• Moyen-Orient

    Coup d'État manqué en Turquie : la grande purge d'Erdogan en chiffres

    © Yasin Bulbul, AFP | Le président turc a annoncé que la purge allait se poursuivre jusqu’à "l’éradication du virus".

    Texte par FRANCE 24

    Dernière modification : 28/07/2016       LIEN

    Depuis la tentative de putsch du 15 juillet, aucun secteur n’échappe à l’épuration ordonnée par le président Erdogan : militaires, policiers, magistrats, journalistes, enseignants et fonctionnaires sont arrêtés, révoqués ou suspendus.

    Les jours se suivent et se ressemblent en Turquie, où depuis la tentative de coup d'État du 15 juillet, une purge continue de viser des dizaines de milliers de personnes, soupçonnées de liens avec le mouvement Gülen auquel est imputé le putsch raté. Aucun secteur n’échappe à l’épuration : militaires, policiers, magistrats, journalistes, enseignants et fonctionnaires sont arrêtés, révoqués ou suspendus.

    Des chiffres qui donnent parfois le vertige à mesure que les annonces officielles turques se multiplient, et sur lesquels France 24 s’est penché en détails, secteur par secteur. 

    • Armée

    D'après des chiffres officiels, 8 651 militaires sont accusés d’être liés aux putschistes. Depuis le 15 juillet, 178 généraux ont été placés en garde à vue, soit la moitié des généraux et amiraux de l'armée, selon des chiffres communiqués par le ministère de l'Intérieur.

    Mercredi, 149 généraux et amiraux ont été renvoyés pour "complicité dans la tentative de coup d'État". Parmi eux, 87 hauts gradés de l'armée de terre, 30 de l'armée de l'air et 32 de la marine. En outre, 1 099 officiers ont également été exclus pour cause "d'indignité", auxquels s’ajoutent 1 684 soldats renvoyés "pour conduite déshonorante".

    Jeudi 28 juillet, le Conseil militaire suprême turc, le YAS, devrait décider de remplacer une large partie de la hiérarchie à l'issue de sa réunion qui durera une journée.

    Par ailleurs, près de 300 militaires de la Garde présidentielle, soit 10 % de ce régiment, ont été mis aux arrêts au lendemain de l'instauration de l'état d'urgence. Le Premier ministre Binali Yidirim a laissé entendre que les autorités comptaient carrément démanteler ce corps d’armée.

    •  Justice

    Immédiatement après le putsch manqué, des demandes de placement en garde à vue ont aussi été émises contre 2 854 juges et procureurs. Le 21 juillet, le ministère de la Défense avait annoncé la suspension de 262 juges et procureurs militaires.

    >> À voir sur France 24 : " 'Les putschistes avouent que les instructions sont venues de Gülen', déclare Erdogan"

    • Éducation

    Un décret signé par le président turc a ordonné la fermeture de 1 043 écoles privées et 15 universités liées à Fethullah Gülen. Le même décret visait 1 229 organisations et fondations caritatives, 19 syndicats, et 35 établissements médicaux.

    Le ministre de l'Éducation, Ismet Yilmaz, a affirmé qu'au moins 20 000 enseignants seraient embauchés pour compenser les limogeages et suspensions de professeurs. Et pour cause, les autorités ont exigé la démission de plus de 1 577 doyens d'université, incluant tous les dirigeants des facultés d'État, et suspendu 21 738 employés de ce ministère l'Éducation. 

    • Fonctionnaires

    Plus de 250 employés des services du Premier ministre ont aussi été mis à pied, de même que 100 responsables des services de renseignement, ainsi que près de 500 personnes travaillant au sein de l'agence des affaires religieuses, la plus haute autorité musulmane du pays. Les fonctionnaires démis ont été interdits de sortie du territoire.

    En outre, alors que certains ambassadeurs turcs sont en passe d’être relevés de leurs fonctions, selon des déclarations du chef de la diplomatie turque, Mevlut Cavusoglu, dont le ministère a limogé, jeudi 28 juillet, 88 fonctionnaires.

    • Presse

    Les médias ne sont pas en reste, avec la fermeture de plus de 130 médias dont 16 télévisions, 45 journaux, trois agences de presse et 23 stations de radio, annoncée mercredi 27 juillet. Selon la chaîne de télévision privée CNN-Türk il s'agit essentiellement de médias de province, mais aussi de certains médias à diffusion ou audience nationale. L'agence de presse Cihan fait partie de ceux-ci, aux côtés de la télévision pro-kurde IMC TV et du quotidien d'opposition Taraf.

    En outre, 15 magazines et 29 maisons d'édition ont été fermés, selon une annonce du gouvernement publiée dans le Journal officiel.

    Ankara a lancé également mercredi des mandats d'arrêt à l'encontre de 47 journalistes. Il s’agit d’ex-employés du quotidien Zaman, mis en cause en raison de leurs liens supposés avec le réseau de l'imam Fethullah Gülen. En début de semaine déjà, 42 journalistes ont fait l'objet de mandats d'arrêt, dont un célèbre commentateur, et ancien parlementaire, Nazli Ilicak.

    La justice turque avait déjà émis en début de semaine 42 mandats d'arrêt contre des journalistes, dont certains ont été placés en garde à vue. 

    • Entreprises liées à l’État

    La compagnie aérienne nationale turque Turkish Airlines a renvoyé plus de 100 employés, notamment dans le management et le personnel navigant, en raison de leurs liens supposés avec les putschistes du 15 juillet, tandis que l'opérateur Turk Telekom, détenu à 30 % par l'État, a décidé de renvoyer 198 employés en "coopération avec les forces de sécurité".

    Avec AFP et Reuters
     

    Première publication : 28/07/2016

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  • Le journaliste biélorusse Pavel Cheremet assassiné à Kiev

    LE MONDE | 20.07.2016 à 10h51 • Mis à jour le 20.07.2016 à 13h05 | Par Benoît Vitkine (envoyé spécial à Moscou)

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    Investigateur infatigable, célébré pour sa droiture et son professionnalisme, le journaliste Pavel Cheremet est mort à Kiev, mercredi 20 juillet, à 7 h 45, dans l’explosion de la voiture qu’il conduisait. Le séisme que risque de provoquer cet assassinat est à la hauteur de la carrière de Cheremet. Journaliste de 44 ans, d’origine biélorusse, il avait longtemps travaillé en Russie avant de choisir de s’exiler en Ukraine, où il avait repris son rôle favori, celui de poil à gratter des pouvoirs en place, politiques autant qu’économiques.

