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    Vandalisme au Parc du Gévaudan :

    un ou deux loups sont dans la nature

    Dans la nuit de lundi à mardi, deux grillages ont été cisaillés autour du parc des loups du Gévaudan, situé à Sainte-Lucie, en Lozère. Résultat, 5 loups se seraient échappés. 3 ont été récupérés mais un ou deux autres restent introuvables.

    • Par Sylvie Bonnet
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    • Publié le 08/03/2016 | 16:14, mis à jour le 08/03/2016 | 20:21
         
    La clôture du parc scientifique, une petite partie du parc des loups, a été fracturée la nuit dernière. © Alexandre Grellier

    © Alexandre Grellier La clôture du parc scientifique, une petite partie du parc des loups, a été fracturée la nuit dernière.


    Acte de vandalisme inqualifiable, la nuit dernière au Parc des loups du Gévaudan. Deux grillages ont été arrachés dans la partie scientifique du parc lozérien. Une partie qui compte une trentaine de loups. Tôt ce mardi matin, les gardes du parc ont découvert l'effraction et ont découvert que cinq loups s'étaient échappés. dans la matinée, trois d'entre eux ont été récupérés mais c'est encore l'incertitude pour une ou deux bêtes qui n'ont pas été retrouvées.

     
    Sainte-Marie (48) : après un acte de vandalisme, 2 loups du Parc du Gévaudan se sont sauvés dans la nature

    Reportage F3 LR : A.Grellier et Y Le.Teurnier


    Plus de danger pour le loup que pour l'homme...

    Les animaux manquants sont des loups de Mongolie qui ont été élevés en captivité. A priori ils ne sont pas dangereux mais risquent fort de ne pas savoir se débrouiller dans la nature lozérienne si on ne remet pas la main dessus. C'est pour cela que le parc organise actuellement une battue.

    Les loups échappés du parc de Sainte-Lucie viennent de Mongolie et ont été élevés en captivité. © Alexandre Grellier

    © Alexandre Grellier Les loups échappés du parc de Sainte-Lucie viennent de Mongolie et ont été élevés en captivité.


    L'effraction n'a pas été revendiquée mais une enquête de la gendarmerie est ouverte.

    Le site est géré par la Société d'économie mixte de la Lozère (Selo), qui dépend du département. Ce dernier a confirmé à l'AFP l'effraction et les évasions tout en indiquant qu'il allait porter plainte.

    Face à cet acte de malveillance, le Conseil départemental, tout comme la SELO, ont décidé de porter plainte", selon le communiqué. "Nous prenons les choses très au sérieux. Ces faits sont très graves et dénotent un comportement irresponsable et inadmissible qui doit être puni par la loi", dénonce la Présidente du conseil départemental de la Lozère, Sophie Pantel.

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  • Projet d’arrêté fixant un nombre supplémentaire de spécimens de loups (Canis lupus) dont la destruction pourra être autorisée pour la période 2015-2016

    Du 11/02/2016 au 04/03/2016
    Nombre de commentaires pour la consultation : 3427 Lien

    CONTEXTE GÉNÉRAL

    Depuis la réapparition naturelle du loup en France en 1992, afin de concilier protection de l’espèce et maintien des activités d’élevage, les ministères chargés de l’écologie et de l’agriculture mobilisent des moyens importants pour accompagner les éleveurs dans la mise en place de mesures de protection des troupeaux domestiques et indemniser les dommages pour lesquels la responsabilité du loup n’est pas écartée.

    En complément de l’accompagnement des éleveurs, dans le cadre des grands principes définis par le plan d’action national loup pour la période 2013-2017, il est également possible, afin de prévenir les dommages aux troupeaux et lorsque toute autre méthode de prévention se révèle inadaptée ou insuffisante, de déroger à l’interdiction de destruction de spécimens protégés en procédant à des interventions sur la population de loups. Ces dérogations sont accordées conformément aux droits communautaire et national relatifs à la protection stricte de l’espèce, dans la mesure où elles ne nuisent pas au maintien de l’état de conservation favorable de l’espèce.

