• CGT Goodyear : «Si j’avais su que c’était moi qui allais peut-être finir en prison»

    Justice

    CGT Goodyear : «Si j’avais su que c’était moi qui allais peut-être finir en prison»

    Par Amandine Cailhol 19 octobre 2016 à 14:39
     
     

    Manifestation se dirigeant vers le palais de justice d'Amiens (Somme) ce mercredi, où des anciens salariés CGT de Goodyear sont jugés en appel pour avoir séquestré plusieurs cadres de l'entreprise en janvier 2014. Photo François Nascimbeni. AFP

    Mickaël Wamen, ex-leader de la CGT au sein de l'usine de pneumatique d'Amiens, est jugé en appel ce mercredi matin avec sept autre anciens salariés pour séquestration de cadres de l'entreprise, en 2014. Il y a un an, ils avaient écopé de neuf mois ferme.

    Au banc des accusés ils sont huit, en jeans, bras ou jambes croisés. De temps à autre, ils échangent quelques mots, un sourire, une tape sur l’épaule. Tour à tour, ils sont appelés, ce mercredi matin, devant le juge de la cour d’appel d’Amiens (Somme). «Le climat était anxiogène, très tendu, on était en congés imposés», explique l’un d’eux, invité à revenir sur la journée du lundi 6 janvier 2014. Ce jour-là, deux cadres de l’entreprise Goodyear à Amiens sont retenus près de trente heures par des salariés de l’usine condamnée à la fermeture. Des faits qui sont aujourd’hui reprochés aux huit prévenus, dont cinq militants de la CGT.

    Il y a neuf mois, en janvier, le tribunal les a condamnés en première instance à 24 mois de prison, dont 9 ferme. Une décision dont ils font appel. A la barre, pour mieux décrire l’ambiance dans l’usine, l’homme raconte qu’un salarié avait même, à l’époque, été repéré avec une arme au sein des locaux. Ce qui aurait été vu, selon lui, par la direction, mais aussi les forces de l’ordre. Une information qui surprend le tribunal. «Pourtant cette personne n’a pas eu de poursuites…» s’étonne le prévenu.

    «Ça va partir en sucette»

    La salle où se joue, depuis 9 heures, le procès emblématique de la «répression syndicale», selon la CGT, est quasiment pleine. Au deuxième rang, Jean-Luc Mélenchon n’en perd pas une miette. Si ce n’est le temps d’échanger un geste de soutien avec Mickaël Wamen, ex-secrétaire général de la CGT de l’usine et figure de proue des Goodyear, également prévenu. «Il n’y a pas eu de mort, pas de blessures. On voit bien que tout cela est fait pour intimider les syndicalistes, et en particulier la CGT. Regardez lors du débat de la primaire de la droite, le seul syndicat qui a été montré du doigt, c’est la CGT», explique à la presse devant le tribunal Jean-Luc Mélenchon, leader du Parti de gauche. «Emu» par ce procès qui, estime-t-il, fonctionne «à l’envers», le candidat à l’élection présidentielle estime que «ceux qui devraient être au banc des accusés, ce sont ceux qui ont condamné l’entreprise à la mort sociale, les liquidateurs de l’entreprise». Et non «ces pauvres hommes sous le coup d’une condamnation à de la prison […] pour avoir défendu leur emploi».

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    A la barre, vient le tour de Mickaël Wamen, 44 ans, employé de Goodyear depuis le 9 juin 1992. «J’ai démarré à 22 heures, un mardi soir», précise-t-il au juge, qui ne demandait pas tant de détails. Surnommé le «gourou de la CGT» par la direction, selon un de ses collègues, l’homme parle fort, tout en confiance. Il revient sur les journées des 6 et 7 janvier : «J’ai passé les pires heures de toute ma vie, je n’ai pas dormi pendant trente-six heures. Je disais : "Ça va partir en sucette." J’ai téléphoné au cabinet du préfet. Si j’avais pu faire en sorte que cela ne se passe pas, je l’aurais fait.» Le ton monte.

    «Vous avez un ministère derrière»

    A chaque respiration, sa main droite vient frapper sa paume gauche. L’homme s’excuse : «J’ai une voix forte.» Il explique avoir tout fait lors de ces événements pour calmer les salariés qui «pétaient un plomb». «Mais comment voulez-vous gérer ça ? Et puis, on est quand même sur des sites classés Seveso… J’ai demandé une réunion exceptionnelle du CHSCT. On m’a répondu par la négative […]. Si j’avais su que c’était moi qui allais peut-être finir en prison…»

    Pourtant, le syndicaliste n’en démord pas : il n’a rien à se reprocher. Bien au contraire, «si nous n’avions pas été là, et pas que ce jour-là, l’usine aurait brûlé tout un tas de fois», estime-t-il. Avant de lancer une pique au procureur : «Vous avez un ministre derrière.» Une manière de s’étonner que le parquet ait décidé de poursuivre, alors même que les dirigeants de Goodyear ont, eux, décidé d’abandonner les leurs. Et de conclure, quelques minutes avant la suspension d’audience : «Si j’avais eu une opportunité, une seule seconde, d’éviter ce qui s’est passé, je l’aurais fait. Ça m’aurait évité des emmerdes.»

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