• Laurence Rossignol huée à l'Assemblée alors

    qu'elle dénonce

    les inégalités hommes-femmes

    08/11/2016 à 21h31     LIEN

     

    A l'Assemblée ce mardi, Laurence Rossignol est revenue sur les inégalités de salaires entre hommes et femmes, dénoncées la veille autour de l'heure symbolique de 16h34. Alors qu'elle s'exprimait, des députés ont commencé à huer la ministre, forçant Claude Bartolone à intervenir pour faire revenir le calme. En vain.

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • La parité homme-femme sera effective dans 170 ans

    Une étude du Forum économique mondial (WEF) a démontré que l’égalité salariale devrait se réaliser dans 170 ans. Il s’agit d’un recul important dans ce domaine puisque le rapport précédent indiquait 118 ans.

    Rédigé par Nathalie Jouet, le 27 oct 2016, à 10 h 50 min     LIEN
     
    La parité homme-femme sera effective dans 170 ans

    Selon le WEF, l’écart entre les hommes et les femmes a atteint 59 % en 2016 dans le domaine économique. Malgré des heures de travail plus longues, la femme continuera donc à toucher un salaire inférieur à l’homme.

    Parité homme-femme : les femmes perçoivent toujours un salaire moins élevé alors qu’elles travaillent plus

    Parmi les pays les plus performants en matière de parité homme-femme, l’Islande est en première place pour la 8e année consécutive, suivie de la Norvège et de la Suède. En Islande, les salaires des femmes s’élèvent à près de 87 % par rapport à ceux des hommes. La France, quant à elle, se situe au 17e rang avec un chiffre de 75 %.

    Des inégalités qui se sont accentuées depuis 2008

    VIDEO

    Malgré une avancée record en 2013, le fossé entre les sexes n’avait jamais été aussi important dans le monde. « Le fossé entre les sexes, désormais de 59 %, est plus élevé qu’il n’a jamais été depuis 2008 […] Les progrès se sont inversés, après avoir atteint leur pic en 2013 », détaille le rapport(1).

    L’étude montre également que les inégalités les plus fortes concernent les postes à haute responsabilité. Dans ce domaine, le nombre de postes occupés par les femmes reste très bas. De plus, la parité entre parlementaires n’est constatée que dans quatre pays, alors que les femmes titulaires d’un diplôme universitaire sont plus nombreuses que les hommes dans une centaine de pays. Dans ces conditions, il parait difficile de faire progresser l’égalité salariale.

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  •  

    Trump promet d'aller jusqu'au bout

    malgré le scandale

    Trump promet d'aller jusqu'au bout malgré le scandaleDonald Trump s’excuse pour une vidéo tournée en 2005 dans laquelle il profère des obscénités au sujet des femmes. Le candidat Républicain promet de continuer sa campagne électorale, malgré le scandale provoqué par la diffusion de cette vidéo. /Photo prise le 8 octobre 2016/REUTERS/Handout ((c) Reuters)

    par Emily Stephenson           LIEN

    NEW YORK (Reuters) - Donald Trump n'a aucune intention de renoncer à se présenter à l'élection présidentielle du 8 novembre, malgré le scandale provoqué par la diffusion, à la veille du deuxième débat face à Hillary Clinton, d'une vidéo tournée en 2005 dans laquelle il profère des obscénités au sujet des femmes.

    Aussi bien sa femme que son colistier ont dénoncé ces propos, les jugeant insultants et indéfendables.

    "Les médias et l'establishment veulent à tout prix me voir abandonner - JE NE ME RETIRERAI JAMAIS DE LA COURSE, NE LAISSERA JAMAIS TOMBER MES SUPPORTERS", a-t-il déclaré sur Twitter.Il a ensuite brièvement quitté la "Trump Tower", où il s'était enfermé toute la journée avec ses conseillers, le gouverneur du New Jersey Chris Christie et l'ancien maire de New York Rudy Giuliani, pour aller saluer un petit groupe de partisans réunis devant l'immeuble new-yorkais.

    Mike Pence, candidat à la vice-présidence sur le "ticket" Trump, s'est dit choqué par ses propos, qu'il juge indéfendables. "En tant qu'époux et père, j'ai été offensé par les propos tenus par Donald Trump et les actes qu'il décrits dans la vidéo vieille de onze ans diffusée hier. Je ne cautionne pas ses propos et ne peut les défendre", dit-il sur Twitter. Il assure toutefois qu'il continuera à le soutenir.

    L'homme d'affaire a présenté ses excuses sur Facebook samedi matin pour tenter de désamorcer le scandale, mais elles n'ont pas empêché la multiplication des appels au retrait de sa candidature au sein de son propre parti.

    Sur la vidéo de 2005, publiée par le Washington Post, on entend Donald Trump évoquer sa tentative de séduction d'une femme mariée et le loisir que l'on peut s'accorder, si l'on est connu, de tripoter les femmes.

    Ces images avaient été enregistrées quelques mois après le mariage de Donald Trump avec Melania, sa troisième femme.

    Dans un communiqué, cette dernière qualifie les mots de son mari "d'inacceptables et de blessants pour moi".

    "Ils ne représentent pas l'homme que je connais. Il a le coeur et l'esprit d'un dirigeant. J'espère que les gens accepteront ses excuses, comme je l'ai fait, et qu'ils se concentreront sur les problèmes auxquels doivent faire face notre nation et le monde."

    MULTIPLICATION DES CONDAMNATIONS CHEZ LES RÉPUBLICAINS

    Plus de 60 dirigeants républicains de premier plan ont vivement condamné les propos de Donald Trump, dont Paul Ryan, le président de la Chambre des représentants et John McCain, candidat aux élections présidentielles de 2008.

    Plus d'un vingtaine de membres du parti ont même appelé le magnat immobilier à se retirer de la course. Dans l'histoire politique américaine, il n'y aucun exemple d'un parti remplaçant son candidat à l'élection présidentielle si peu de temps avant le scrutin.