    Mercredi matin, le président ukrainien, Petro Porochenko, a évoqué une « terrible tragédie » et un « choc », pendant que la cheffe de la police ukrainienne, Khatia Dekanoidze, proche de la victime, assurait faire de cette enquête « une question d’honneur ». Pour l’heure, la police se dit seulement capable de confirmer la thèse d’un « assassinat prémédité », évoquant une bombe placée sous le siège du conducteur.

     

    Le journaliste Pavel Cheremet est mort à Kiev, mercredi matin 20 juillet, dans l’explosion de la voiture qu’il conduisait.
    Le journaliste Pavel Cheremet est mort à Kiev, mercredi matin 20 juillet, dans l’explosion
    de la voiture qu’il conduisait. VALENTYN OGIRENKO / REUTERS

    Grande figure du journalisme ukrainien

    L’enquête s’annonce d’autant plus difficile que la voiture, qui a explosé en plein centre de Kiev, à 7 h 45, après avoir parcouru quelques dizaines de mètres, n’appartenait pas à Pavel Cheremet, mais à sa compagne, Alena Pritoula. Celle-ci est une autre grande figure du journalisme ukrainien, directrice du site Internet Ukraïnska Pravda, l’un des médias du pays les plus critiques vis-à-vis du pouvoir, et dont les enquêtes écorchent régulièrement la réputation des grands oligarques du pays.

    Pavel Cheremet travaillait pour cette publication et animait également une émission matinale sur la radio en langue russe Vesti.

    Mme Pritoula avait cofondé Ukraïnska Pravda en 2000 avec Gueorgui Gongadze, dont l’assassinat, la même année, avait profondément bouleversé l’Ukraine et constitué l’un des ingrédients du déclenchement de la « révolution orange », en 2004. Quelle que soit la direction que prendra l’enquête, l’ombre de Gongadze pèsera sur celle-ci, ainsi que la perspective d’une crise politique d’importance en Ukraine.

     

    Pavel Cheremet animait également une émission matinale sur la radio en langue russe Vesti.

    Sinueuse carrière aux nombreuses distinctions

    Avant de travailler pour Ukraïnska Pravda, dont il était devenu le directeur exécutif, Pavel Cheremet aura connu une longue et sinueuse carrière. Né en 1971 à Minsk, il a longtemps travaillé, après l’indépendance de 1991, pour la télévision biélorusse et pour le bureau local de la télévision d’Etat russe. En Biélorussie, il se trouve rapidement en butte avec le pouvoir d’Alexandre Loukachenko, qui l’emprisonnera brièvement en 1998, avant de le priver de sa nationalité en 2010.

    En Russie, le journaliste rejoint les cercles libéraux, devenant notamment l’ami du dirigeant d’opposition Boris Nemtsov, assassiné en février 2015. Il collabore au journal Ogoniok et à la télévision REN-TV, alors encore indépendante. La détérioration du climat politique en Russie le pousse à un nouvel exil en 2012. A partir de 2014, il commence sa collaboration avec Ukraïnska Pravda. Vif, de caractère joyeux mais entier, Pavel Cheremet avait reçu de nombreuses distinctions, célébrant notamment son courage professionnel.



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  • Turquie : Erdogan veut la tête de Fethullah Gülen et lance des purges au-delà de l’armée

    LE MONDE | 16.07.2016 à 20h03 • Mis à jour le 17.07.2016 à 07h42     lien

     

    Lors d’une manifestation de soutien au président turc Recep Tayyip Erdogan, samedi, à Ankara.

    Au lendemain du coup d’Etat manqué en Turquie, le président turc Recep Tayyip Erdogan a demandé, samedi 16 juillet, l’extradition de Fethullah Gülen, exilé aux Etats-Unis, lors d’un discours prononcé devant une foule de partisans. M. Erdogan accuse son ennemi juré d’avoir organisé la tentative de renversement du pouvoir qui a eu lieu dans la nuit de vendredi à samedi, ce que l’intéressé dément formellement.

    Le prédicateur, installé en Pennsylvanie, a condamné « dans les termes les plus forts », la tentative de putsch, pendant laquelle 265 personnes sont mortes et 1 440 ont été blessées. Et il a fait part de ses soupçons envers le président turc dans une entretien au New York Times, suggérant que M. Erdogan pourrait être lui-même l’instigateur de ce coup d’Etat. « Certains dirigeants organisent de faux attentats-suicides pour renforcer leur pouvoir, et ces gens ont ce genre de scénarios en tête », a déclaré M. Gülen.

    Lire aussi :   Ce que l’on sait de la tentative de coup d’Etat en Turquie

    « Il y a un jeu avec l’armée, et cela est lié à des forces extérieures », a insisté le président turc, samedi, rappelant avoir déjà demandé à de nombreuses reprises l’extradition du prédicateur à son homologue américain, Barack Obama. « Ici j’en appelle à l’Amérique, j’en appelle au président [Obama] », a-t-il lancé à la foule. « Monsieur le président, je vous le dis, renvoyez ou livrez-nous cette personne », a-t-il martelé, sans jamais prononcer le nom de Gülen.

    Washington, qui a promis d’aider Ankara dans l’enquête sur le putsch déjoué, a invité le gouvernement turc à livrer des preuves contre l’opposant Fethullah Gülen, avait auparavant annoncé samedi le secrétaire d’Etat américain John Kerry, en visite à Luxembourg.

    Erdogan en guerre contre les « gülenistes » depuis 2013

    L’imam turc Fethullah Gülen est le chef de la confrérie des Fethullahci (adeptes de Fethullah), un courant affilié au mouvement religieux sunnite Nurcu (« adeptes de la lumière »). Son mouvement, Himzet, était très puissant en Turquie, où il était l’allié de l’AKP (le Parti de la justice et du développement fondé par M. Erdogan) jusqu’en 2013. Une brouille avait alors éclaté entre les deux alliés lors du scandale dit des « écoutes téléphoniques ». Avec la complicité de policiers membres de la confrérie, des conversations révélant un système de corruption au plus haut niveau de l’Etat avaient été dévoilées, mettant M. Erdogan, alors premier ministre, dans l’embarras.

    Lire aussi :   Turquie : qui est Fethullah Gülen, accusé par le pouvoir d’avoir initié le coup d’Etat ?

    Depuis, le régime turc se livre à une véritable guerre contre les « gülenistes ». La confrérie a perdu ses écoles, ses holdings, ses médias et le prédicateur Gülen, dont Ankara a déjà demandé à plusieurs reprises l’extradition, en vain.