    L’arrêté du 30 juin 1015 fixant le nombre maximum de spécimens de loups (Canis lupus) dont la destruction pourra être autorisée pour la période 2015-2016 fixe à 36 le nombre de loups pouvant être détruits (entre le 1er juillet 2015 et le 30 juin 2016).

    L’arrêté du 30 juin 2015 fixant les conditions et les limites dans lesquelles des dérogations aux interdictions de destruction peuvent être accordées par les préfets concernant le loup (Canis lupus) fixe les modalités de ces destructions.

    L’arrêté du 30 juin 2015 fixant les conditions et les limites des dérogations aux interdictions de destruction prévoit que les destructions peuvent s’effectuer par des tirs de défense (articles 14 à 17), des tirs de défense renforcée (articles 18 à 21), des tirs de prélèvement (articles 23 à 26) et des tirs de prélèvement renforcé (article 27). Ces tirs de prélèvement visent plus particulièrement la destruction du loup dans les situations marquées par l’importance des attaques ; les tirs de défense sont quant à eux davantage conçus pour prévenir les prédations du loup en intervenant en périphérie immédiate des troupeaux afin d’en écarter le loup.

    A l’heure actuelle 34 loups ont été détruits. Même si depuis le 23 décembre 2015, les préfets ont suspendu toutes les autorisations de tirs de prélèvement (date à laquelle le nombre de loups détruits était déjà de 34), il est vraisemblable que le seuil de loups pouvant être prélevés puisse être atteint à court ou moyen termes avant le 30 juin 2016. Si ce plafond de 36 loups venait à être atteint, toutes les autorisations de tir pour assurer la protection des troupeaux seraient alors interrompues ; les éleveurs seraient alors dans l’impossibilité de défendre leur troupeau en particulier par la mise en œuvre des tirs de défense.

    CONTENU DU PROJET D’ARRETE

    Dans ce contexte, le présent projet d’arrêté propose donc de relever le seuil de prélèvement au cours de la période 2015/2016 pour la mise en œuvre des seuls tirs de défense.

    Cet arrêté n’entrera en vigueur que si le plafond initial de 36 loups détruits est atteint.
    Six loups (mâles ou femelles, jeunes ou adultes) supplémentaires pourront ainsi être prélevés, sur autorisation des préfets.

    Si le seuil initial de 36 loups venait à être atteint, ce plafond supplémentaire contribuera à la prévention des prédations, en autorisant uniquement les tirs de défense réalisés avec des fusils de chasse à canon lisse (ces tirs ont une faible chance de détruire un loup mais leurs effets d’effarouchement sont reconnus).

    Il est également prévu que deux des six loups puissent être prélevés par tirs de défense renforcée, mobilisant plusieurs tireurs dotés d’armes à canon rayé, à compter du 1er mai 2016. Ces tirs, plus susceptibles de détruire l’animal visé, permettront d’intervenir au cours de la période (du 1er mai au 30 juin) où la pression de la prédation est la plus intense (notamment lorsque les troupeaux sont dans les alpages) : les attaques de loups peuvent y être récurrentes et très importantes, et les seuls tirs de défense avec des fusils à canon lisse ne sont pas suffisants pour protéger les troupeaux.

    La consultation est ouverte du 11 février au 4 mars 2016.

    Conformément au cinquième alinéa du II. de l’article L. 120-1 du code de l’environnement, les observations du public pour cette consultation sont rendues accessibles au fur et à mesure de leur réception.
    Les échanges font l’objet d’une modération a priori, conformément à la Charte des débats.

    Arrêtons cette barbarie

    LISEZ et si vous n'êtes pas d'accord, écrivez au ministère: vous avez ici un lien commentaire: profitez-en, faites vous entendre! n'attendez pas...fin de la consultation le 4 MARS 2016...

