• Élections américaines : une campagne sous le signe du rejet et de la peur

    Élections américaines : une campagne sous le signe du rejet et de la peur

    • Par Philippe Gélie
    • Mis à jour le 04/11/2016 à 22:40        LIEN
    • Publié le 04/11/2016 à 19:48
    Des femmes manifestent devant la Trump Tower, le 26 octobre, à New York, pour dénoncer les propos obscènes tenus par le candidat républicain (à gauche)dans une vidéo de 2005.

     

     

    82 % des électeurs se disent «dégoûtés» par cette bataille d'une violence inouïe pour la Maison-Blanche.

    À quatre jours du scrutin, le chaudron électoral américain est chauffé à blanc. Si les sondages penchent toujours légèrement en faveur de Hillary Clinton, l'écart avec Donald Trump s'est resserré, exacerbant une compétition déjà tendue, qui épuise les Américains.

    Selon un sondage publié vendredi par leNew York Times, 82 % des électeurs se disent «dégoûtés» par cette bataille outrancière pour la Maison-Blanche, qui dure maintenant depuis plus de 500 jours. À peine 13 % se déclarent «enthousiastes». Cause ou effet, l'impopularité des deux candidats bat des records: 60 % pour Trump, 53 % pour Clinton. Parmi les républicains, 41 % pensent que leur candidat est mauvais pour le parti.

    Les sondages signalent cependant une certaine hypocrisie, car la campagne tient en haleine autant qu'elle rebute les électeurs. Les audiences des chaînes d'information en témoignent, tout comme la participation au vote anticipé - en cours dans 38 États sur 50 - déjà équivalente ou supérieure à son niveau de 2012.

    «Cela ne devrait même pas être discutable. Comment cette personne pourrait-elle être votre voix ?Nous devons arrêter de penser que son comportement est normal»

    Barack Obama

    Bien plus que leurs orientations politiques, les personnalités des deux prétendants résument l'enjeu du scrutin. Le rejet et la peur de l'autre constituent la première motivation de chaque camp. Rien d'étonnant à ce que la campagne s'enfonce dans le «négativisme» à l'approche de la ligne d'arrivée.

    Hillary Clinton, qui comptait finir sur une note «positive», y a renoncé. Avec Trump sur ses talons, elle martèle son argument le plus efficace: le promoteur new-yorkais est «inapte» à occuper le Bureau ovale. L'avocat le plus éloquent de cette thèse est Barack Obama, qui fait campagne à tour de bras pour son ancienne secrétaire d'État. «Cela ne devrait même pas être discutable. Comment cette personne pourrait-elle être votre voix?, s'enflamme le président. Nous devons arrêter de penser que son comportement est normal» pour un homme qui aspire à diriger la première puissance du monde.

    Donald Trump n'est pas en reste. Depuis que le FBI a annoncé la réouverture de l'enquête sur les courriels de Clinton, il est monté d'un cran dans l'accusation de «corruption» qu'il a réussi à accoler à l'image de Clinton. Il affirme maintenant que son élection déclencherait «une crise constitutionnelle sans précédent», parce que les élus républicains au Congrès n'auraient de cesse de la destituer («impeach»). Son allié Rudy Giuliani, ancien maire de New York, est comme toujours plus explicite: «Je vous garantis que d'ici à un an elle sera destituée et inculpée. Nous allons voter pour une sorte de Watergate.»

    «Vous pouvez changer si vous n'êtes pas satisfait du produit»

    Donald Trump, à l'adresse des électeurs qui ont voté de manière anticipée

    Clinton ne fait pas l'objet de poursuites à ce stade, et une ambiguïté constitutionnelle plane sur la possibilité de déclencher une procédure en «impeachment» pour des faits commis avant d'être élu. Mais la prophétie est relayée par un nouveau spot télévisé crépusculaire et par une suggestion inédite aux électeurs ayant déjà voté: «Vous pouvez changer si vous n'êtes pas satisfait du produit», a dit Trump dans le Wisconsin, où un vote anticipé peut être modifié jusqu'à trois fois. Six États autorisent de tels changements, dont trois où la compétition est serrée: le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvanie. Mais les cas observés sont rarissimes.

    Le camp républicain ne cache pas ses efforts pour décourager la participation des électeurs démocrates. «Nous avons engagé trois opérations majeures de suppression du vote, ciblant les jeunes, les femmes et les Noirs», a confié à Bloomberg un responsable de la campagne. En Caroline du Nord, la justice a invalidé une loi qualifiée «d'attaque chirurgicale» contre la participation des Afro-Américains. Des supporteurs de Trump comptent «surveiller» le vote dans les quartiers urbains où vivent les minorités. À Philadelphie, où la moitié de la population est noire, des pasteurs enrôlent leurs ouailles pour contrer d'éventuelles intimidations.

    Barack Obama monte en première ligne pour dénoncer ces manœuvres et stimuler le vote noir, en léger recul dans les opérations anticipées en Floride ou en Caroline du Nord. Ces États s'annoncent d'autant plus décisifs que Donald Trump remonte dans l'Utah, l'Ohio, le New Hampshire et la Pennsylvanie. Les familles Clinton et Obama apparaîtront ensemble lundi soir lors d'un méga rassemblement final à Philadelphie.

    Selon les sondages, 70 % des Américains ont confiance dans leur système électoral. Mais plus de 40 % des électeurs de Trump en doutent et plus d'un quart ne serait pas prêt à accepter sa défaite. La tension ambiante a été illustrée cette semaine par l'incendie d'une église noire dans le Mississippi sur laquelle avait été peint: «Vote Trump».

     

     

     

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