    2 745 juges démis de leurs fonctions

    Samedi, après l’échec du coup d’Etat, le temps des purges est arrivé. Au total, 2 839 militaires ont été arrêtés en lien avec ce coup d’Etat avorté, a révélé le chef du gouvernement turc, selon lequel « ces lâches se verront infliger la peine qu’ils méritent ». Pour parer à tout « châtiment collectif », le ministre canadien des affaires étrangères Stéphane Dion a appelé son homologue turc Mevlut Cavusoglu à régler « l’après-coup d’Etat » selon les « principes fondamentaux de la démocratie ».

    Les autorités judiciaires ont par ailleurs annoncé que 2 745 juges dans tout le pays allaient être démis de leurs fonctions. D’après NTV, une chaîne de télévision turque, Alparslan Altan, l’un des 17 juges de la Cour constitutionnelle, a été placé en détention pour des raisons inconnues.

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  • Soutien à la Gay Pride : le tweet du FN-Sciences Po embarrasse le parti

      >Politique|YR|02 juillet 2016, 18h07|    LIEN    

    Louis Aliot, vice-président du FN, a désapprouvé la position des étudiants de Sciences Po soutenant la Gay Pride. 

    LP/PHILIPPE LAVIEILLE
     
    YR
    PolitiqueGay PrideFNMarche des FiertésLouis Aliot

    L'association FN des étudiants de Sciences Po Paris a publié un tweet soutenant la Gay Pride, qui se tient ce samedi dans les rues de Paris. Une position largement désapprouvée par les dirigeants du parti frontiste. 

    «Plus que jamais nécessaire après l'attentat homophobe d'Orlando, nous souhaitons une bonne #MarcheDesFiertés à tous» Le tweet publié ce samedi matin par les étudiants FN de Sciences Po Paris s’est attiré les foudres des sympathisants du parti frontiste sur le réseau social. Certains des cadres du Front national ont été jusqu'à réagir. 

     

    Plus que jamais nécessaire après l'attentat homophobe d'Orlando, nous souhaitons une bonne à tous.

     

     

    Louis Alliot, vice-président du FN, n'est pas du tout sur la même ligne et rappelle, toujours sur Twitter, la ligne de son parti : la Gay Pride est un «symbole exhibitionniste», qui plus est «d’un communautarisme militant et antiFN». La députée FN du Vaucluse, Marion Maréchal-Le Pen, l'a retweeté.

     

    Le FN ne soutient pas la marche des fiertés, symbole exhibitionniste d'un communautarisme militant et antiFN.

     

     

    Pour le conseiller régional FN d'Ile-de-France, Axel Loustau, la ligne du FN se résume comme suit : ni-homophobie, ni communautarisme fier. Il estime que «porter sa sexualité comme un étendard est aussi indécent et minable que l'homophobie».

     

    Porter sa sexualité comme un étendard est aussi indécent et minable que l'homophobie

     

     

     

    Le patron du Front national de la jeunesse (FNJ), Gaëtan Dussausaye, a désapprouvé la prise de position de la section FN de la grande école de la rue Saint-Guillaume (VIIe). Même chanson que Louis Alliot :la Marche des fiertés relève du communautarisme. «Hors de question» de «soutenir la marche des fiertés, et tout événement faisant le jeu du communautarisme» a-t-il tweeté.

     

    Hors de question pour le @FNJ_officiel de soutenir la marche des fiertés, et tout événement faisant le jeu du communautarisme !

     

     

     

    Mais la charge la plus violente vient encore de l’ancien président du FNJ, Julien Rochedy, qui en profite pour tacler la logique élitiste de Sciences Po en général, «pas du tout représentatif du peuple».

     

    On disait les étudiants de science po pas du tout représentatifs du peuple... Le FN science po ne déroge pas ! https://twitter.com/fnsciencespo/status/749163633628897280 


     

    Sur le réseau de micro-blogging, les sympathisants FN s’écharpent sur la pertinence de la déclaration de l’association frontiste de l’IEP de Paris. Au point de réveiller de vieilles frustrations au sein du parti sur la présence d’un «lobby gay» qui influencerait les instances dirigeantes.

     

    @FNSciencesPo excusez moi mais "FN" et "marche des fiertés" il y a contradiction dans les termes là, non....

     

    La nouvelle ligne politique du 
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  • Une manifestante tient un drapeau turc et un allemand devant le Reichstag à Berlin.  
    © HANNIBAL HANSCHKE

     

     

    Nathalie versieux, Berlin
    Publié mercredi 1 juin 2016 à 18:45.

     

    Allemagne     LIEN

     

    Le vote du Bundestag qui

    va irriter la Turquie

     

    Les députés du Bundestag vont adopter ce jeudi une résolution condamnant le «génocide arménien.» Le texte, soutenu par les groupes parlementaires de la CDU-CSU, du SPD et des Verts, a de grandes chances d’être adopté

     

    Le vote aurait du avoir lieu voici plus d’un an, à l’occasion du centenaire du massacre. Mais il avait été reporté à plusieurs reprises, tant sont fortes les pressions d’Ankara. La résolution condamnant le «génocide arménien» sera finalement adoptée ce jeudi par les députés du Bundestag, à l’initiative des groupes parlementaires CDU, SPD et Grünen, alors que les tensions n’ont jamais été aussi fortes entre l’Allemagne et la Turquie. «Le sort des Arméniens est emblématique de l’histoire des exterminations de masse, de la purification ethnique, des déportations, et oui, des génocides qui ont marqué le XXe siècle», stipule le projet de résolution. Le texte souligne également le rôle «peu glorieux» de l’Empire allemand, à l’époque allié militaire de l’Empire ottoman, qui n’a rien fait pour empêcher le massacre des Arméniens.

    Considérés comme un soutien de l’ennemi russe et accusés de trahison, 800 000 à 1,5 million d’Arméniens ont été déportés et massacrés en 1915 et 1916. La Turquie ne nie pas qu’il y ait eu des morts – 300 000 à 400 000 selon Ankara –, mais considère qu’il s’agissait d’une guerre civile doublée d’une famine. La Russie, la France et l’Italie ont reconnu le caractère génocidaire de ces massacres. Le Conseil national suisse a rejeté un texte en ce sens en 2001 avant d’adopter en décembre 2003 un postulat de reconnaissance du génocide contre l’avis du Conseil fédéral. Mais les Etats Unis et l’Allemagne ont jusqu’à présent choisi de ménager la Turquie, important partenaire au sein de l’OTAN pour Washington et élément clé de la solution de la crise des réfugiés pour Berlin. Le président de la République Joachim Gauck et le président du Bundestag Norbert Lammert avaient utilisé le mot de «génocide» à propos de l’Arménie voici un an, provoquant un regain de tension avec Ankara.