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  • Actes de cruauté dans un abattoir du Gard certifié bio

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    Ce sont de nouvelles images-chocs de maltraitance animale dans un abattoir. Et une fois de plus, elles suscitent indignation et répulsion. Quatre mois après le scandale de l’abattoir d’Alès, dont la vidéo montrant des actes de cruauté avait été visionnée 1,6 million de fois, l’association L214 dévoile, mardi 23 février, les coulisses d'un autre établissement situé dans le même département du Gard et certifié en bio. Comme à chaque fois avec cette ONG de défense du bien-être animal, la communication est efficace et percutante : vidéos-chocs, filmées clandestinement, et pétition pour appeler à changer les comportements, ceux des producteurs comme des consommateurs.

     

    Cette fois, les images ont été tournées dans l'abattoir intercommunal du Vigan, une petite commune cévenole, entre juin 2015 et février 2016. On y voit des moutons violemment jetés contre l'un des enclos de l'abattoir ; des employés riant en électrocutant des cochons avec la pince d'électronarcose ou, plus tard, insistant jusqu'à les brûler ; des animaux mal étourdis, encore conscients lorsqu'ils sont suspendus puis saignés ; un porcelet qui se détache à plusieurs reprises de la chaîne d'abattage ; du matériel défaillant ou inadapté et inspecteurs-vétérinaires absents.

    La mort d'animaux d'élevage n'est jamais douce, mais elle est encadrée par une réglementation ayant pour but d'éviter toute souffrance inutile. Les abattages conventionnels (non rituels) prévoient un étourdissement des bêtes (à l'aide de pinces électriques pour les moutons et les cochons, et de pistolet à tige perforante pour les bovins) afin de leur éviter d'être conscientes au moment de leur mort. En cas d'échec, un second étourdissement doit être administré, ce qui n'est pas le cas sur les vidéos.

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    Infractions aux règlementations

    Cette pratique est encadrée par le règlement européen du 24 septembre 2009, qui stipule que "toute douleur, détresse ou souffrance évitable est épargnée aux animaux lors de la mise à mort et des opérations annexes". Il en est de même pour le code rural, qui prévoit que "toutes les précautions doivent être prises en vue d'épargner aux animaux toute excitation, douleur ou souffrance évitables pendant les opérations de déchargement, d'acheminement, d'hébergement, d'immobilisation, d'étourdissement, d'abattage ou de mise à mort". Des principes repris par le règlement européen du 28 juin 2007 encadrant les productions biologiques, dont le cahier des charges ne prévoit pas de spécificités pour l'abattage, si ce n'est du point de vue de la traçabilité.

    Trois textes avec lesquels l'abattoir du Vigan est manifestement en infraction. "La projection d'ovins est un cas de maltraitance avérée, un cas gravissime qui doit faire l'objet de sévères sanctions professionnelles et judiciaires, juge Martial Albar, ancien inspecteur-vétérinaire d'abattoir, aujourd'hui consultant en sécurité alimentaire, mandaté par L214 pour établir un rapport. Les autres images sont révélatrices du fonctionnement standard des abattoirs en France [dans lesquels] les cas de maltraitance ou de négligence sont quotidiens." L'expert regrette également "l’absence d’encadrement technique permanent des opérateurs permettant de s’assurer du respect des procédures".

    Vente directe et certification bio

    Ce qui est plus étonnant, c'est que cet abattoir s'avère un petit établissement de proximité, spécialisé dans la vente directe et certifié bio par l'organisme Ecocert – même si seulement 5 % de sa production est issue de l'agriculture biologique. On y tue chaque année 250 bovins, 200 cochons et 6 000 agneaux, soit 240 tonnes de viande par an, à peine 6 % des quantités débitées à l'abattoir d'Alès. L'établissement emploie seulement trois salariés, et ses locaux, qui datent de 1985, ont été modernisés en 2010 et en 2014. Et pourtant, il ne respecte non seulement pas la réglementation en bio mais pas non plus les normes minimales communes à tous les abattoirs.