    Il n'est pas sûr à ce stade s'il y aurait un moyen de retirer l'investiture à Donald Trump. Et le vote à commencé dans plusieurs Etats, y compris dans certains jugés décisifs, tels que la Virginie et la Caroline du Nord.

    "Ceux qui me connaissent savent que ces paroles ne reflètent pas qui je suis. Je les ai dites, j'ai eu tort et je m'excuse", déclare-t-il dans l'enregistrement tourné à la hâte. "Ce n'est rien d'autre qu'un moyen pour détourner l'attention des questions importantes auxquelles nous sommes confrontés aujourd'hui."

    Evoquant ensuite les infidélités de Bill Clinton lorsqu'il était président, Trump prévient: "On en parlera un peu plus dans les prochains jours. Je vous donne rendez-vous pour le débat de dimanche".

    Au cours de la conversation enregistrée en 2005, Donald Trump, équipé d'un micro, bavarde avec Billy Bush, le présentateur de l'émission "Acces Hollywood", diffusé par NBC, juste avant le tournage d'une séquence.

    "J'ai essayé de la b---. Elle était mariée. J'ai fait toutes les avances possibles, mais je n'y suis pas arrivé", entend-on dire le candidat républicain.

    "Je commence à les embrasser. Et quand on est quelqu'un de connu, elles vous laissent faire. On les attrape par la ch---e. On peut faire tout ce que l'on veut."

    La vidéo reprise en boucle sur toutes les chaînes de télévision, vendredi soir, a fait l'effet d'une bombe au sein de son équipe de campagne et a conduit la hiérarchie républicaine à prendre ses distances avec le magnat de l'immobilier.

    CINQ POINT D'AVANCE POUR HILLARY CLINTON AVANT LA VIDÉO

    Pour Reince Priebus, président du Comité national républicain (RNC), "aucune femme ne devrait jamais être décrite dans ces termes ou évoquée de cette manière".

    Ce dernier ne participera pas à "Face the Nation", l'émission politique du dimanche sur CBS, où il sera remplacera par Rudy Giuliani.

    Mitch McConnell, président du Sénat, a quant à lui jugé les propos de Trump "répugnants". Son homologue de la Chambre des représentants, Paul Ryan, qui avait invité à Trump à le rejoindre dans le Wisconsin samedi, a décommandé et plusieurs voix se sont élevée pour que l'homme d'affaires cède la place à Mike Pence, jugé mieux à même d'incarner les valeurs républicaines.

    Selon Mike Coffman, élu du Colorado, Trump devrait abandonner car "sa défaite est désormais quasiment certaine".

    Une analyse partagée par le stratège Ron Bonjean qui parle d'une "fin de partie politique" pour le magnat de l'immobilier. "Il faudrait que Trump réussisse à sortir un lapin de son chapeau pour renverser la tendance", a-t-il ajouté.

    Certains républicains influents ont toutefois réaffirmé leur soutien à leur candidat à la présidentielle, dont l'un des enjeux sera la nomination d'un juge de la Cour suprême qui décidera de l'orientation libérale ou conservatrice de la plus haute juridiction.

    Sur Twitter, Hillary Clinton a qualifié l'enregistrement d'"horrifiant", tout en ajoutant : "Nous ne pouvons permettre à cet homme de devenir président".

    La candidate démocrate devance Donald Trump de cinq points dans les intentions de vote pour l'élection présidentielle du 8 novembre aux Etats-Unis, selon un sondage Reuters-Ipsos publié vendredi.

    (Avec la contribution de Jeff Mason et d'Emily Flitter à New York, d'Ayesha Rascoe à Chicago et d'Eric Beech et Mohammed Zargham à Washington; Jean-Philippe Lefief et Benoît Van Overstraeten pour le service français)

    Dernières vidéos

    Trump / Clinton : un scandale peut en cacher un autre

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  •  

    Pourquoi les Iraniennes s'affichent-elles

    à vélo sur les réseaux sociaux ?

    Rédaction lifestyle   Publié le mercredi 21 septembre 2016 à 15h24 - Mis à jour le vendredi 23 septembre 2016 à 16h04

     LIEN

    Photos
     
     
    Magazine

    Une manière de s'opposer à une nouvelle interdiction les concernant...

    Depuis plusieurs jours, Instagram livre des clichés montrant quelques Iraniennes à vélo. C'est une manière de revendiquer leur droit de chevaucher la petite reine car, depuis le 10 septembre, une fatwa leur interdit ce mode de transport ou ce loisir dans les lieux publics.

    " Faire du vélo attire l'attention des hommes et expose la société à la corruption, et surtout cela contrevient à la chasteté des femmes, il faut l'abandonner ", voilà ce qu'a déclaré le leader religieux Ali Khamenei. Pourtant, une campagne pour l'écologie avait été lancée il y a quelques mois par le gouvernement avec comme message : " chaque mardi, laissez tomber la voiture et prenez votre vélo ". Ce que beaucoup d'iraniens ont fait dans les grandes villes du pays. Une nouvelle mode qui n'a pas vraiment plu aux ultraconservateurs considérant cette pratique " indécente " pour le sexe féminin. Une semaine avant de publier cette fatwa, Khamenei déclarait que "l e rôle et la mission des femmes, c'est d'être mère et de s'occuper du foyer" .

    Mais pas de quoi décourager de nombreuses Iraniennes qui osent s'opposer ouvertement à cette nouvelle interdiction les concernant. En guise de contestation, elles s'affichent à vélo, avec l'aide de Masih Alinejad, fondatrice de l'association féministe militante My Stealthy Freedom, qui s'occupe de poster leurs photos sur Instragram.

    Depuis que Rohani a pris la tête de l'Iran, les droits des femmes ne font que régresser. C'est le constat dressé par Amnesty International. D'ailleurs, 7000 agents de "police morale" ont été engagés depuis avril 2016 pour vérifier si leur tenue est bien "correcte".