    Le projet de résolution sur l’Arménie met Angela Merkel sous pression. La chancelière et son ministre des Affaires étrangères, Frank Walter-Steinmeier, ne participeront d’ailleurs pas au débat parlementaire jeudi. Le porte-parole du gouvernement ne cache pas que le projet de résolution «tombe au mauvais moment». Le gouvernement a en effet besoin du soutien d’Ankara pour tenter de mettre fin au flux des migrants qui cherchent à rejoindre l’Allemagne par la route des Balkans.

    Avant le vote, la Turquie a fait encore monter la pression. Mardi, le président Recep Tayyip Erdogan a téléphoné à Angela Merkel, appelant au «bon sens» des Allemands. «Si ce texte est adopté et que l’Allemagne tombe dans ce piège, cela pourrait détériorer toutes nos relations avec l’Allemagne où vivent 3 millions de Turcs et qui est notre alliée dans l’OTAN.» Mercredi, le nouveau premier ministre turc, Binal Yildirim, a souligné que le vote aurait «un impact défavorable» sur les relations entre les deux pays. Mais il a exclu que la Turquie renonce à l’accord sur les migrants conclu en mars avec l’Union européenne, alors que son application semble compromise du fait des dérives autoritaires du président Erdogan.

    Angela Merkel est-elle devenue «la marionnette d’Erdogan», comme l’assure la presse allemande, qui trouve la chancelière trop conciliante? «Naturellement, la Turquie, du fait de sa position géostratégique est en position de force, admet Gülistan Gürbey, spécialiste de la Turquie à l’université Libre de Berlin. Erdogan veut démontrer sa puissance en interne et à l’étranger, ce qui complique les négociations entre l’Union européenne et la Turquie sur la gestion des réfugiés ou la suppression de visas pour les Turcs. La dérive autoritaire n’est pas une caractéristique de la Turquie. On observe la même chose en Russie, en Hongrie ou en Pologne. Mais les Allemands se sentent particulièrement concernés par la Turquie.»

    Ankara est un important partenaire commercial pour l’Allemagne. Quatre millions de personnes d’origine turque, dont de nombreux Kurdes, vivent dans le pays. La candidature turque à l’UE et la nécessité pour Berlin de parvenir à un accord avec la Turquie sur les réfugiés, alimentent l’inquiétude de l’opinion, des intellectuels et des artistes face à la poussée d’autoritarisme en Turquie. «L’Allemagne est particulièrement vulnérable quant à sa relation avec la Turquie à cause de la crise des réfugiés, ajoute la chercheuse Alida Vracic du groupe de réflexion allemand SWP. Les dérives seraient pires si la Turquie était isolée, et dans ce contexte, l’Allemagne reste le principal pays à avoir un accès crédible aux autorités turques au sein de l’Union européenne.» Angela Merkel ferait donc avancer ses pions «à petits pas», conformément à la devise qu’elle s’est donnée pour aborder tous les sujets sensibles.

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  • Le régime du président Ilham Aliev n'a pas apprécié le gâteau d'anniversaire de Khadija Ismaïlova
    Le président n'aime pas les gâteaux d'anniversaires
     
    Chers adhérents, Chers amis,

    Nous nous sommes rassemblés hier à Washington, et ce matin devant l'ambassade d'Azerbaïdjan à Paris, afin de fêter l'anniversaire de Khadija Ismaïlova, célèbre journaliste d’investigation, pourchassée par le régime du président Aliev.

    Libérée hier, Khadija a vu sa peine commuée en trois ans et demi avec sursis. Une façon de faire taire l’indignation des défenseurs de la journaliste d’investigation sans toutefois reconnaître son innocence.

    autres journalistes et blogueurs restent emprisonnés pour leurs activités et les médias indépendants sont contraints à l’exil. Nous ne comptons pas cesser de soutenir Khadija et de dénoncer les violations de la liberté de la presse.

    Ce matin, devant l'ambassade, notre petit fête n'était pas au goût de tous, comme vous pouvez le voir dans cette vidéo.

    A très vite,

    L'équipe de Reporters sans frontières

    P.S. Pour twitter la vidéo, c'est par là !
     
     
     
     

     

    Amal Clooney, counsel to Khadija Ismayilova - FreedomForKhadija / RSF

     

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  •  
    Un journaliste fran&ccedil;ais expuls&eacute; d'Egypte, &quot;vifs regrets&quot; de ParisRémy Pigaglio, correspondant de RTL et du journal La Croix au Caire depuis près de deux ans, a été expulsé mardi soir d'Egypte sans explication par les autorités égyptiennes ((c) Afp)
       

      Paris (AFP) - Rémy Pigaglio, correspondant de la radio RTL et du journal La Croix au Caire, a été expulsé mardi soir par les autorités égyptiennes sans explication, une décision qui suscite l'inquiétude des journalistes sur place et est "vivement regrettée" par la France.

      Le journaliste, qui travaillait depuis près de deux ans pour La Croix au Caire, a été retenu à l'aéroport lundi après des vacances en France alors que tous ses papiers étaient en règle, a expliqué mercredi à l'AFP Guillaume Goubert, le directeur du quotidien.

      A son arrivée, son passeport et son téléphone portable ont été confisqués par la police aéroportuaire et il n'a pu parler à l'ambassade de France que le lundi soir. Il a également dû passer une nuit en cellule avant de devoir reprendre l'avion pour Paris où il était attendu mercredi, a précisé Guillaume Goubert.

      Selon lui, "il semblerait que les renseignements égyptiens (moukhabarat) sont à l'origine de la décision d'expulsion". La rédaction de La Croix a fait part de sa "totale incompréhension après cette décision arbitraire".

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      "La France regrette vivement cette décision des autorités égyptiennes. Partout dans le monde, elle défend la liberté d’expression et la liberté de la presse", a réagi le Quai d'Orsay.

      Le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault a évoqué la situation du journaliste mardi avec son homologue égyptien Sameh Choukri, selon le ministère qui a précisé que l'ambassadeur au Caire avait effectué plusieurs démarches auprès des autorités "afin qu’elles reconsidèrent leur décision".

