• Bruxelles propose un sursis de dix-huit mois pour le Roundup

    Bruxelles propose un sursis de

    dix-huit mois pour le Roundup

    LE MONDE | 01.06.2016 à 13h02 • Mis à jour le 01.06.2016 à 15h45 |   LIEN

    Par Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen) et Stéphane Foucart

    Manifestation de l’organisation non gouvernementale Avaaz contre le glyphosate à Bruxelles, le 18 mai 2016.

    La Commission européenne a annoncé, mercredi 1er juin en conférence de presse, qu’elle proposera une réautorisation provisoire du glyphosate en Europe, pour dix-huit mois. Le temps pour l’Agence européenne des produits chimiques (ou ECHA, pour European Chemicals Agency, en anglais) de se prononcer sur les dangers du produit. Le célèbre Roundup de Monsanto, dont le glyphosate est un principe actif, est au cœur d’une polémique qui dure depuis plus d’un an et dont l’exécutif européen ne semble pouvoir se dépêtrer qu’en remettant une décision ferme à plus tard. Car le temps presse : l’autorisation du glyphosate sur le sol européen expire à la fin du mois de juin.

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    Le 8 mars, la Commission avait proposé une réautorisation du glyphosate pour quinze ans, mais le vote des Etats membres ne s’était pas tenu, faute de majorité qualifiée. La version de travail d’une nouvelle proposition, limitée à dix ans celle-là, a immédiatement commencé à circuler. Même légèrement revue à la baisse, elle n’a pas empêché un nouveau camouflet. Le 19 mai, Bruxelles avançait une « réhomologation » de neuf ans, mais, là encore, aucune majorité qualifiée n’a été trouvée ; la Suède, la France, les Pays-Bas et même l’Allemagne n’étant pas disposés à voter favorablement.

    La proposition d’autorisation provisoire du glyphosate sera votée par les Etats membres lundi 6 juin, en comité permanent des végétaux des animaux des denrées alimentaires et de l’alimentation animale. Mais si Bruxelles assure avoir rassemblé une majorité autour de sa dernière proposition, l’issue du vote n’est pas certaine, une majorité qualifiée étant nécessaire.

    La ministre française de l’écologie, Ségolène Royal, a indiqué, peu après que cette proposition a été connue, que la France s’y opposerait.

    A défaut de majorité, un comité d’appel sera réuni dans les jours suivants. Mais l’affaire semble suffisamment incertaine pour que Vytenis Andriukaitis, le commissaire européen à la santé, rappelle que les Etats membres peuvent, s’ils le souhaitent, interdire ou restreindre sur leur territoire un produit phytosanitaire autorisé au niveau européen… au risque, cependant, d’introduire une distorsion de concurrence au détriment de leurs agriculteurs.

    Sur ce dossier théoriquement technique, mais devenu explosif, Bruxelles n’a cessé de subir la valse-hésitation des Etats membres. Le Parlement européen s’est aussi invité dans la controverse en votant, le 13 avril, une résolution non contraignante, demandant un renouvellement de la molécule miracle limité à sept ans, et assorti d’importantes restrictions d’usage. En février, c’était le médiateur européen qui critiquait vertement la manière dont Bruxelles autorise la mise sur le marché de certains pesticides, malgré l’absence des données scientifiques requises par la réglementation… Et deux mois auparavant, en décembre 2015, c’était la Cour de justice de l’Union européenne qui condamnait l’exécutif européen pour avoir échoué à réglementer les pesticides perturbateurs endocriniens – capables d’interférer avec le système hormonal humain et d’avoir ainsi des effets délétères au-dessous des seuils réputés sûrs.

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    Champ de mines

    La régulation des produits phytosanitaires en Europe est donc devenue, en quelques mois, un dangereux champ de mines. Pesticide emblématique – il est non seulement le plus utilisé au monde et le plus fréquemment retrouvé dans l’environnement – le glyphosate a commencé à cristalliser les crispations en mars 2015. Au beau milieu du processus européen de réévaluation des risques présentés par la substance, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) – l’agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) chargée d’inventorier et de classer les agents cancérogènes – classait le produit comme « cancérogène probable » pour les humains.

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    Ce pavé jeté dans la mare par le CIRC a fait dérailler le processus d’expertise européen, conduit par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA, ou EFSA, pour European Food Safety Authority, en anglais). En novembre 2015, celle-ci concluait en effet, à l’inverse du CIRC, au caractère « improbable » de la cancérogénicité du glyphosate, s’attirant les foudres d’une part de la communauté scientifique. Une centaine de chercheurs du monde académique publiaient le 3 mars un article au vitriol sur l’expertise européenne, lui reprochant moult manquements : confiance accordée aux études confidentielles de l’industrie supérieure à celle accordée aux études académiques publiées dans la littérature scientifique, non-application de certains principes de la toxicologie, etc.