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    "Il semble y avoir eu des fautes professionnelles. Si elles sont avérées, nous devrons agir en conséquence", reconnaît Laurent Kauffmann, le directeur de l'abattoir, contacté par Le Monde lundi soir avant d'avoir pu visionner les vidéos. Mais, insiste-t-il, l'abattoir est "agréé", "contrôlé tous les jours par une personne des services vétérinaires et une fois par an par la direction départementale de la protection des populations (DDPP)" et les salariés "suivent des formations sur le bien-être animal et les bonnes pratiques d'abattage".

    Commission d’enquête parlementaire

    "Nous avons une image idyllique de la production bio. En réalité, il n'y a pas de mort bio ou de mort douce. La viande heureuse n'existe pas, argue Brigitte Gothière, porte-parole de L214. Il est temps de regarder en face et avec honnêteté la réalité de l’abattage des animaux, une réalité dont même les abattoirs à taille humaine et certifiés ne peuvent masquer la cruauté."

    L'association a déposé une plainte contre l'abattoir du Vigan, mercredi, devant le tribunal de grande instance d'Alès. Elle lance également une pétition demandant la création d’une commission d’enquête parlementaire sur les abattoirs. Fin octobre, après le scandale d'Alès, plusieurs sénateurs avaient déjà demandé la création d'une telle commission d'enquête sur les conditions d'abattage des animaux de boucherie. Quelques jours plus tard, 90 personnalités – Eva Joly, José Bové, Luc Ferry ou encore Michel Drucker – signaient un manifeste pour appuyer cette demande. Mais depuis, rien n'a avancé, l'abattoir d'Alès rouvrant même après deux mois de fermeture administrative. "Quand le scandale retombe, tout le monde oublie, mais les animaux, eux, continuent de subir des actes de cruauté, relève Brigitte Gothière. On demande donc des contrôles dans tous les abattoirs pour que les normes soient, au minimum, respectées."

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  • Le pédagogiste, symbole de l'égarement intellectuel qui a guidé la réforme du collège

    Publié le 16-02-2016 à 07h20 - Modifié à 13h42    Lien

    Avatar de Didier Jodin

    Par 
    Professeur

    LE PLUS. La réforme du collège, défendue par Najat Valaud-Belkacem et censée entrer en vigueur à la rentrée 2016, peine toujours à faire l'unanimité du côté des professeurs. Enseignant de lettres classiques dans l'académie de Strasbourg, Didier Jodin dénonce la fascination de la ministre et de ses conseillers pour les dogmes de ce qu'il est convenu d'appeler le "pédagogisme".

    Édité par Sébastien Billard 

    Najat Vallaud-Belkacem en visite dans un collège de Beuvrages, le 18 janvier 2016 (F. PRESTI/AFP).

     

    La réforme du collège provoque une vaste indignation chez les professeurs. Oscillant entre mensonges condescendants et silence méprisant, Najat Vallaud-Belkacem ajoute à cette exaspération sans précédent. Une ministre qui donne des leçons de pédagogie, et de manière si dogmatique, est comparable à un notaire qui prétendrait entraîner une équipe de curling.

     

    Les éléments idéologiques destinés à justifier la réforme, à défendre contre tout bon sens ses absurdités et ses incohérences, lui ont été donnés par ses conseillers. Ils n'approchent jamais, ni de près ni de loin, ce qui pourrait ressembler, de près ou de loin, à un élève. Mais ils ont su collecter les dogmes de ce qu'il est convenu d'appeler le "pédagogisme".

     

    En suivant le hashtag #College2016 sur Twitter, on voit le terme apparaître souvent. La colère des professeurs y est vive, depuis bientôt un an, et ils utilisent ce néologisme pour synthétiser l'égarement intellectuel qui a guidé cette réforme. Très minoritaires, les pédagogistes utilisent parfois la même balise pour dire leurs louanges au sort jeté sur le collège.

     

    De quoi tenter, par ce double éclairage, l'ébauche d'un portrait du pédagogiste.

     

    Une passion pour le gadget

     

    Le dogme de base, celui auquel se réfère tout pédagogiste digne de ce nom, peut s'énoncer ainsi : ce qui est innovant est bon.

