• Fidel Castro, le géant qui trompait son monde

    Fidel Castro, le géant qui trompait son mondeFidel Castro et Ernesto "Che" Guevara à La Havane en 1960 (ROBERTO SALAS / CUBADEBATE / AFP)    LIEN

    Fidel Castro était le dernier des grands mythes du XXe siècle. Que retiendra-t-on de lui ? Un dictateur mais aussi un extraordinaire metteur en scène de sa propre légende. Serge Raffy, son biographe, réagit à son décès.

    Voilà, c’est fait : le XXe siècle est définitivement derrière nous. Fidel Castro, en s’envolant vers le paradis des dictateurs communistes, a fermé la dernière page des rêves d’un socialisme à visage humain. Le "Comandante", roi du verbe, grand fabriquant d’épopées picaresques, prestidigitateur politique, génial acteur qui a réussi à mettre en scène son régime féroce sous les alizés et les cocotiers, a trompé son monde jusqu’au bout.

    Rappelez-vous les mirages du guévarisme, sublimés par les barbudos, tous mis sous l’éteignoir du marionnettiste Castro. L’homme, d’origine galicienne, détestait par dessus tout l’indolence ilienne de ce peuple enjoué et brillant, qu’il a mis sous la surveillance étroite des sbires de Moscou.

    C’est le grand génie de Castro : avoir fait croire à la terre entière, particulièrement aux intellectuels de gauche européens, que la Grande Réforme agraire qui a été à la base de sa prise de pouvoir, en 1959, était un modèle de redistribution des terres des grands propriétaires terriens cubains aux pauvres "peones" affamés par le régime de Batista.

    Castro a fabriqué l’icône du Che

    Fantastique subterfuge. Car la réalité fut toute autre : dès son arrivée à la tête du pays, Castro a étatisé jusqu’au dernier mètre carré de champ de canne à sucre. Pas une miette n’a échappé à l’armée, devenue le nouveau "latifundiste" de l’Ile au crocodile. Cuba était devenue subrepticement une dictature militaire. Castro, dans le même temps, en assurant d’une main de fer un nouveau régime "soviétique", a mis en scène sa propre légende, usé du charme du James Dean de la Sierra Maestra, Che Guevarra, l’Argentin idéaliste et doctrinaire, qui traitait les paysans boliviens de "vers de terre".

    Castro a fabriqué l’icône du Che avec un zèle et un talent de dramaturge hors pair, pour ensuite le jeter entre les mains de la CIA, dans les forêts boliviennes. Il a aussi réussi le tour de force de se faire passer pour l’ennemi de l’Amérique, alors que ces derniers, pour des raisons idéologiques, l’ont protégé du désastre en maintenant le stupide embargo sur La Havane.

    Il était, pour les Cubains, la victime de l’ignoble oncle Sam, le chevalier blanc face au complexe militaro-industriel américain. Ce n’était pas totalement faux. En fait, durant les années Kennedy, les stratèges du Pentagone et du secrétariat d’Etat avaient théorisé l’idée que le régime cubain était un formidable Jurassic Park socialiste, qu’il fallait conserver tout près des côtes US pour faire peur à leurs propres citoyens. Une forme de "menace à nos portes", un repoussoir sacrément efficace pour les républicains. Et cela a fonctionné durant près de 40 ans.

    Le roi des envoûteurs

    Depuis l’accession de Raul Castro à la tête du pays, tout a changé. Il a "défidélisé" l’appareil d’Etat. Raul le pragmatique a préparé l’avenir, en plaçant ses propres hommes aux postes clés et en imposant la paix avec Barack Obama, moment historique, dont on ne sait pas vraiment ce qu’en pensait Fidel Castro. Sans doute du mal. Car, Raul, à sa manière, ces dernières années, avait déjà enterré son grand frère, qui n’était plus qu’une "momie". Les Cubains, d’ailleurs, le surnommaient, ces derniers temps, le "Coma andante", (le coma en marche).

    Il reste, malgré tout, un mythe. Un personnage ogresque, prince de la rhétorique, fieffé comédien qui avait accordé une grand entretien au fondateur du "Nouvel Observateur", Jean Daniel, quelques jours avant l’assassinat du président Kennedy. Il était dans ces moments le roi des envoûteurs, des beaux parleurs, embobinant les Français avec sa connaissance fascinante de la Révolution française qu’il racontait comme une série américaine. Il pratiquait le baiser de l’Ours, cette embrassade, "abrazo" en espagnol, qui enveloppe son interlocuteur pour mieux le dévorer. Aujourd’hui, l’Ours a pris le large. L’ancien élève des écoles jésuites a-t-il retrouvé la foi lors de ses derniers jours ? C’est sans doute la dernière énigme de ce "fieffé géant".

    Serge Raffy, journaliste à "L'Obs" et auteur de "Castro l'Infidèle"

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