      "Rien ne m'a été confisqué et je n'ai pas été maltraité. Aucun interrogatoire n'a été mené. Et je n'ai jamais su, et ne sais toujours pas, pourquoi cette décision d'interdiction d'entrer sur le territoire a été prise", a déclaré Rémy Pigaglio à "La Croix" avant de monter dans l'avion.

      "Au vu des circonstances, tout pousse à croire que cette décision a été prise pour intimider tous les correspondants étrangers basés au Caire. C'est un signal très inquiétant pour les médias étrangers", a estimé Alexandra El Khazen, responsable pour le Moyen-Orient de Reporters sans Frontières (RSF).

      Selon un journaliste étranger cité par RSF, c'est la première fois qu'un correspondant dont les papiers sont en règle se voit refuser l'entrée dans le pays.

      Dans un communiqué publié sur Facebook, les correspondants français en Egypte se sont également inquiétés de cette décision : "l'ensemble des correspondants français en Egypte déplore la répression grandissante des autorités sur les médias égyptiens et étrangers : surveillance, intimidation, arrestation, refoulement, expulsion, détention".

      Début mai, le syndicat des journalistes en Egypte avait dénoncé un "recul" de la liberté de la presse dans le pays, accusant le pouvoir d'être en "guerre contre le journalisme", après l'arrestation le 1er mai de deux reporters au siège de l'organisation.

      Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi est régulièrement accusé par les défenseurs des droits de l'homme d'avoir instauré un régime ultra-autoritaire qui réprime violemment toute opposition depuis qu'il a destitué en 2013 son prédécesseur islamiste Mohamed Morsi.

      La question des droits de l'homme avait été abordée par François Hollande lors d'une visite en Egypte mi-avril, où le président français avait invoqué la nécessaire "liberté de la presse et la liberté d'expression" et discuté avec son homologue des cas "du Français Eric Lang et de l'Italien Giulio Regeni".

      Eric Lang est un Français arrêté en 2013 au Caire par la police et battu à mort dans sa cellule, "par des co-détenus" selon le parquet général du Caire.

      Giulio Regeni est un étudiant italien enlevé dans la capitale égyptienne le 25 janvier et retrouvé mort neuf jours plus tard dans un fossé, le corps portant les stigmates d'épouvantables tortures. La presse italienne et des diplomates assurent qu'il a été tué par des membres de services de sécurité, ce que l'Egypte nie avec véhémence.

       

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    • Global debout

      Nuit debout à Athènes : «les Français sont un exemple pour nous en ce moment»

      Par Fabien Perrier 15 mai 2016 à 21:36   Lien

      La place Syntagma, à Athènes, où s'est réuni Global debout. Photo Ronen Zvulun.Reuters

       

      Le mouvement français s'est exporté en Grèce pour un dimanche, rappelant des souvenirs aux Athéniens.

       

       

      Il est 19 heures à Athènes sur Syntagma, la place de la Constitution. La Nuit debout est censée commencer. Elle peine à rassembler. Il faut dire que pour les Grecs, 19 heures, c’est encore l’après-midi. A 20 heures, le lieu se remplit lentement. Sur les marches reliant la place à la Vouli (le Parlement), une trentaine de Grecs plaisantent. «Tu connais le sens de Nuit debout ? demande l’un. 
      — Bien sûr ! lui répond son voisin.
      — Alors, pourquoi es-tu assis ?
      — 
      «Parce qu’il ne fait pas encore nuit !»

       

      Lire notre reportageNuit debout joue l’international

       

      A 21h30, la nuit est tombée ; ils sont peu nombreux à être venus assister au rassemblement Global debout. La foule n’est toujours pas celle des grands jours. Pas celle des «indignés» notamment. C’était en 2011. Dès le lancement du mouvement du 15 mai en Espagne, après plus d’une année de crise et de mesures d’austérité, des milliers de citoyens hellènes assistaient chaque jour à des rassemblements et assemblées populaires sur la place de la Constitution.

       

      Cet épisode avait été l’un des ceux fédérant l’opposition aux politiques d’austérité et renforçant les partis qui dénonçaient les mémorandums. Ces textes définissant les mesures à appliquer dans le pays en échange de prêts pour lui éviter le défaut de paiement sont toujours là. Pourtant, cette opposition s’était unie d’une part au sein de Syriza, la «coalition de la gauche radicale» et de l’autre dans les «Grecs Indépendants». En janvier 2015, Syriza et son leader, Aléxis Tsìpras, ainsi que les Grecs indépendants ont remporté les élections, et conquis le gouvernement ; ils ont dû, à leur tour, signer un mémorandum et appliquer des politiques d’austérité. Dans la société, la déception gagne du terrain.

       

      Lire notre reportageEn Espagne, Nuit debout fait un «bien fou» aux indignés

       

      «Nous sommes là pour dénoncer les mesures d’austérité et le chômage», explique Konstantinos Sifakis, un trotskiste de 27 ans, en post-doctorat. Les banderoles font écho à son propos : «Non à votre mémorandum, à votre ultimatum, à votre euro», indique une banderole de l’Epam, le «Front unitaire populaire», une organisation politique née en 2011 qui lutte pour la souveraineté populaire. Une autre : «Plus de morts en Grèce», en allusion au nombre de suicides qui a explosé dans le pays depuis 2010, alors que le chômage (25,5 % aujourd’hui) et la pauvreté augmentaient. Sur une autre, «#αρκετα», «assez».

       

      «Nous n’avons aucun avenir ici»

       

      Ce ras-le-bol est la motivation des jeunes Grecs qui ont fait le déplacement. Comme Kosmas, 22 ans, assis sur la rambarde, la chambre des députés juste sous ses yeux. «Nous sommes la génération la plus instruite, et nous, nous n’avons aucun avenir ici ! La plupart des jeunes de mon âge quittent le pays, vont en France ou en Allemagne», s’insurge cet étudiant en médecine. Lui veut «continuer à vivre dignement ici, dans [s]on pays». Alors, il veut se «battre contre les politiques de l’Union européenne imposées». A côté de lui, Konstantinos, 21 ans, ajoute : «Nous sommes aussi là en solidarité avec les Français. Ils sont un exemple pour nous en ce moment. Avec l’arrivée de Syriza au gouvernement, le mouvement social s’est estompé. Or nous en avons besoin pour lutter contre les politiques qui détruisent le pays, l’économie.» Pour lui, «la jeunesse française a compris comment la loi travail va détruire son futur».