     

    Il se passe volontiers de toute analyse de ce qui fonctionne mal au collège tel qu'il est, et n'analyse pas plus les vertus réelles ou supposées de l'innovation. Il ne considère que cet axiome : si c’est nouveau, c'est bien – et on sait qu'un axiome n'a pas à être démontré. Le pédagogiste est la fashion victim de tout ce qui peut se présenter comme neuf.

     

    Explose ainsi une passion furieuse pour les "cartes mentales". Cette nouveauté, vieille comme le monde, est ce qui s'appelle en français un schéma, à ceci près qu'il s'agit ici d'un schéma à la modalité unique : les liens entre les notions abordées se présentent en embranchements multiples, avec des subdivisions à l'infini. Buissonnant de tous ses mots, l'exposé ainsi créé est le plus souvent d'une complexité qui rend l'ensemble illisible.

     

    Par son principe, la "carte mentale" est censée imiter les réseaux neuronaux du cerveau, et certaines cartes conduisent à s'inquiéter de l'équilibre psychiatrique de leurs auteurs. Mais ce qui étonne, c'est l'attitude du pédagogiste face à ce jouet. Il en fait une panacée innovante, donc un objet à vénérer, et de fait on le voit célébrer les enchevêtrements comme il le ferait d'une divinité.

     

    Une fascination pour l'informatique

     

    La "classe inversée" est une autre de ces modes. Il s’agit de faire les exercices en classe, après que l’élève, chez lui et seul, a lu ou vu la leçon. Le pédagogiste ayant une méfiance naturelle pour les manuels scolaires – structurés, donc suspects –, la leçon, rebaptisée "capsule", devra de préférence prendre la forme d'une vidéo.

     

    Avec son esprit de système, le pédagogiste ne fait pas de la "classe inversée" un dispositif ponctuel, mais un rituel dont il serait malvenu de s'écarter.

     

    Dans un extraordinaire paradoxe, il cherche l'innovation en renouant avec l'enseignement scolastique dont Rabelais et Montaigne nous avaient débarrassés. Et tant pis pour l'élève qui, chez lui, ne comprend pas pourquoi son professeur de français s'est déguisé en Superman pour sa capsule vidéo sur le superlatif (non, ce n'est pas une caricature, cela existe).

     

    Une salle d'ordinateurs dans un collège de Saumur (F.DURAND/SIPA).

     

    Plus généralement, tant pis pour l'élève qui n'a pas des parents en mesure de décoder pour lui ces "capsules" venues de l'espace, ces cours magistraux donnés ex cathedra, sur un ton comique pas drôle, sans aucune interaction d'aucune sorte entre le professeur et l'élève, pas même celle d'un croisement de regards.

     

    Un point commun de ces deux exemples : cartes mentales et capsules vidéo se conçoivent en bricolant avec des logiciels. Probablement frustré par des parents qui ne l'ont pas laissé jouer à Mario Bros, le pédagogiste idolâtre l'informatique, même utilisée à contre-emploi.

     

    Aussi pauvre soit-il, tout logiciel le fait entrer en transe.

     

    La culture est un tabou

     

    Si l'innovation est un totem, la culture est un tabou. Le pédagogiste a lu l'"Émile" sans comprendre qu'Émile n'existait pas, et en ignorant que Rousseau avait abandonné ses cinq enfants.

     

    Il a lu Bourdieu et en a tiré la conclusion que tout héritage et toute transmission de connaissances étaient des œuvres du diable. Il a lu "La Pluie d'été" de Marguerite Duras en s'imaginant que le personnage d'Ernesto était un philosophe de l'éducation, lui qui déclare :

     

    "Je retournerai plus jamais à l'école parce qu'à l'école on m'apprend des choses que je ne sais pas."

     

    Le pédagogiste est donc entré en croisade contre l'idée hérétique que les professeurs seraient là pour apprendre des choses aux élèves. L'UNSA, syndicat autoproclamé "utile" – et vite rebaptisé "futile" –, est le repaire des quelques professeurs favorables à la réforme.