    LIEN instagram

     

     

    #LesIraniennesadorentlevélo Je suis sportive. Et, j'ai toujours essayé de pratiquer en Iran, avec le plus de liberté possible. Cette photo a été prise sur l'île de Quesme (sud de l'Iran, sur la côte...).

    LIEN instagram

     

     

    "Pour vivre une vie ordinaire, en tant que femme, je dois m'engager dans une "guerre" quotidienne. Suis-je une criminelle parce que j'aime la vie et le vélo? Gardez en tête que nous pouvons atteindre la victoire en luttant inlassablement. Vivez en paix et respectez les droits des autres."

    LIEN Instagram

     

     

    "Mon mari et moi, on ne va pas abandonner à cause d'une fatwa."

    LIEN instagram

     

    "Quand j'étais enfant, mes parents ne voulaient pas m'acheter de vélo. Ils disaient qu'une jeune fille ne monte pas usur une bicyclette. Mais je nai pas renoncé. Je sauteais sur la bicyclette de mon plus jeune frère, même avec d'autres garçons. J'étais la seule de mon groupe d'âge en classe à avoir appris à rouler à vélo. La première fois que j'ai essayé, je suis tombée dans un arbre et me suis cassé le nez. Ce que je vois donc sur mon nez est aujourd'hui le doux souvenir de ces jours. Je raconte cette histoire pour ceux qui pensent nous interdire de pratiquer ce sport que nous apprécions. Nous ne renoncerons pas facilement ! "

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Septembre 2016
    2
    Synthèse
    Des centaines de millions de femmes approvisionnent
    leur famille en bois de chauffage et en eau, cuisinent,
    font le ménage et prennent soin des personnes âgées,
    des enfants et des malades tout en s’efforçant de
    gagner leur vie par le biais d’emplois qui sont moins
    bien rémunérés et plus précaires que ceux des
    hommes. Le travail qu’elles accomplissent – au sein et
    hors du foyer – est indispensable à la société. Sans lui,
    l’économie mondiale ne fonctionnerait pas. Pourtant,
    ce travail reste sous-évalué et en grande partie
    invisible.
    Pour rendre compte de l’ampleur du problème,
    ActionAid a calculé la valeur économique qu’apporterait
    la suppression des inégalités de genre au travail dans
    les pays en développement.
    Nous sommes arrivé·e·s
    à la conclusion que les femmes des pays en
    développement pourraient gagner 9 000 milliards de
    dollars (8 000 milliards d’euros) de plus si leur salaire
    et leur accès aux emplois rémunérés étaient égaux
    à ceux des hommes.
    Ce chiffre astronomique laisse
    entrevoir l’ampleur de cette injustice et des occasions qui
    échappent aux femmes pauvres d’améliorer leur propre
    vie et celle de leur famille. Cette situation ne pèse pas
    seulement sur leurs finances : les inégalités économiques
    dont elles sont victimes limitent également leurs choix
    de vie – notamment dans les domaines de la santé et
    des droits sexuels et reproductifs – et les rendent plus
    vulnérables à la violence ainsi qu’à d’autres formes de
    discrimination et d’exploitation.
    Les femmes ne sont pas les seules à subir les
    conséquences de ces inégalités. Celles-ci pèsent sur nous
    tou·te·s, notamment sur les entreprises et sur l’économie
    au sens large. En 2012, l’Organisation internationale
    du Travail (OIT) a estimé que la réduction des inégalités
    entre hommes et femmes dans le domaine de l’emploi
    permettrait d’augmenter la production mondiale de
    1 600 milliards de dollars US
    1
    . Veiller à ce que le travail
    accompli par les femmes – au sein et hors du foyer – soit
    valorisé et justement rémunéré est une composante clé
    de la lutte contre la pauvreté et en faveur de la prospérité
    pour toutes.
    Dans le monde entier, des personnes de plus en
    plus nombreuses reconnaissent que notre système
    économique doit être réformé en profondeur. De même,
    il est de plus en plus communément admis que la seule
    croissance économique sera insuffisante pour permettre
    l’avènement de l’égalité de genre, la fin de la pauvreté
    et la réduction des inégalités. Quelques gouvernements
    ont pris des mesures courageuses pour lutter contre
    les inégalités au travail. Certaines entreprises se sont
    également distinguées en comprenant que le fait de
    confier des emplois décents aux femmes était bénéfique
    pour leur pérennité et leur productivité. Mais nous devons
    encore agir pour que cette vision se généralise et que ces
    quelques exceptions deviennent la majorité.
    L’inégalité économique des femmes n’est pas une
    fatalité. L’exploitation du travail des femmes prévaut à
    cause des idées politiques injustes qui fondent notre
    économie mais aussi parce qu’elle s’enracine dans la
    discrimination de genre qui opère plus généralement
    dans la société, discrimination qu’elle contribue à
    perpétuer.
    ActionAid appelle les gouvernements,
    les institutions internationales,
    les entreprises et les employeurs
    à créer les conditions nécessaires
    pour que les femmes des pays en
    développement bénéficient des
    mêmes opportunités et droits au
    travail que les hommes et à :
    1. Garantir aux femmes l’accès à des emplois
    décents et la possibilité d’en jouir pleinement.
    2. Reconnaître, réduire et redistribuer les
    responsabilités non rémunérées de “care”, c’est-
    à-dire celles relatives aux soins, qui incombent
    actuellement de manière disproportionnée aux
    femmes.
    3. Faire en sorte que les politiques économiques
    soient mises en œuvre au profit des femmes plutôt
    qu’à leur détriment, et mettre fin à la recherche de
    la croissance à tout prix.
    4. Encourager les femmes à s’exprimer, à passer
    à l’action et à exercer leur leadership à tous les
    niveaux.
    5. Veiller à ce que la mise en œuvre, le suivi et
    l’évaluation fassent véritablement progresser les

    droits des femmes et comblent les écarts de genre au travail.

