• Union européenne:    et à la fin,

    David Cameron obtient ce qu'il veut

    Olivier le Bussy, Maria Udrescu et Constance Leon (st.)   Publié le samedi 20 février 2016 à 07h08 - Mis à jour le samedi 20 février 2016 à 11h23   Lien

    International

    Pour connaître les détails de l'accord final, cliquez ici

     

    Les 28 ont trouvé, au finish, un compromis sur les demandes du Premier ministre britannique de renégocier la relation de son pays à l'Union. Le Belge Charles Michel s'est montré très offensif pour défendre l'intégration européenne. La veille, le débat sur la migration a également été très animé.

     

    Avant même l’entame du sommet européen , il est évident que la négociation, ô combien complexe, de la renégociation de la relation du Royaume-Uni à l’Union européenne, ne se réglera pas en deux coups de cuillère à pot. D’autant que le Premier ministre britannique David Cameron a débarqué à Bruxelles, jeudi vers 14 heures, en mode fight . Ses principales exigences sont connues : la limitation de l’accès aux prestations sociales britanniques aux ressortissants européens, un droit de regard, si possible de veto, sur les affaires de la zone euro et préserver autant que se peut la City de la réglementation financière européenne et, last but not least , la remise en cause du principe de l’"union toujours plus étroite" inscrit dans l’article 1 des traités. Toutes posent, à des degrés divers, des problèmes aux autres Etats membres ..

    Mais autant (plus ?) que la satisfaction de ces demandes, il importe au leader conservateur d’apparaître aux yeux de l’opinion britannique comme celui qui a versé jusqu’à la dernière goutte de sang (c’est une image) pour obtenir "un accord qui est bon pour le Royaume-Uni" . Sauf que ce qui est jugé bon par Londres ne l’est pas nécessairement pour l’Europe, rappelle en creux les pairs de M. Cameron, en pénétrant dans l’austère Juste Lipse, où se tiennent les débats. Chacun s’échine à répéter que c’est l’intérêt de tous, M. Cameron compris, de conserver le Royaume-Uni dans l’Union… "à condition que les conditions soient réunies" , insiste le président français François Hollande, " pas à n’importe quel prix ", souligne à peu près tout le monde.

    Le président du Conseil européen et "facilitateur en chef", Donald Tusk, plante le tableau. "Nous sommes au milieu d’une négociation très difficile et très sensible. Une chose est claire : ça passe ou casse ", déclare le Polonais, avant de recevoir David Cameron pour une énième et dernière consultation "bilatérale", avant le début de la réunion. Autrement dit : en cas d’échec, il n’y aura pas de sommet de rattrapage. Du haut de son expérience européenne, la présidente lituanienne Dalia Grybauskaité résume : "Tout le monde fera sa crise, et puis nous aurons un accord ". Mais quand ?

     

    La gaffe de Mariano Rajoy

    L’entrée des chefs dans la salle de réunion 50.1, au sommet du Juste Lipse a souvent des allures de retrouvailles des copains d’avant, où les uns prennent des nouvelles des autres et vice-versa. En oubliant, parfois, la présence des caméras et des micros. Comme le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy qui confie à David Cameron la tenue d’élections anticipées le 26 juin, soit trois jours après la date supposée du référendum britannique… alors même que son rival socialiste, Pedro Sanchez, tente de former une coalition pour le 2 mars.

    La réunion démarre par une première session "Brexit", pardon #UkinUE, comme le veut le hashtag optimiste du compte Twitter du Conseil européen. David Cameron est assis à table entre le Maltais Robert Muscat et l’Estonien Taavi Roivas - les chefs de gouvernement des deux pays qui présideront le Conseil de l’UE avant et après le Royaume-Uni en. 2017-2018 - enfin… s’il fait toujours partie de l’Union. David Cameron est l’exact opposé du Premier ministre belge Charles Michel, prêt, lui, à se battre pour qu’on ne détourne pas l’interprétation de la formule "Union toujours plus étroite" - l’intégration politique, aux yeux des Belges, en langage juridique abscons pour la vider de sa substance.