     

    Pour minoritaire, groupusculaire et crépusculaire qu'elle soit, cette chapelle permet, grâce aux interventions de ses membres, de révéler une autre ligne de force de leur idéologie : la condamnation du savoir. Un syndiqué futile a ainsi brillé par ce tweet :

     

    "Et si on arrêtait de donner aux élèves des réponses à des questions qu'ils ne se posent pas !"

     

    Ce rejet de la culture peut aller très loin

     

    On comprend l'idée : le professeur ne doit pas transmettre une culture tant que l'élève n'est pas avide de la recevoir.

     

    Quand le collégien se préoccupera de connaître la hauteur d’une pyramide, quand cette question hantera ses nuits, quand il ne pensera plus qu’à cela, alors seulement il sera permis à son professeur de mathématiques de lui parler de Thalès, avec force cartes mentales et capsules vidéo. Mais lui imposer la compréhension d’un théorème alors que cela ne correspond à aucun de ses besoins premiers aurait quelque chose de sacrilège.

     

    Le rejet de la culture peut aller très loin.

     

    Dans l'Académie de Lyon, lors d'une présentation de la réforme à ses collègues atterrés, un pédagogiste (sans humour, par définition) a proposé (sans humour, donc) que la lecture de "Madame Bovary" soit commentée avec les élèves curieux d'étudier le régime alimentaire d'Emma, inquiets de vérifier s'il était équilibré, intéressés par l'action du vinaigre sur l'indice de masse corporelle, anxieux de connaître la dangerosité de l'arsenic.

     

    Dans les écrits de Flaubert, ce ne sont pas le thème de la bêtise et le registre de l'ironie qui sauraient retenir l'attention du pédagogiste.

     

    Le pédagogiste n'aime la liberté que corsetée

     

    Liée à sa méfiance pour la culture, l'aversion du pédagogiste pour l'enseignement des disciplines trouve un bel écho dans la réforme du collège, elle qui fait de l'interdisciplinarité un saint graal.

     

    Chaque professeur, depuis toujours, fait des liens entre sa matière et les autres : un professeur de français situe une œuvre littéraire dans son contexte historique, un professeur de maths dit qui était Pythagore avant d'aborder son théorème. Ils se réunissent aussi, par affinités et librement, sur des projets interdisciplinaires précis et auxquels ils croient, avec un objectif clair et pour une durée limitée.

     

    Mais le pédagogiste n'aime la liberté que corsetée, et il se réjouit que tout cela subisse le cadrage bureaucratique d'une réforme qui impose de l'interdisciplinarité quantifiée, sur 20% du temps de l'élève, selon six thèmes parmi les huit qui sont imposés, répartis à raison de deux par année sur 3 ans.

     

    Pourquoi 20%, pourquoi six, pourquoi huit, pourquoi deux, pourquoi trois ? Voilà des questions auxquelles le pédagogiste de base aurait tout autant de peine à répondre que ses coreligionnaires ministériels. Peu lui chaut : souvent isolé dans son établissement, il n'aura plus à attendre qu'un collègue le trouve sympathique pour pouvoir travailler avec quelqu'un.

     

    Une pensée qui empêche de fait l'interdisciplinarité

     

    Attaché au constructivisme, théorie de l'éducation selon laquelle l'élève élabore son savoir par lui-même et librement, le pédagogiste aime paradoxalement recevoir la vérité révélée, quand c'est le ministère qui impose ses thèmes et ses cadrages. C'est alors une parole qui ne se critique pas, même lorsqu'elle empêche de fait l'interdisciplinarité qu'elle prétend mettre en place.

     

    Des disciplines comme les langues et cultures anciennes étaient en effet interdisciplinaires par définition. La réforme casse cela, et le pédagogiste se réjouit de cette incohérence innovante : un saupoudrage de civilisation éventuellement dispensé ici, et un peu de langue éventuellement abordée là-bas.

     

    Les programmes de français et d'histoire favorisaient naturellement l'interdisciplinarité, parce que pour chaque niveau les époques abordées étaient communes aux deux matières.