       

      Solidarité, déception… Autant de mots qui reviennent dans la bouche de Maria Barsevski. Ancienne membre du bureau politique de Syriza, elle a quitté le parti quand Alexis Tsipras a signé le troisième mémorandum avec l’UE, en juillet 2015. «Je suis ici pour protester contre la politique menée, qui détruit la sécurité sociale, la retraite, prépare la confiscation des biens immobiliers», souligne-t-elle. Elle veut «donner un nouvel élan au mouvement des Indignés en Europe».

       

      Un peu plus loin, une Internationale retentit. En français. Des étudiants qui effectuent un séjour Erasmus en Grèce sont venus «pour participer», selon Nora Hamama. A 21 ans, elle suit «le mouvement en France et souhaite qu’il devienne global». Elle déplore toutefois qu’il y ait «peu de monde». Tom Leblond l’écoute d’une oreille. «Étudiant en archi», il est, lui, plus optimiste : «Je rêvais d’avoir 20 ans en 68. Il paraît que les gens se parlaient. Avec les réseaux sociaux, il y a beaucoup de bruit, de répétition. Là, les gens recommencent à se parler. C’est un bon début.»

       

      La nuit est tombée. Quelques centaines de Grecs sont rassemblés, certains arborent fièrement un drapeau national. Il faudra attendre pour la foule des grands jours.

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    • Coca-Cola, McDonald's... Nuit debout lance sa liste noire des marques

      LIEN

      Coca-Cola, McDonald's... Nuit debout lance sa liste noire des marquesDes milliers de personnes rassemblées place de la République à Paris dans le cadre de Nuit debout, le 15 mai 2016. (GEOFFROY VAN DER HASSELT/AFP)

      Le mouvement souhaite dénoncer le comportement peu éthique de certaines multinationales. Une liste collaborative sera complétée au fur et à mesure par les internautes sur la plateforme "The NOlist".

       

      Nuit debout entre en guerre contre les multinationales. Le mouvement a lancé dimanche 15 mai sa liste noire des marques "qui se comportent le plus mal", alors que 1.500 personnes s'étaient rassemblées dans la soirée place de la République.

      Dans un communiqué, le mouvement explique que cette action "vise à promouvoir des alternatives aux produits des entreprises multinationales les plus contestées par les internautes participants". Baptisée "NOlist", cette campagne devrait pointer une nouvelle marque toutes les deux ou trois semaines. La première entreprise clouée au pilori est Coca-Cola.

      "La liste est collaborative et condense toutes les critiques du comportement des multinationales, qu'il s'agisse de non respect des droits humains, du droit du travail, de l'environnement, de la santé, etc.", explique Marion, membre de la commission internationale de Nuit Debout Paris, contactée par "l'Obs".

      Chacun est libre de proposer une marque sur la plateforme du mouvement, pour peu que ce choix soit argumenté et qu'une contre-proposition soit formulée. "On peut, par exemple, dénoncer la politique alimentaire de McDonald's, qui bourre ses hamburgers d'anti-vomitifs, et promouvoir les AMAP [Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne, NDLR]", avance Marion.

       

      Piratage de sites et action directe

      La société qui réunit ensuite le plus de suffrages contre son action fait l'objet d'un boycott. En plus de la campagne de dénigrement sur les réseaux sociaux, Nuit debout entend entreprendre des actions concrètes visant les magasins et les sites physiques de l'enseigne (occupation d'usine, sit-in...) mais aussi des piratages de sites web. Pour l'instant, sur la plateforme française "The NOlist", deux enseignes sont visées : Coca-Cola et McDonald's.

      "Ce sont les Indignés espagnols qui ont apporté cette campagne dans leurs valises et qui l'ont exposée, sur la place de la République, le week-end des 7 et 8 mai lors de la réunion internationale. Il s'agit d'une nouvelle forme d'action qui allie dénonciation et proposition d'alternative", souligne Marion.

      Cette campagne a été lancée dans la foulée d'un appel à l'internationalisation du mouvement, qui a choisi la date du cinquième anniversaire du mouvement espagnol du 15 mai pour se donner un nouveau souffle. Dimanche, des rassemblements estampillés "Global debout" ont eu lieu dans 300 villes, dont 130 villes étrangères de 28 pays.

      Pour Marion, le mouvement doit tendre à l'unité au-delà des frontières : "Nous sommes en train de mettre en place une plateforme internationale : 'The NOlist'. Nous visons un modèle de société qui lutte contre le dérèglement climatique, les dérives de la finance, les problèmes migratoires. L'avenir de Nuit debout est global."

      Maïté Hellio

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    • Le chagrin et la colère - Manifestations

      en Pologne (1/3)

      En moins de six mois de gouvernement, les ministres du parti Droit et Juste (PiS) ont réussi un exploit. Ils ont mobilisé une grande partie de la société polonaise contre eux. Les mécontentements ont culminé, ce samedi 7 mai, dans une immense marche à travers Varsovie. Ce fut aussi l'occasion de reprendre mon voyage dans la Pologne sous Kaczynski, du côté de ceux qui disent non, et manifestent.
         

        En moins de six mois de gouvernement les ministres du parti Droit et Juste (PiS) ont réussi un exploit. Ils ont mobilisé une grande partie de la société polonaise contre eux. Les mécontentements s’accumulent, les manifestations de rue, les indignations se sont succédées, comme jamais depuis 1989,  à travers toute la Pologne, pour culminer, ce samedi 7 mai, dans une immense marche à Varsovie qui a rassemblé près de 250 000 personnes pour la défense de la démocratie. Cette fois avec tous les partis politiques d’opposition.

        Les nouveaux gouvernants s’isolent chaque jour davantage. Y compris sur le plan international où ils suscitent de la méfiance tant chez leurs alliés traditionnels que dans les agences de notations. En quelques mois le zloty a perdu un cinquième de sa valeur face à l’euro ou au dollar. Les investisseurs s’inquiètent.

        Varsovie, le 7 mai 2016 © KOD Varsovie, le 7 mai 2016 © KOD

        Sombres perspectives

        C’est dramatique, me disent mes interlocuteurs en cette fin avril. Les atteintes aux règles démocratiques, ces lois votées dans la précipitation, sidèrent. Assomment. La Pologne, si fière de ses vingt cinq dernières années, devient triste et pleure. Beaucoup de Polonais sont abattus, pris par une sorte de chagrin devant tant d’efforts dilapidés. Certes, les dernières années de la Plate forme civique, le parti libéral, qui eut tous les pouvoirs pendant huit ans, ont mal tourné. Les politiciens se sont perdus dans les petites combines et les privilèges. C’était lamentable. Beaucoup ont même voté pour le PiS en espérant plus d’équité sociale, et une bonne morale. Mais là, c’est trop. Toutes mes conversations, à Varsovie ou ailleurs, commencent par un soupir. Ça ne va pas. On est las. Agacé. Ça devient insupportable, me répète-on. Il pleut beaucoup en avril. On m’égraine les noms de gens virés, des incompétents nommés. Ceux qui ont un peu d’humour se consolent avec des anecdotes, d’autres parlent de fascisme, d’exil, de désespoir… Rares sont les optimistes.