    S’en est suivi un échange de correspondance acrimonieux entre Bernhard Url, le directeur exécutif de l’AESA, et Christopher Wild, le patron du CIRC. Si acrimonieux que les ponts sont aujourd’hui quasi rompus entre les deux agences – un fait inédit dans l’histoire récente du petit monde de l’expertise. Au CIRC, on fait valoir que la réponse de l’AESA contiendrait des faits erronés et des inexactitudes et on fait savoir que la poursuite des discussions est suspendue à leur rectification…

    Conflits d’intérêts des experts

    La controverse scientifique ne s’est pas limitée à la bataille entre l’AESA et le CIRC. Nouveau rebondissement le 16 mai avec l’annonce de nouveaux résultats d’expertise : selon le Joint Meeting on Pesticides Residues (JMPR), un groupe d’expert commun à l’OMS et à l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le glyphosate ne présenterait pas de risques cancérogènes pour la population, « aux niveaux attendus d’exposition par l’alimentation »… Las ! Les organisations non gouvernementales sont immédiatement montées au créneau, dénonçant des conflits d’intérêts au sein du JMPR. De fait, ce dernier était présidé et coprésidé par deux toxicologues par ailleurs consultants pour l’International Life Science Institute (ILSI), un lobby scientifique notamment financé par des sociétés agrochimiques commercialisant… du glyphosate.

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    Tout au long de cette saga, la société civile n’est pas demeurée spectatrice. Profitant de la discorde entre experts, les organisations non gouvernementales n’ont pas chômé. Sondages montrant l’opposition d’une grande part de la population européenne à la réautorisation du glyphosate (près des deux tiers, selon une enquête réalisée à la mi-avril par l’institut de sondage YouGov), analyses d’urines attestant de l’exposition de l’ensemble de la population au glyphosate, etc. Des plaintes ont même été déposées à Paris, Berlin et Vienne, à l’encontre des experts européens, accusant ces derniers de tromperie et de mise en danger de la vie d’autrui…

    En accordant une autorisation provisoire de dix-huit mois, attendant pour prendre une position ferme l’avis d’une nouvelle agence d’experts – l’ECHA, notamment chargée du règlement européen Reach –, la Commission temporise pour laisser la pression retomber. Une pression considérable pèse donc sur l’ECHA, d’autant que l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) est, elle aussi, actuellement en train de réévaluer le glyphosate, dont les agrochimistes assurent qu’il est aujourd’hui l’herbicide le moins problématique pour la santé et l’environnement. L’avenir de la molécule miracle, emblème controversé du modèle agricole dominant, se joue dans les prochains mois.

    Le glyphosate, un Léviathan de l’industrie phytosanitaire

    Le glyphosate, c’est le Léviathan de l’industrie phytosanitaire. Loin de se ­réduire au seul Roundup – le produit phare de Monsanto –, il entre dans la composition de près de 750 produits, commercialisés par plus de 90 fabricants, répartis dans une vingtaine de pays… La production mondiale est montée en flèche ces dernières années un peu partout dans le monde, tirée vers le haut par l’adoption rapide des maïs et autres sojas transgéniques « Roundup ready ».

    De 600 000 tonnes en 2008, la production mondiale de glyphosate est passée à 650 000 tonnes en 2011, pour atteindre 720 000 tonnes en 2012, selon les données compilées par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Aux Etats-Unis, les quantités épandues ont été multipliées par 20 en ­l’espace de vingt ans, passant de 4 000 tonnes par an en 1987 à 80 000 tonnes en 2007.

    En 2011, dans une étude publiée par la revue Environmental Toxicology and Chemistry, l’US Geological Survey annonçait avoir détecté du glyphosate dans les trois quarts des échantillons d’eau de pluie et d’air analysés dans une région de grandes cultures.

    En France, il s’en épand environ 8 000 tonnes par an. Avec son principal produit de dégradation, l’AMPA, il constitue le produit le plus fréquemment détecté dans les cours d’eau de France métropolitaine.

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 2 Juin 2016 à 19:44

    haha ! ya vraiment de quoi rigoler !

    jaune bien sûr,

    comme la couleur de nos campagnes, de notre foie, de nos reins etc etc...

    Mais pourquoi ne suis-je même pas étonnée ?

    trop blasée peut-être ?

    Merci pour la"bonne" nouvelle

    à bientôt

    Agnès

      • Jeudi 2 Juin 2016 à 20:37

        Navrée d'être porteuse de mauvaises nouvelles : j'ai choisi de vivre les yeux ouverts et les oreilles à l'écoute....Une malédiction! Mais je préfère savoir à quelle sauce on veut me manger.... Biseswinktongue

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