     

    Il n'en est plus rien, car un cyclone dévastateur est passé par là, avec des programmes qui envisagent désormais les niveaux de 5e, 4e et 3e en bloc, dans ce qui est curieusement appelé un "cycle", comme si les pédagogistes ministériels savaient confusément qu'en fin de 3e un élève resterait au niveau qu'il avait en début de 5e.

     

    Le pédagogisme, un objet hors-sol

     

    Peu importe qu'on casse les liens qui étaient cohérents, car l'interdisciplinarité n'a plus à se justifier par sa pertinence, il faut simplement qu'elle soit. Le pédagogiste ne lui demande rien d'autre que cela : être.

     

    La réalisation de maquettes d'éoliennes est un exemple donné par le ministère, et c'est un sujet d'extase pour le pédagogiste, d'autant plus qu'il considère que la matière "développement durable" doit primer sur l'allemand, le latin ou le grec.

     

    Après un trimestre consacré aux maquettes, mais sans crédits pour acheter des alternateurs, le professeur de physique pourra expliquer aux élèves pourquoi leurs éoliennes ne donnent pas d'électricité, et cela ouvrira leur esprit. Une interdisciplinarité aura été, et le pédagogiste sera ravi.

     

    Ces éoliennes en carton sont une belle allégorie, à la fois de la réforme et du pédagogisme qui la sous-tend : un brassage de vent et une perte d'énergie. Chaque discipline a une pédagogie qui lui est propre, c'est une évidence.

     

    Une classe d'un collège parisien, en 2008 (WITT/SIPA).

     

    Le pédagogisme, lui, est un objet hors-sol, qui ne se soucie d'aucune culture ni d'aucun savoir. C'est un objet qui se contient lui-même et ne contient rien d'autre.

     

    Dans "La crise de l'Éducation", Hannah Arendt a analysé ce contresens d'un enseignement autocentré et vidé de son contenu. Si le pédagogiste avait lu la philosophe, il se ferait apostat. Mais ce n'est pas le cas, et le personnage continue à s'essouffler en agitant ses petits bras dans le vent. Sans les dégâts culturels que ses gesticulations provoqueront chez les élèves, il ferait rire.

     

    Mais le désastre est annoncé.

     

    Très soucieux des questions d'évaluation, passionné par les myriades d'items disparates à valider pour chacune des micro-activités innovantes de ses élèves, le pédagogiste a en commun avec l'Éducation nationale d'être incapable de s'évaluer lui-même. Mais les Québécois, eux, savent le faire.

     

    Baisse de niveau et accroissement des inégalités

     

    Une étude scientifique, menée rigoureusement et sur le long terme, est parue en 2015 pour évaluer le "Renouveau Pédagogique", réforme qui a commencé chez eux à toucher le secondaire il y a dix ans, et dont la réforme française est jumelle : organisation par cycles, interdisciplinarité et pédagogie de projet, système de notation abscons, acquisition de compétences préférée à la transmission de connaissances. Le constat des Québécois est sans appel : baisse de niveau et accroissement des inégalités.

     

    Cela s'explique aisément. Les élèves issus de familles favorisées ont la chance d'avoir la culture à la maison, même quand l'école s'égare et défaille. En revanche, plus un élève est en difficulté, plus il a besoin d'un cadre clair, d'un enseignement structuré, avec une progression connue. C'est tout cela que le pédagogiste lui refuse. Les Québécois recommandent donc maintenant un renforcement de l'enseignement disciplinaire et une élévation du niveau culturel.

     

    De leur côté, sur Twitter, les professeurs en colère recommandent aux pédagogistes de terrain et aux pédagogistes ministériels de lire le rapport québécois. En vain. Il faut dire que Florence Robine, conseillère proche de la ministre, en première ligne pour tenter de défendre une réforme indéfendable, a fait cette recommandation :

     

    "Faites comme moi, ne lisez rien."

     

    Le pédagogiste est docile.

     

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