        C’est parti pour au moins dix ans, me dit-on sans cesse. Tu verras, ils bloquent tout. Ils peuvent tout maintenant. Władysław Frasyniuk, un des anciens dirigeants de Solidarnosc des plus respectés, héros de la résistance des années quatre vingt, compare Kaczynski au Jaruzelski de la Loi martiale (1981). Et il est vrai que les méthodes se ressemblent. Je reconnais aussi dans ces déclarations une certaine dramatisation si caractéristique de la politique polonaise. Possible, mais je le ressens ainsi, me dit un vieil ami qui fut de tous les combats depuis les années 1970. « La sensation est très négative ». Il faut dire qu’en plus des lois liberticides et des épurations administratives, il y a les médias. Entendre chaque jour, à toute heure, le nouveau discours patriotique et clérical, des mensonges grossiers, des insultes, croiser dans la rue ou dans le métro des portraits du Kaczynski défunt à Smolensk, ou des photos de héros passés, ou voir des néonazis parader dans des églises, est plus que révoltant, affligeant. En quelque mois l’atmosphère s’est embrunie.

        Aussi me regarde-t-on avec indulgence quand je tente une appréciation politique des chances de ce pouvoir. Aleksander Hall, un intellectuel écouté, un libéral plutôt conservateur, issu des mêmes milieux que Lech Kaczynski à Gdansk, mais qui s’en est écarté dès le début des années 1990, publie justement un court essai sur le nouveau régime. Il l’a intitulé Le mauvais changement1, en opposition au « bon changement » du PiS. Pour lui, le projet est clair et la perspective sombre pour la Pologne. Nous nous rencontrons à Sopot, chez mon amie Teresa. « Nous sommes devant un changement complet de système politique, avec la remise en cause de l’équilibre des trois pouvoirs – exécutif, législatif et judiciaire. Kaczynski vise la domination absolue du centre politique, c’est-à-dire de son parti dont il contrôle l’appareil. Il met tout en place en ce moment. C’est très dangereux. » L’homme est calme et sûr de lui. J’essaie de lui soutirer quelques lueurs d’optimisme, je lui suggère les limites du projet. La répression est encore modérée, l’opposition est dans la rue… Il l’admet, il participe aux manifestations. « Ne vous trompez pas, des mesures sont encore à venir, Jaroslaw Kaczynski veut aller vite. Il limitera le pouvoir de l’opposition parlementaire, la rendra impuissante. Il ne la conservera que  comme façade utile, un alibi pour l’extérieur. S’il n’y a pas encore de grande répression, elle viendra, c’est très probable. » Il prévoit d’ailleurs des changements constitutionnels dans ce sens.

        Qualifiée par le président Andrzej Duda de « compromis d’une époque transitoire », l’actuelle constitution, adoptée par référendum en 1997, sera revue. Jaroslaw Kaczynski l’a lui-même annoncé devant la Diète, il y a quelques jours. Un nouveau texte devrait être adopté en 2017, par référendum s’il le faut (il ne dispose pas d’une majorité constitutionnelle). L’opposition refuse d’y travailler, aucune discussion « tant que le PiS ne respectera pas la constitution en vigueur ».

        Varsovie, le 7 mai 2016 © KOD Varsovie, le 7 mai 2016 © KOD

        Je reviens vers Hall et lui demande comment il analyse les manifestations du Comité de défense de la démocratie (KOD). Elles sont puissantes à Gdansk. Il en convient, et y participe. « La société est partagée. La résistance existe, elle se renforce même. Pourtant, si j’en crois les sondages, la base sociale du PiS se maintient. » Les histoires de Cour constitutionnelle restent confuses pour le Polonais moyen. Le versement de 500 zlotys mensuel aux familles qui élèvent un deuxième enfant, ou bien les discours de défense de la souveraineté nationale face aux diktats extérieurs, sont plus efficaces. Ils consolident le noyau dur de l’électorat du PiS. « Vous savez, une partie de la société polonaise souhaite un homme fort à la tête de la nation, un homme qui la conduit sans hésitation. »

        La division de la société s’aggrave. Une étude réalisée en février tente d’identifier ces deux camps2. On y découvre d’abord qu’une partie de l’opinion (12% à ce moment) soutient à la fois les autorités et le KOD qui manifeste depuis cinq mois contre les lois du PiS, alors que les deux camps sont d’égale importance avec une légère avance pour le KOD à ce moment (34% contre 30%). Cette avance a dû se renforcer depuis. Les partisans du KOD sont majoritairement des femmes, ils sont en moyenne un peu plus âgés (même si le KOD domine chez les 25-44 ans), ils vivent en ville, principalement dans les villes de plus de 500 000 habitants, ils sont éduqués et ils ont généralement de meilleurs revenus. En matière de religion, ils sont moins pratiquants, et politiquement ils se classent plutôt à gauche ou au centre. Ceux du PiS, en revanche, sont surtout masculins, un peu moins âgés (minoritaires chez les retraités !), ils résident plutôt dans les villes moyennes et à la campagne. Leur revenu moyen est plus faible. Ils sont catholiques pratiquants et votent généralement pour la droite radicale (PiS et extrême droite). Ainsi, au fil de ces dernières années les « noyaux durs » des deux camps sont devenus très typés. Ils révèlent deux Pologne opposées. C’est net depuis les résultats électoraux de l’automne3.

        Varsovie, le 7 mai 2016. "Oui à la IIIe république, Non à une IIe Pologne communiste" © KOD
        Varsovie, le 7 mai 2016. "Oui à la IIIe république, Non à une IIe Pologne communiste" © KOD

        La colère monte

        Or, depuis février cette opposition ne cesse de s’approfondir. Les deux mondes s’éloignent, les rapports se tendent. La colère monte. Tous les indicateurs d’opinions sont au rouge. La jeunesse de moins de 25 ans, dont le vote avait fait basculer la majorité en se focalisant sur un rocker démagogue, semble se détacher du gouvernement (78% des sondés de moins de 25 ans ont fin avril, une opinion négative4), l’audience des médias publics s’effondre au point que le directeur de TVP conteste les panels d’enquête ! Les manifestations du KOD en défense de la Cour constitutionnelle et de la liberté des médias sont régulières et toujours très suivies (A Lodz, Gdańsk, Poznań, Katowice et Białystok, la semaine dernière), et ce weekend la grande marche de Varsovie est, pour la première fois, co-organisée avec les partis d’opposition.