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  •  

    Sexisme en France : radiographie d'un fléau

    Par Lucile Quillet | Le 08 septembre 2016    LIEN

    Inégalités de salaires, sous-représentation des femmes dans les médias et la politique... Le sexisme est toujours d'actualité en France. Pour tenter d'y remédier, le gouvernement lance un plan d'action.

     
     

    « Le sexisme, c'est pas notre genre », martèle le plan de campagne du ministère de la Famille, de l'Enfance et des Droits des femmes, lancé ce jeudi 8 septembre, par Laurence Rossignol. En dépit des efforts fournis depuis de nombreuses années pour lutter contre ce fléau, le sexisme, qui touche principalement les femmes, est encore largement présent dans de nombreuses strates de notre société, de l'entreprise à l'éducation en passant par la sphère privée.

    Dans le monde de l'entreprise

    Le monde du travail demeure l'un des univers où le sexisme est le plus présent. Et pour cause, le monde des affaires est longtemps resté une corporation exclusivement masculine où les femmes n'avaient pas leurs entrées. Aujourd'hui encore, rares sont les femmes à se hisser au dernier étage de la pyramide hiérarchique des entreprises du CAC 40. Seules trois femmes occupent des postes de haut vol. Fille du fondateur de Publicis Marcel Bleustein-Blanchet, Elisabeth Badinter préside le conseil de surveillance de l'empire publicitaire mené par Maurice Lévy. La filiation et le travail acharné ont porté Sophie Bellon à la tête du conseil d'administration de Sodexo, fondé par son père, Pierre Bellon. De son côté, Isabelle Kocher, longtemps attendue comme la future première PDG du CAC 40, a dû se contenter de la directeur générale d'Engie en mai 2016, Gérard Mestrallet gardant pour lui le titre de « président ».

    Des écarts de salaires persistants, encore plus pour les mères

    Les femmes accèdent moins souvent aux postes à responsabilités que les hommes. Plus souvent à temps partiel ou employées dans des secteurs moins rémunérants, leur salaire s'en retrouve impacté. Dans le classement des inégalités de salaires établi par le Forum économique mondial, la France se classe à la 132e place. En 2013, les femmes gagnaient en moyenne 19% de salaire en moins que les hommes, d'après les chiffres de l'Insee. À poste, temps et compétences équivalents, persiste un écart inexpliqué légèrement inférieur à 10%.

    Ce plafond de verre se durcit d'autant plus lorsque les femmes actives ont des enfants. Parce qu'elles pensent souvent à tort que carrière et maternité sont incompatibles, ou que leurs chefs supposent à leur place qu'elles seront moins investies. Ce changement de « statut » se ressent à la longue sur le salaire. D'après une étude Glassdoor Economic Research publiée en mai 2016, en France, une mère active toucherait en moyenne 12% de revenus en moins qu'une femme sans enfant.

    Dans la sphère politique et médiatique

    Les femmes représentent plus de la moitié de la population française, mais seulement 27% des députés de l'Assemblée nationale et 22% des sénateurs. À une échelle plus locale, on ne compte que 7,7% de présidentes de conseils régionaux et 13% de femmes maires, d'après les chiffres du Haut Conseil à l'égalité. L'accès à l'arène politique est plus compliqué pour les femmes, à l'instar de Nathalie Koscisuko-Morizet, pénalisée dans la course à la primaire par « la culture du chef viril » qui règne chez Les Républicains. Quant aux phrases sexistes, on ne les compte plus tant elles sont légion...

    À la télévision ou la radio, aussi, les femmes manquent à l'appel. Elles représentent moins de 20% des spécialistes et témoins intervenant dans les journaux télévisés de 20 h des chaînes généralistes. Leurs apparitions dans les émissions de plateau représentent moins d'un tiers du temps de parole global, d’après une étude du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) de 2013.

    Dans la sphère privée

    Et le sexisme ne s'arrête pas à la porte du domicile familial. En 2015, une étude Crédoc pointait du doigt la répartition largement inégale des tâches domestiques au sein des ménages français. Environ 91 % des hommes avouent ne pas repasser, 60 % ne pas faire le ménage, 48 % être allergiques à la vaisselle, 50 % ne pas toucher aux fourneaux et 36 % ne pas s'occuper des courses. À l'inverse, les femmes en couple sont 93 % à faire le ménage, 93 % à s'occuper de la cuisine, 85 % à gérer les courses quotidiennes, 83 % à faire la vaisselle et 73 % le repassage.

    Les spectateurs de cette représentation stéréotypée des sexes sont les... enfants. Qui s'identifient. Les fabricants de jouets n'améliorent pas le tableau puisqu'ils voient dans cette différence une manne pour vendre des produits pour les uns (les filles) et pour les autres (les garçons). Ainsi, on propose davantage aux têtes blondes de sexe féminin des bébés en plastique et accessoires d'entretien domestique ; quand leurs homologues masculins sont orientés vers des outils de bricolage et des petites voitures. En décembre 2014, un rapport d'information du Sénat rendu par Chantal Jouanno et Roland Courteau alertait sur « l'ampleur » de ce phénomène depuis les années 1980.

    Les parrains de la campagne "Sexisme, pas notre genre" :

    La rédaction vous conseille :

    Remarques, humiliations, dégâts... Le fléau du "sexisme ordinaire" au travail
    Julie Gayet marraine d'une campagne contre le sexisme
    Sexisme : François Cluzet, Alex Lutz et Audrey Pulvar s'engagent auprès de Julie Gayet

     
    à propos de l'auteur

    Journaliste Société / Business au féminin

    Passée par Figaro Etudiant, Slate, Le1, France Amérique, StreetPress

    Sur Twitter : @Lucile_Quillet

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Au rapport

    Népal : Human Rights Watch donne la parole aux enfants mariés de force

    Par Eva Gomez 8 septembre 2016 à 19:53      LIEN
     
     
     

    Une Népalaise mariée à l'âge de 13 ans. Capture d'écran YouTube. Human Rights Watch

    C'est le troisième pays d'Asie où le phénomène est le plus fort. La pauvreté, aggravée par le séisme de 2015, est souvent à l'origine de ces unions.

