• Avec le spot « Dear Donald », Hillary Clinton ne plaisante plus

    Avec le spot « Dear Donald », Hillary Clinton ne plaisante plus

    LE MONDE | 26.07.2016 à 15h34 • Mis à jour le 26.07.2016 à 18h07 | Par Audrey Fournier      LIEN

    Le contenu du spot « Dear Donald » est sans détour : il s’agit d’une virulente lettre ouverte au candidat Trump, expliquant le danger qu’il représente pour les Etats-Unis.

    Qu’il paraît loin le temps où une investiture de Donald Trump par les républicains ressemblait, au mieux, à de la science-fiction, au pire à une éventualité que le système – « raisonnable », lui – ne laisserait jamais passer. Le milliardaire au populisme décomplexé est bel et bien devenu, lors de la convention de Cleveland, le 22 juillet, le candidat désigné par les républicains pour la course à la Maison Blanche.

    Pis, alors qu’il marquait jusqu’à présent un retard régulier, bien que de plus en plus réduit, avec sa concurrente démocrate Hillary Clinton, M. Trump bénéficie à plein de « l’effet convention », avec un bond de 6 points enregistré par un sondage de la chaîne américaine CNN, lundi 25 juillet. En face à face avec Mme Clinton, et si l’élection avait lieu aujourd’hui, le promoteur immobilier battrait l’ex-first lady de 3 points, avec 48 % des intentions de vote, contre 45 % pour la candidate.

    Ce sondage est évidemment à prendre avec d’énormes précautions, surtout que la convention démocrate bat encore son plein à Philadelphie (Pennsylvanie) et qu’Hillary Clinton devrait, si tout se passe comme prévu, enregistrer le même « coup d’accélérateur » à l’issue de cette grand-messe.

    Mais il n’y a plus de temps à perdre pour le camp démocrate, qui a relancé la machine de campagne avec l’initiative « Dear Donald ». Prenant acte du constat selon lequel Hillary Clinton, malgré l’adhésion dont elle bénéficie au sein du Parti démocrate, souffre d’un cruel déficit d’image auprès de l’électorat américain dans son ensemble (selon les sondages agrégés par le site RealClearPolitics, 55 % des Américains ont une mauvaise opinion d’elle), cette campagne n’a pas pour objet d’inciter à voter pour Hillary Clinton, mais contre Donald Trump.

    Lettre ouverte

    Le contenu du spot est sans détour. Il s’agit d’une virulente lettre ouverte au candidat républicain, expliquant par A + B le danger qu’il représente pour les Etats-Unis, et surtout pourquoi, grâce à la mobilisation des Américains, il va perdre.

    « Vous ne nous représentez pas », expliquent tour à tour les militants, qui pointent les casseroles du candidat (« quand une de vos entreprises fait faillite, vous en faites payer le prix au contribuable »), son hypocrisie (« vous voulez rendre l’Amérique great again en faisant fabriquer vos tee-shirts en Chine et vos cravates au Bangladesh »), ridiculisent son appétit de pouvoir et son égocentrisme, le taxent de « cruel et étroit d’esprit »

    Cette avalanche de reproches n’a qu’un objet, expliquer au candidat pourquoi il va perdre :

    « Vous nous sous-estimez, (…) le 8 novembre, nous vous ferons comprendre que nous valons mieux que ça, (…), nous sommes pour l’égalité, l’empathie, cela veut dire que nous sommes contre vous.
    Cordialement,
    Nous »

    L’heure n’est plus aux divisions ni à la mise en valeur d’Hillary Clinton, il faut ratisser large. A ce titre, l’un des protagonistes du spot porte un tee-shirt « Bernie Sanders 2016 », image qui vient souligner l’importante contribution de la campagne du sénateur du Vermont dans cette élection. Maintenant que M. Sanders a reconnu sa défaite, l’heure est venue de faire bloc contre M. Trump.

    Par son message, ce clip rappelle la ligne adoptée par le sénateur socialiste pendant sa campagne. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il est l’œuvre d’Hillary for America, un super PAC (comité d’action politique, chargé de lever des fonds pour un ou plusieurs candidats) qui rassemble des donateurs individuels : la campagne de Bernie Sanders s’est notamment distinguée par un financement massif venu des électeurs « de la base ».

    Les protagonistes de ce spot ont par ailleurs été soigneusement choisis pour représenter la diversité ethnique, religieuse et démographique de la société américaine (une figurante s’exprime même en espagnol), ce qui rappelle aux électeurs, plus ou moins subtilement, qu’Hillary Clinton est « LA » candidate des minorités, et qu’en novembre, il faudra aller aux urnes et voter pour elle.

    Lire :   L’opération séduction des candidats démocrates pour capter l’électorat afro-américain

    « Confessions of a republican » : c’est dans les vieux pots…

    Au moment du lancement de la campagne « Dear Donald », un autre spot pro-Clinton faisait son apparition sur les écrans : « Confessions of a republican ». Ce clip a dû provoquer un sentiment de déjà-vu aux Américains les plus âgés : il reprend, mot pour mot (mais dans une version bien plus courte, le temps de cerveau disponible a clairement diminué en 50 ans) un clip utilisé en 1964 pour faire élire Lyndon B. Johnson face à Barry Goldwater.

    Dans ce spot d’anthologie, un républicain bon teint, avec lunettes et cigarette, explique pourquoi, en dépit du fait que sa famille a toujours voté pour le Grand Old Party, il pense que celui-ci a fait « une grave erreur » en désignant Goldwater.

    « Il est différent, il me fait peur, (…) on dit que la Maison Blanche finit par faire le président, mais je n’y crois pas, (…) Goldwater et son cabinet sont contre tout, mais pour quoi sont-ils ? (…) je ne comprends pas ce qu’il dit… »

    L’ensemble du spot pourrait être transposé, mot pour mot, en 2016 dans le camp démocrate. D’où l’idée de reprendre le concept pour envoyer un message aux républicains effrayés par Trump.

    Dans les deux versions, la fin est la même : « Je pourrais ne pas voter, explique le républicain embarrassé, mais cela voudrait dire que je me fiche de qui gagne, et je ne m’en fiche pas. »

    La version 2016, en noir et blanc, parie sur le fait que les téléspectateurs reconnaîtront le spot original, et réaliseront que la situation n’est pas inédite, et que son issue n’est pas inéluctable.

    Lire aussi :   Elections américaines : petite leçon de communication pour candidate à la traîne

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