     

    Long et âpre débat sur la crise migratoire

    La fin du premier round Cameron vs le reste de l’UE intervient vers 20h00. La discussion au dîner - Imparfait d’avocat aux crevettes; dos de cabillaud, émulsion de bière blanche, duo de pommes de terre; mousse légère à la mangue et ananas caramélisé - est consacrée à la crise migratoire. Âpre, elle va s’étendre pendant jusqu’à deux heures du matin. Comme si l’actualité se chargeait de rappeler aux Vingt-huit ce que sont les vraies priorités du moment.

    Pour les correspondants européens, présents en masse dans l’atrium du Juste Lipse, transformé en gigantesque salle de rédaction polyglotte, l’heure est au dilemme. Rester - mais jusqu’à quelle heure - pour attendre la fin de la première journée du sommet, ou préserver ses forces pour la journée du lendemain, qui s’annonce pas piquée des hannetons. Dès qu’un diplomate descend dans l’atrium, il est pris d’assaut par les journalistes qui se ruent sur lui pour avoir des nouvelles de ce qui se passe là-haut - avant que certains représentants de la presse comprennent, après avoir tendu l’oreille pour essayer de capter quelque chose, que le briefing informel se donne dans une langue qu’ils ne comprennent pas - au hasard : le polonais.

    Vers 2 h30, le président Tusk, et celui de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, descendent en salle de presse pour faire le point sur la crise migratoire et s’en vont sans attendre les questions pour une rencontre trilatérale avec David Cameron...

     

    "Comme dans Mission impossible"

    Le Premier ministre belge Charles Michel, lui, a pris l’initiative, assez inédite, d’aller briefer la presse belge, non dans la salle "nationale" prévue à cet effet, mais dans l’atrium. "C’est en off" , prend-il le soin de préciser. Pour la confidentialité - mais était-ce vraiment le but recherché, on repassera. Le Premier est rapidement entouré par une nuée de journalistes armés de carnets et d’enregistreurs. Il faut dire que le Wavrien est un peu un des hommes à suivre. La traditionnellement consensuelle Belgique a en effet adopté une posture assez offensive. C’est elle qui pousse pour que l’accord comprenne une "clause d’autodestruction" . "Comme dans "Mission Impossible" , précise Charles Michel, à l’adresse de ceux qui n’auraient pas compris. En vertu de cette clause, tout ce qui a été négocié sera caduc si le Royaume-Uni quitte l’Union et ne pourra pas être utilisé par un autre Etat membre auquel la foucade britannique aurait donné des idées, ni par Londres pour une nouvelle négociation.

    Le Belge prend congé. Il est aussi convié à une séance de "confessionnal" avec Donald Tusk, Jean-Claude Juncker et David Cameron. Doivent aussi y passer le président français Hollande, qui ne veut pas de traitement de faveur pour la City, et le Tchèque Sobotka, à qui le Britannique propose d’étendre jusqu’à 13 ans la période d’attente des ressortissants européens pour toucher les aides sociales au Royaume-Uni.

    Comme il est acquis que la nuit sera courte, il est annoncé que l’"english breakfast" des chefs du vendredi se transformera en brunch, lors duquel sera présentée une seconde version du texte de compromis sur laquelle travaillent les "sherpas" des délégations et des institutions.

     

    Le breakfast de 21h30

    Vendredi, vers 11h30, David Cameron indique à la presse qu’il est resté "debout jusqu’à 5 heures du matin" - message implicite : "Allô, Londres, message reçu. Je me bats !" La déclaration suscite un tweet ironique d’un confrère français : " On voit que monsieur n’est pas dans la zone euro ", gazouille-t-il, faisant référence au sommet et à l’Eurogroupe marathon des dernières années et au psychodrame grec du premier semestre 2015. "Je pense qu’il y aura un accord" , avance le jeune Premier ministre estonien, Taavi Roivas. Car selon lui, "si le Royaume-Uni quitte l’Union, nous aurons tous perdu ". Charles Michel, lui, n’a pas baissé la garde : " Il n’y aura pas de deuxième chance, c’est maintenant ou jamais" .

    La journée repart sur le mode des négociations bilatérales. Les progrès sont lents. Très lents. Tellement lents que le brunch se transforme en lunch. Puis en "repas", puis en dîner. Puis en "dîner tardif". Dans le jargon des diplomates, cela pourrait être un sommet "à trois chemises". Selon la presse britannique, David Cameron a confié qu’il n’excluait pas de rester "jusqu’à dimanche" . Vers 16h30, le Conseil suggère d’ailleurs aux délégations de réserver une nuit supplémentaire à l’hôtel, au cas où.