    «Je ne savais rien de ce qui pouvait se passer entre un homme et une femme.» Sapana K., jeune népalaise, ne sait plus à quel âge elle s’est mariée. Elle devait avoir 10 ou 11 ans. Comme elle, 700 millions de femmes à travers le monde étaient enfants pour leur mariage. Un tiers d’entre elles se sont mariées avant l’âge de 15 ans, en majorité dans un pays d’Asie du Sud.

    C’est sur le Népal, qui a le troisième plus haut taux de mariages d’enfants en Asie après le Bengladesh et l’Inde, que s’attarde le dernier rapport de l’ONG Human Rights Watch (HRW). Intitulé «Our time to sing and play – child marriage in Nepal» («A notre tour de chanter et de jouer – le mariage des enfants au Népal»), il donne la parole aux principaux concernés, «dont la plupart n’ont plus aucun espoir en leur avenir», confie Heather Barr, chercheuse sur les droits des femmes à HRW. Selon l’Unicef, le mariage précoce (avant 18 ans) concerne 37% des Népalaises et 11% des Népalais. Un problème social qui perdure alors même que l’âge minimum est établi à 20 ans depuis 1963.

     

    Fuir la pauvreté

    Les communautés dalit (les «exclus») et indigènes, majoritairement implantées dans le sud du pays, sont les plus concernées par ces mariages précoces. Elles souffrent d’une importante exclusion : accès limité aux ressources et aux services, non-respect des droits… A la suite de séismes, dont le dernier remonte à avril 2015, leur situation s’est aggravée et cette pauvreté est souvent à l’origine des mariages arrangés. Rama Bajgain explique que ses filles de 15 ans et 16 ans «étaient d’accord pour se marier parce que [leur] situation à la maison n’était pas bonne». Elle ajoute que «ce n’étaient pas des mariages forcés. Elles pensaient avoir une vie meilleure, de quoi manger et s’habiller».

    Dans les faits, même si le mariage améliore parfois les conditions de vie, la majorité regrette : «J’ai arrêté l’école et je reste à la maison», explique Sitara Thapa, dont les parents ont arrangé son mariage quand elle avait 15 ans. Kamal Kumari Pariyar a, quant à elle, été contrainte de quitter l’école à 10 ans, pour devenir domestique à 13 ans. «Si j’avais étudié, j’en aurais su plus sur le mariage», a-t-elle confié à HRW. Au Népal, 44% des femmes et 23% des hommes ne sont en effet jamais allées à l’école. Même si la constitution népalaise indique que «tous les citoyens devraient avoir droit à une éducation gratuite et obligatoire en primaire, et gratuite dans le secondaire», les filles sont particulièrement victimes de discrimination, à la fois de la part de la famille et de l’école. «Pour les parents, chaque dépense destinée à l’éducation des filles est gâchée», témoigne Heather Barr, et plusieurs filles parlent de violences commises à leur insu par des enseignants.

    «Tu iras au paradis»

    A l’adolescence, les familles craignent des comportements attribués à la puberté féminine : relations amoureuses et sexuelles, grossesses accidentelles, ou fugue avec un petit ami. Le mariage devient souvent une solution à ces angoisses, et Heather Barr estime que «la discrimination sexuelle et la dimension traditionnelle constituent des facteurs importants de mariages arrangés». Certaines communautés ont, effectivement, pour coutume de marier les jeunes filles dès leurs premières règles, en gage de bonne fortune. «Dans ma culture, on dit que si tu te maries avant tes premières règles, tu iras au paradis», explique Pramila Pandey, mariée à 14 ans. Pour échapper aux mariages forcés, beaucoup de jeunes couples s’enfuient pour faire un «mariage d’amour». Mais dans tous les cas, le mariage constitue un passage obligé et prononcé le plus tôt possible. Il permet d’éviter les commérages.

    Souvent, les filles se marient car elles ont peur de tomber enceinte dès qu’elles sortent avec un garçon. «Même en se tenant la main», explique une membre de HRW dans le rapport. Les grossesses précoces sont dangereuses à la fois pour la mère et pour l’enfant : selon l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les filles de moins de 20 ans – dans les pays aux revenus faibles ou moyens – ont plus de chance d’avoir des complications et les bébés meurent souvent dans les premières semaines.

    Changement d’ici 2030 ?

    Face à ce problème de société, le gouvernement népalais ne reste cependant pas inactif. En 2014, le pays a participé au Girl Summit de Londres, où il s’est engagé à mettre fin aux mariages précoces d’ici 2020. Une promesse repoussée cette année à 2030, ce qui paraît «ambitieux et difficile, mais plus réalisable», pour Heather Barr. Elle explique qu'«il faut que la lutte contre le mariage des enfants devienne une priorité et que tous les ministères et donateurs concernés développent une stratégie commune».

    Elle trouve alarmant que «l’année dernière, la police soit intervenue sur seulement 23 cas de mariages arrangés». «Ce n’est pas suffisant, ajoute-t-elle. Il faut que la police fasse appliquer la loi.» Actuellement, au Népal, arranger ou prononcer un mariage entre deux personnes de moins de 20 ans est passible de six mois à trois ans de prison, et d’une amende de 1 000 à 10 000 roupies (de 8,3 à 83 euros). Des sanctions encore insuffisantes pour HRW, qui suggère de les durcir, d’imposer la vérification de l’âge des époux avant l’enregistrement de l’union, ou encore de fournir aux jeunes concernés une aide sanitaire et psychologique solide.

    Eva Gomez
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  •  

    Burkini: le tribunal administratif valide

    l'arrêté pris à Sisco

    06/09/2016 à 15h52
    Mis à jour le 06/09/2016 à 16h10

     

    L'arrêté anti-burkini n'est pas suspendu à Sisco.
     
