant qu’un autre n’accuse carrément le chef du gouvernement d’être un «imposteur» et qualifie l’utilisation du 49-3 sur la loi El Khomri de «honte pour la démocratie». Toute la soirée se déroule sans un cri, sans un bruit et quasiment sans un applaudissement. Sauf quand Manuel Valls, ne pouvant plus se retenir, raille «ceux qui veulent se lancer dans le porte-à-porte» pour rencontrer les Français. «Nous, ça fait bien longtemps qu’on fait du porte-à-porte hein», ajoute le Premier ministre. La salle jubile. Emmanuel Macron appréciera.

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