• Ce qui se joue derrière la loi El Khomri

    Ce qui se joue derrière la loi El Khomri

    Ce qui se joue derrière la loi El Khomri
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
    Manuel Valls, Myriam El Khomri et Emmanuel Macron à Chalampe, le 22 février 2016 (K. ZIHNIOGLU/SIPA)

    Au-delà des tactiques du gouvernement ou des syndicats, c'est bien un changement de paradigme qui est à l’œuvre : l'accouchement douloureux d'une démocratie sociale à la française.

     

    Qu’est-ce qui se joue vraiment derrière la mobilisation contre la loi El Khomri ? Un pari politique en forme de va-tout de la part du pouvoir ? Ou un réflexe de survie sur fond de colère sociale pour les syndicats ? Les deux, à l’évidence.

    Obnubilé par son agenda, chaque camp durcit ses positions, obéissant à des logiques internes qui dépassent largement le seul débat sur la réforme du code du travail. Après avoir multiplié les maladresses et les provocations, le gouvernement y voit la dernière occasion avant la présidentielle d’opérer une grande clarification entre deux gauches qu’il juge désormais irréconciliables.

    Fragilisées dans les entreprises par une série de défaites aux élections professionnelles, incapables de mobiliser dans les cortèges, les centrales syndicales contestataires – CGT en tête – ont fait entrer leurs bastions dans la danse pour tenter de mettre le pays à l’arrêt et prouver qu’elles sont toujours là.

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    La vraie révolution

    Et pourtant, derrière ces considérations tactiques, c’est bien un changement de paradigme qui est à l’œuvre. Amorcé il y a déjà quelques années et notamment depuis le début du quinquennat Hollande, ce mouvement marque un accouchement douloureux : celui d’une démocratie sociale à la française, où employeurs et salariés parviendraient à s’entendre et à fixer des règles, sans s’en remettre systématiquement à l’Etat.

    De ce point de vue, la vraie révolution de la loi El Khomri réside dans ce que les juristes appellent l’inversion de la hiérarchie des normes. C’est-à-dire l’autorisation, sous certaines conditions, de déroger à la loi pour coller au plus près aux attentes et aux besoins du terrain.

    Pour la gauche, qui a longtemps estimé que le rapport de force était par nature défavorable aux salariés dans les entreprises et fait primer la loi sur le contrat, c’est un sacré aggiornamento. Mais ce pari-là ne peut fonctionner que sur un dialogue social constructif et donc avec des partenaires sociaux à la fois représentatifs et soucieux d’intérêt général.

    Le défi de la gauche réformiste

    Nous en sommes hélas encore loin. Le taux de syndicalisation en France est l’un des plus faibles d’Europe. Et le patronat hexagonal reste sans doute un des plus archaïques, comme en témoignent les provocations répétées du numéro un du Medef Pierre Gattaz.

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    Contrairement à ce qui existe en Allemagne, dans les pays scandinaves ou encore aux Pays-Bas, la tradition du rapport de forces, l’obsession de la victoire ou de la défaite l’emportent trop souvent sur la recherche du compromis, synonyme pour beaucoup de compromission.

    Là est le grand défi de la gauche réformiste. Trouver le courage nécessaire pour rétablir la confiance plutôt que la confrontation, comprendre les mutations du monde du travail, reconnaître les contraintes des chefs d’entreprise et, par-dessus tout, favoriser la reconnaissance du fait syndical. Vaste programme !

    Matthieu Croissandeau

    Matthieu Croissandeau

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    Journaliste

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