     
    L'arrêté anti-burkini n'est pas suspendu à Sisco. - AFP
     
     
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  •  

    Au Burkina, pas de repos pour le médecin qui reconstruit les femmes mutilées

     

     

    Chaque année, une cinquantaine de femmes excisées passent par la clinique du docteur Michel Akotionga pour ses compétences en chirurgie reconstructrice.

    AVERTISSEMENT Cet article contient des images qui peuvent choquer. Elles retracent la chronologie d’une opération chirurgicale : la reconstruction du clitoris mutilé d’une femme qui a subi une excision enfant. Notre reporter a veillé à la préservation de la dignité et de l’anonymat de la patiente.

    Officiellement, le docteur Akotionga est à la retraite. Pourtant, la salle d’attente de sa clinique ne désemplit pas. C’est qu’il troque régulièrement son costume de vice-président du Conseil national de lutte contre la pratique de l’excision contre sa blouse de chirurgien. Aujourd’hui, Michel Akotionga rentre tout juste d’une conférence à Vancouver, au Canada, et prépare déjà son discours pour la suivante, à Montpellier, où il est invité comme l’un des plus grands spécialistes de la reconstruction vulvaire. Le plus infatigable à n’en pas douter.

    Lire aussi : Un combat pour la vie, la série d’été du « Monde Afrique »

    Le septuagénaire se lève, svelte et sémillant. Blouse immaculée, calot bleu hôpital sur la tête, « bienvenue dans ma clinique », lance-t-il. Nous sommes au cœur d’une cité nouvelle du centre-ville de Ouagadougou, la capitale burkinabée. Aux murs, les céramiques sont encore neuves. « Je l’ai ouverte en 2012, juste après avoir pris ma retraite du centre hospitalier universitaire où j’exerçais depuis 1989 en tant que gynécologue », explique-t-il. Salle de consultation, bloc opératoire, salle de réveil, quatre chambres et un matériel moderne. « Ici, j’ai tout ce qu’il faut pour réparer les femmes mutilées par l’excision. »

     

    Plus d’anesthésie générale

    Avec l’aide de ses infirmières et de ses aides soignants, il procède à des restaurations clitoridiennes et à des vulvoplasties sur une cinquantaine de patientes chaque année. « Quand j’ai débuté, c’était plutôt une centaine par année, heureusement la pratique est en déclin. » Selon une étude conjointe de l’Unicef et du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), la prévalence de l’excision au Burkina Faso est passée de 49,5 % en 2006 à 31,4 % en 2015. Un progrès notable auquel le docteur Akotionga a ajouté son coup de bistouri. Tous les mercredis, il opère gratuitement quatre femmes excisées. Une partie du coût des opérations est prise en charge par l’Unicef et l’UNFPA, à hauteur de 7 500 francs CFA (11 euros) par intervention.

    Lire aussi : Dans un village burkinabé, le rapt coutumier des petites écolières

    « Quand je suis rentré de ma spécialisation à Angers, en 1989, j’ai constaté que beaucoup de femmes étaient en consultation pour mutilation, mais que peu accédaient à la vulvoplastie, se souvient-il. Cela était dû au coût lié à une anesthésie générale. Je me suis dit, si on arrive à circoncire les garçons sous anesthésie locale, pourquoi ne pas réparer ces femmes de la même manière. » Après un premier essai satisfaisant, il développe sa méthode et la diffuse dans les universités et les centres de soins du Burkina. Aujourd’hui, il peut compter environ 400 agents de santé formés par ses soins.

    Enfant déjà, « je voulais y remédier »

    Né à Pô, dans le sud du pays, le docteur Akotionga est entré en médecine comme en religion. « Jeune, je voulais être prêtre », lâche-t-il. Mais les cris de ses sœurs et des filles du village décidèrent de sa vocation. « Les excisions se passaient sous le grand jujubier du village. Garçons, on nous chassait, mais comme nous étions curieux, nous nous cachions dans les fourrés pour comprendre l’origine de ces hurlements et ces pleurs. L’exciseur installait les filles par terre, d’autres hommes leur maintenaient les membres. Elles se débattaient. Les regarder me faisait peur. On savait qu’il coupait les filles. Je voulais y remédier. »

    Lire aussi : Etre mère et prostituée au Mali

    Pris en affection par un couple de colons français, il est le seul membre de sa famille à suivre une scolarité. Etudiant brillant, il se rend en France, à l’université de médecine d’Angers, pour se spécialiser en gynécologie. « J’aurais pu m’y installer mais une visite à Paris m’en a découragé, confie-t-il. Je marchais dans les rues et tout le monde courait. Alors, sans savoir pourquoi, je me suis mis à courir aussi, sans raison ni direction. Cette ville rend fou ! En France, c’est trop bousculé. Nous, on aime vivre et causer. Vous, vous n’avez pas le temps. » Il retourne donc au Burkina Faso, et réussit à mettre à profit son expérience en anatomie de l’appareil génital féminin : vulvoplastie, traitement des kystes et restauration clitoridienne.

    Une expertise qu’il aurait aimé ne pas avoir à développer : « L’excision est une coutume atroce dont il faut se débarrasser. » Bien qu’interdite par la loi, la pratique traditionnelle est encore en vigueur dans de nombreuses provinces.

    « L’argument traditionaliste ne tient pas. Nous nous sommes déjà défaits d’autres traditions moins dangereuses. Avant, pour se distinguer, les 60 ethnies du Burkina Faso se scarifiaient le visage. Plus personne ne le fait aujourd’hui. Les gens se limaient les dents en pointe pour ressembler aux félins. Une tradition abandonnée elle aussi. Pourquoi garder l’excision ? Une coutume qui rend malade ou tue n’est pas une bonne coutume. »

    Aujourd’hui, dans son cabinet, le docteur Akotionga reçoit Aissata*, 30 ans. Elle est venue pour qu’il lui rende le droit au plaisir qu’on lui avait confisqué enfant. Il lui faudra quarante-cinq minutes pour reconstruire son clitoris.