        La colère grandie et se politise. Le KOD qui s’est structuré sur l’ensemble du pays multiplie les initiatives locales : actions symboliques, discussions et forum, manifestations. Il s’est doté d’un programme élémentaire, fondé sur une douzaine de principes pour défendre et développer « une société citoyenne ». Il limite ses objectifs à quelques thèmes : éducation en organisant des « universités volantes » de la démocratie dans les quartiers ; surveillance des réactions du pouvoir aux recommandations du Conseil de l’Europe et de l’UE ; défense des personnes persécutées ; participation au processus constitutionnel. Il a d’ailleurs déposé à la Diète une « proposition de loi d’origine citoyenne » sur la Cour constitutionnelle, réunissant 100 000 signatures.

        Mais il n’entend pas se transformer en parti ou se substituer à l’opposition parlementaire. Il a d’ailleurs appelé les partis d’opposition – Plateforme civique (PO, libéral), Nowoczesna (libéral), le PSL (agrarien), le SLD (social-démocrate), Inicjatywa Polska (nouvelle gauche), les Verts, et Razem (gauche radicale), a constituer un front uni pour la défense des valeurs européennes et de  l’ordre constitutionnel. PO et le parti Razem n’ont pas voulu. L’initiative, baptisée « Równość, Wolność, Demokracja » (Egalité, Liberté, Démocratie), est à l’origine de la manifestation du 7 mai. Le succès du rassemblement auquel les deux partis récalcitrants ont fini par se rallier, est très significatif de cette polarisation. Et si le gouvernement fait comme si de rien n’était, il n’est pas certain qu’il pourra tenir cette morgue longtemps.

        D’autant que la contestation ne se limite plus à une opposition gouvernement/société. Elle gagne les institutions publiques, en particulier la justice. Le 26 avril, la Cour suprême réunie en assemblée générale a rappelé le gouvernement à l’ordre. Elle lui a signifié que lorsque la Cour constitutionnelle émettait un verdict, y compris lorsqu’il invalidait une décision de l’exécutif, ce verdict faisait loi et sans appel. Le lendemain, les juges de la  Haute Cour administrative (CAS) ont adopté une résolution identique, statuant que « de manière générale les arrêts de la Cour constitutionnelle s’imposent à tous et sont définitifs ».  En plus ils critiquent les propos de la porte-parole du groupe parlementaire du PiS qui avait qualifié l’assemblée générale des juges de la Cour suprême de « club de copains » acoquinés pour soutenir les choix douteux de la précédente équipe au pouvoir.  Ainsi les trois principales cours qui, de par la constitution, garantissent l’indépendance du pouvoir judiciaire et la conformité des lois, se sont prononcées contre les lois du PiS. Dans le même esprit plusieurs conseils municipaux de grandes villes (Varsovie, Lódz, Poznań) ont décidé, mi avril, d’appliquer dans leurs dispositions juridiques, les décisions de la Cour constitutionnelle même lorsqu’elles ne sont pas publiées au Journal Officiel.

        Varsovie, le 7 mai 2016 © KOD
        Varsovie, le 7 mai 2016 © KOD

        Dès lors, cette marche du 7 mai, succès incontestable, pourrait être une étape décisive. On sent bien, malgré les rodomontades et l’insolence de ses portes paroles, que le PiS est fragilisé par ces rebellions. Kaczynski essaie d’éteindre quelques incendies, comme par exemple la proposition de loi interdisant complètement l’IVG soutenue par l’Eglise. Il serait personnellement intervenu auprès de l’épiscopat pour modérer ses ardeurs. Il faut dire que la révolte des femmes n'était pas attendue (j’y reviendrai). De même, le groupe parlementaire du PiS a proposé récemment un « compromis » sur le fonctionnement de la Cour constitutionnelle. Il y intègre quelques recommandations de la Commission de Venise du Conseil de l’Europe, sans pour autant revenir sur l’essentiel de la loi votée en janvier. Les optimistes diront que Kaczynski commence à céder. Il s’agit plus probablement d’une manœuvre. Connaissant la réponse, cette proposition aurait pour but de stigmatiser la Cour comme responsable du blocage, et partant du discrédit de la Pologne. Dans une lettre privée au professeur Andrzej Rzepliński, Président de la Cour, que révèle la presse, le ministre des Finances, lui demande de ne pas prendre la parole publiquement d’ici au 13 mai, date à laquelle l’agence de notation Moody’s fera connaître  la note  qu’elle décerne à la Pologne. Le ministre explique vouloir éviter que le coût de la dette publique ne s’aggrave du fait d’une nouvelle dégradation de la note ! Kaczynski aurait lui-même tenté de faire cédé l’inflexible président de la Cour. En vain. Pire, le président Rzepliński confirme que le nouveau projet de loi du PiS n’est pas, lui non plus, conforme à la Constitution.

        Plus sensible qu’il ne paraît aux réactions étrangères Jaroslaw Kaczynski espère beaucoup du sommet de l’OTAN prévu à Varsovie en juin, accompagné d’exercice militaires en Pologne. 31 000  soldats venant  de 23  pays (dont 14 000 des Etats-Unis) s’entraineront à  répondre à une agression militaire semblable à celle qu’ont livrée les Russes contre l’Ukraine en 2014. Cela devrait conforter la Pologne dans sa position stratégique, rassurer les Polonais face à la menace russe, mais il n’est pas évident que ses alliés seront ravis d’apprendre que la constitution de ce pays n’est pas respectée par son gouvernement.

        En face, on s’efforce de maintenir la pression, sans pour autant se satisfaire du succès des manifestations. Comme le remarque une journaliste dès le 8 mai, « s’enivrer de ce succès serait la meilleur façon de dilapider notre grande force.[5] » La solution sera longue à venir, elle passera sans doute par des affrontements moins pacifiques, mais il semble guère envisageable que le PiS parvienne à maîtriser une telle société. On peut imaginer, bien sûr, que le projet de Jaroslaw Kaczynski aboutisse un jour, mais dans l’état actuel du rapport de force c'est incertain.

         

          A suivre… prochains épisodes : La révolte des femmes. 2/3 ; Faut-il rebaptiser la Pologne ? 3/3

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