     

    Les frites d’Angela Merkel, avant un projet d’accord

    Avec ce repas qui n’en finit pas de ne pas commencer, la chancelière allemande Angela Merkel commence à avoir un petit creux. Qu’elle descend combler à la célèbre friterie de la place Jourdan toute proche. "Nous n’avons rien mangé de toute la journée. Nous avons cherché dans l’immeuble qui abrite le Conseil, et n’avons rien trouvé d’approprié. Il n’y a pas beaucoup de choix par ici ", justifie la délégation allemande. Pendant ce temps, le président Hollande s’offre un petit passage sur les ondes de France Inter.

    Le dîner commence, enfin, vers 21h30 - Corolle d’artichaut, fromage de chèvre et roquette, Filet de veau, jus à l’estragon, tombée d’épinard et polenta; Bavarois au fruit de la passion.

    Vers 22 heures, une source européenne indique que cette fois, ça y est, presque. Les présidents Tusk et Juncker ont trouvé un accord sur la question des prestations sociales avec les pays du groupe Visegrad - Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie - qui doit être confirmé par les Vingt-huit. "Tout est là, précise la même source . Nous avons un texte propre qui tient compte de toutes les sensibilités et nous espérons qu’il sera approuvé lors du dîner" .

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  • Corruption: une figure de la droite espagnole démissionne

     Toute l'actu en bref

    14. février 2016 - 16:26

    Esperanza Aguirre, présidente de la section madrilène du Parti populaire (PP, droite), figure historique de la droite espagnole, a présenté dimanche sa démission. Elle intervient après la multiplication d'informations sur un financement illégal du PP dans la capitale.

    "La gravité de ces informations m'amène à présenter ma démission", a déclaré Esperanza Aguirre, 64 ans, après avoir convoqué une conférence de presse surprise pour annoncer qu'elle abandonnait la présidence locale du parti.

    Le siège de son parti a été perquisitionné jeudi dans le cadre d'une enquête sur un éventuel financement illégal qui aurait été détaillé dans des documents par un membre de la direction du PP à Madrid, Francisco Granados.

    "Responsabilité politique"

    L'enquête concernerait selon la presse "une étape, entre 2004 et 2011, où il a été secrétaire général et c'est moi qui l'ai nommé", a déclaré Esperanza Aguirre dimanche en soulignant sa "responsabilité politique".

    Esperanza Aguirre, ancienne présidente du Sénat, ex-ministre de l'Education et de la Culture (1996-1999) démissionne alors que, même à droite, certains responsables évoquent la nécessité d'une "purge" au sein du parti tant les affaires de corruption sont nombreuses.

    Pas poursuivie elle-même

    Esperanza Aguirre a comparu vendredi pour la première fois devant une commission d'enquête de l'assemblée régionale qui voulait l'interroger sur des malversations présumées commises pendant qu'elle dirigeait la région de Madrid (2003-2012).

    Mme Aguirre n'est poursuivie dans aucune des affaires de corruption mettant à mal le PP mais le chef de Podemos, Pablo Iglesias, l'a surnommée la "comtesse de la corruption", l'accusant d'avoir protégé des responsables de son parti impliqués dans des affaires.

    Esperanza Aguirre a encore admis dimanche qu'elle aurait sans doute dû mieux surveiller les finances de son parti, assurant cependant n'avoir commis aucun délit. "La corruption est en train de tous nous tuer", avait-elle déclaré vendredi.

    Problème général

    Touchant l'ensemble du milieu politique espagnol, de droite comme de gauche, les affaires ont coûté cher à son parti, qui a perdu sa confortable majorité de 2011 (plus de 44%) et n'a obtenu que 28,7% des voix lors des élections générales du 20 décembre.

    Ces scandales à répétition ont également entraîné l'émergence de deux nouveaux partis, Podemos et Ciudadanos (centre libéral), qui plaident pour une régénération démocratique de l'Espagne.

    Toutefois, le Parlement est si morcelé que les quatre grandes forces en présence (socialistes, droite, Podemos et Ciudadanos) n'ont pas réussi pour l'instant à former un gouvernement.

    sda-ats

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