    Google Bookmarks

    votre commentaire
  •  

    Dans un village burkinabé, le rapt coutumier des petites écolières

    Dans la classe de Yonli Bapougouni, le pupitre vacant où Taladi s’asseyait avant d’être enlevée.

    Yonli Bapougouni a compris dès le seuil franchi que quelque chose ne tournait pas rond. Le calme inhabituel de ses 33 élèves. Leurs yeux écarquillés. Surtout ce pupitre vide à la première rangée de sa classe de CM2. L’enseignant a commencé l’appel, avant d’être interrompu. « Monsieur, vous ne voyez pas qu’il manque Taladi ? », a lancé une jeune fille en se levant. « Oui je le vois bien, où est-elle ? », a répondu Yonli. « Monsieur, elle a été enlevée cette nuit. »

    Lire aussi : Un combat pour la vie, la série d’été du « Monde Afrique »

    Aujourd’hui, 16 mai 2016, cela fait deux semaines que Taladi Combary, 14 ans, est portée disparue. Pourtant dans son village de Potiamanga à 10 km de Fada N’Gourma, capitale de la région Est du Burkina Faso, son absence ne couve aucun mystère. Tout le monde sait qu’elle est la victime d’un rapt coutumier.

    « Cette pratique consiste à enlever une jeune fille vierge à sa famille et la mettre enceinte pour forcer un mariage, explique Kamimana Singbeogo, directeur provincial de l’éducation nationale et de l’alphabétisation de Fada N’Gourma. C’est un acte barbare aux conséquences terribles sur les plans psychologique, physique et social. »

    Les filles scolarisées, premières victimes des rapts

    Retenues prisonnières des semaines, des mois voire des années, les victimes sont violées par leur ravisseur. « Quand il se décide enfin à rendre la fille, les parents ont souvent honte de la reprendre, poursuit M. Singbeogo. Une fille enlevée qui a perdu sa virginité ne trouvera pas d’époux. Alors pour éviter le déshonneur de la famille, ils acceptent le mariage avec le ravisseur. La fille devient une mère et quitte l’école. Parfois on ne la revoit jamais. »

     

    Deux mois et 4 000 km de route le long de ce « combat pour la vie »: la santé maternelle et infantile en Afrique de l’Ouest.

    Au Burkina Faso, le rapt est une pratique ancienne qui touche surtout les zones rurales. Dans la province de Gourma, 16 cas de rapt ont été répertoriés pour l’année 2014-2015. « Cette tradition est encore très présente chez les ethnies Mossi et Gourmantché dans l’est du pays mais on la retrouve aussi dans d’autres régions et peuples », précise M. Singbeogo. Elle est souvent le fait de jeunes hommes de plus de vingt ans, peu instruits, qui « voient d’un mauvais œil l’éducation des filles, poursuit-il. Ils ont peur qu’elles prennent leur indépendance car dans le milieu rural, école rime avec émancipation. Laisser leurs futures épouses à l’école signifie ne plus pouvoir les dominer ».

    Lire aussi : Etre mère et prostituée au Mali

    C’est après l’école que Taladi a été kidnappée par le cousin de son père, âgé d’une cinquantaine d’années, Ahadi Combary. Il lui a tendu une embuscade avec un complice, de la famille lui aussi. La nuit tombée, elle est sortie de la maison pour se soulager. Ils lui sont tombés dessus. Ahadi l’a chargée à l’arrière de sa moto et a démarré à travers champs. Le père de Taladi labourait. Il n’a rien pu faire.

     

    Koagdia Combary, le père de Taladi dans sa case en périphérie du village de Potiamanga.

    Rongé de remords, il se tient aujourd’hui à l’ombre d’un arbre. Koagdia Combary a la soixantaine, étique, peau poussiéreuse et chemise trouée. Son long corps tangue un peu mais garde une dignité raide. C’est la deuxième fille qu’on lui enlève mais la première fois que l’acte est perpétré par des membres de sa famille. « Quand on te voit comme un moins que rien, on se permet de te faire des choses horribles, c’est écœurant », lâche-t-il le regard furieux, en direction des deux frères du ravisseur pourtant venus témoigner en sa faveur.

    Lire aussi : Lauran, avocat des femmes

    Impunité

    Les ravisseurs visent souvent les familles les plus pauvres. Celles qui n’auront ni les moyens financiers de les poursuivre en justice ni les forces vives pour une opposition physique. Et sur les six enfants de Koagdia, le seul garçon qui aurait pu défendre sa sœur est un adolescent frêle et farouche qui se cache derrière l’arbre.

    « Il arrive souvent que les ravisseurs soient des proches de la victime, avance M. Singbeogo. Des membres de la communauté, d’un village voisin ou comme dans ce cas, la famille élargie. » Diassibo et Dapoudi Combary, 32 et 47 ans, sont les deux petits frères du ravisseur. Ils sont venus s’excuser de l’attitude de leur aîné, le regard penaud. Ce n’est pas le premier forfait d’Ahadi. Il y a quelques années, il avait déjà enlevé une fille de Fada N’Gourma. Ils avaient réussi à le convaincre de la rendre rapidement.

     

    Diassibo et Dapoudi, les deux petits frères du ravisseur, devant sa maison. Ce dernier a abandonné mère, femme et enfants pour fuir avec Taladi.

    Mais cette fois-ci, il semble plus décidé. Ils sont allés le voir dans la case où il s’était retranché. Une bagarre a éclaté. Ahadi a menacé ses frères de mort s’ils essayaient de lui enlever celle-ci. « Nous ne voulons pas prendre le risque, disent-ils. Nous aussi avons des épouses et des enfants à protéger. » Ahadi a changé de planque. Personne ne sait où il a emmené Taladi.

    Deux semaines qu’il a déguerpi de sa maison. Un cube en briques, situé à 50 m de l’école, « presque dans le domaine scolaire », précise Dominique Ouoba, le directeur de l’établissement. Là réside la mère du ravisseur et ses deux filles. Son épouse est à l’hôpital, enceinte, elle s’occupe aussi de leur fils malade. Les enquêteurs ont appris qu’elle était au courant que son mari tournait autour de Taladi. Il l’avait déjà amenée à la maison. Mais elle ne pouvait rien dire, « de peur que ça soit pris pour de la jalousie par les voisins », explique M. Ouoba. Dans un milieu polygame, ne pas vouloir de co-épouse, même très jeune, serait mal vu.

     

    L’école de Taladi et à 50 m, au fond, la maison de son ravisseur.

    Mariées à leur ravisseur

    A vingt kilomètres de là, dans le village de Noirangou, deux jeunes filles ont recouvré leur liberté. Samira* 14 ans et Farida* 15 ans ont été enlevées l’année passée. Le même mode opératoire. Deux hommes à moto les ont interceptées. L’une allait au puits, l’autre était sur le chemin de l’école. Elles ont eu beau se débattre et hurler, « les femmes étaient au marché, les hommes au champ », glisse Samira d’une voix éteinte. « Personne ne nous a entendus. »

    Lire aussi : Prendre une femme au Mali et la fuite en France

    Elle a passé 4 mois enfermée dans une chambre. « Il m’a dit qu’il voulait faire de moi sa femme, j’ai refusé, il a insisté sans jamais me frapper », confie-t-elle, évitant par pudeur de mentionner les viols. Plusieurs fois elle a tenté de fuir mais dans cet environnement inconnu, elle s’est perdue et on l’a rattrapée. Après l’avoir mise enceinte, le ravisseur l’a libérée. « Mon père était fâché contre lui et contre moi. Ma mère a voulu que je revienne à l’école. Je le voulais mais je n’ai pas pu. J’avais peur que mes camarades se moquent. J’avais honte. »

     

    La mère de Taladi devant la hutte familial.

    Farida, elle, a passé 6 mois en détention. Elle connaissait son ravisseur de vue, « un garçon du village qui ne m’avait jamais parlé », dit-elle. Après sa libération, elle non plus n’est pas retournée à l’école. Ses parents ont dû accepter silencieusement la situation pour préserver « l’harmonie de la communauté », révèle le père. C’était une demande des sages du village : accepter de se taire, accepter cette union, en échange de 70 000 francs CFA (106 euros).

    « Je n’ai pas pu faire autrement, je risquais de tout perdre, se désole-t-il. Ma fille n’aurait jamais trouvé de mari, nous aurions été conspués par la population, déshonorés, obligés de partir… Je leur en veux beaucoup. Ils ont pris la seule de mes deux filles qui était à l’école. Ils ont volé sa jeunesse et notre avenir. »

    Il jure pourtant avoir « mené une guerre », contre les ravisseurs qui ont finalement été arrêtés par la gendarmerie. Quelques mois de prison, puis libérés. « La loi qui pénalise le rapt n’est pas très sévère », admet M. Singbeogo. Les accords et les punitions se font généralement entre familles dans les milieux ruraux car les juges craignent de froisser les traditions. « Ici la loi est vue comme pouvant casser le tissu social », conclut-il.

    Aujourd’hui, Samira et Farida sont mères. Elles ont quitté le foyer familial pour vivre avec leur mari-ravisseur, des analphabètes pour qui elles doivent tout faire, jusqu’à composer les numéros de téléphone sur leurs portables. Nous souhaiterions les rencontrer. Farida se mure dans le silence. Samira détourne la tête. Pour elles, le risque est trop grand.

    Le sommaire de notre série « Un combat pour la vie »

    Voici, au fur et à mesure, la liste des reportages de notre série d’été à la rencontre des femmes du Sahel. Le voyage va nous mener du Sénégal aux rives du lac Tchad. En tout, 27 épisodes, publiés du 1er août au 2 septembre 2016.

    Lire aussi : Un combat pour la vie, la série d’été du « Monde Afrique »

    Lire aussi : Un combat pour la vie (1) : les sages-femmes volantes des routes de Casamance

    Lire aussi : Un combat pour la vie (2) : Aïcha, 13 ans, « tombée enceinte par erreur »

    Lire aussi : Les enfants fantômes du Sénégal

    Lire aussi : Mamadou Diédhou, l’ange gardien des enfants fantômes

    Lire aussi : Au Sénégal, Sylvie, 18 ans, féministe de brousse

    Lire aussi : Un combat pour la vie (6): Au Sénégal, combattre Ebola avec une plateforme SMS

    Lire aussi : A Dubreka, en Guinée, une saison noire et humide sous la férule d’Ebola

    Lire aussi : Ahmed, guinéen : « Je me sens coupable d’avoir survécu à Ebola »

    Lire aussi : En Guinée, vacciner les familles atteintes par la fièvre de l’or

    Lire aussi : Guinée : Courageuse comme une chercheuse d’or

    Lire aussi : En Guinée, l’angoisse du médecin devant son premier patient Ebola

    Lire aussi : Guinée : Doumbouya, mère de triplés qui maigrissent à vue d’œil

    Lire aussi : Prendre une femme au Mali et la fuite en France

    Lire aussi : Lauran, avocat des femmes

    Lire aussi : Etre mère et prostituée au Mali

    Lire aussi : Dans un village burkinabé, le rapt coutumier des petites écolières

    Lire aussi : Les écolières burkinabées apprennent à ne plus avoir honte de leurs règles

    Lire aussi : Au Burkina, pas de repos pour le médecin qui reconstruit les femmes mutilées

    Prochain épisode : 45 minutes pour reconstruire Aissata, sexuellement mutilée.

    Cet article est un épisode de la série d’été du Monde Afrique, « Un combat pour la vie », qui va nous mener du Sénégal aux rives du lac Tchad, 4 000 km que notre reporter Matteo Maillard a parcourus entre avril et juin 2016.

    *Les noms ont été changés.



    Google Bookmarks

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique