• Fidel Castro, le géant qui trompait son mondeFidel Castro et Ernesto "Che" Guevara à La Havane en 1960 (ROBERTO SALAS / CUBADEBATE / AFP)    LIEN

    Fidel Castro était le dernier des grands mythes du XXe siècle. Que retiendra-t-on de lui ? Un dictateur mais aussi un extraordinaire metteur en scène de sa propre légende. Serge Raffy, son biographe, réagit à son décès.

    Voilà, c’est fait : le XXe siècle est définitivement derrière nous. Fidel Castro, en s’envolant vers le paradis des dictateurs communistes, a fermé la dernière page des rêves d’un socialisme à visage humain. Le "Comandante", roi du verbe, grand fabriquant d’épopées picaresques, prestidigitateur politique, génial acteur qui a réussi à mettre en scène son régime féroce sous les alizés et les cocotiers, a trompé son monde jusqu’au bout.

    Rappelez-vous les mirages du guévarisme, sublimés par les barbudos, tous mis sous l’éteignoir du marionnettiste Castro. L’homme, d’origine galicienne, détestait par dessus tout l’indolence ilienne de ce peuple enjoué et brillant, qu’il a mis sous la surveillance étroite des sbires de Moscou.

    C’est le grand génie de Castro : avoir fait croire à la terre entière, particulièrement aux intellectuels de gauche européens, que la Grande Réforme agraire qui a été à la base de sa prise de pouvoir, en 1959, était un modèle de redistribution des terres des grands propriétaires terriens cubains aux pauvres "peones" affamés par le régime de Batista.

    Castro a fabriqué l’icône du Che

    Fantastique subterfuge. Car la réalité fut toute autre : dès son arrivée à la tête du pays, Castro a étatisé jusqu’au dernier mètre carré de champ de canne à sucre. Pas une miette n’a échappé à l’armée, devenue le nouveau "latifundiste" de l’Ile au crocodile. Cuba était devenue subrepticement une dictature militaire. Castro, dans le même temps, en assurant d’une main de fer un nouveau régime "soviétique", a mis en scène sa propre légende, usé du charme du James Dean de la Sierra Maestra, Che Guevarra, l’Argentin idéaliste et doctrinaire, qui traitait les paysans boliviens de "vers de terre".

    Castro a fabriqué l’icône du Che avec un zèle et un talent de dramaturge hors pair, pour ensuite le jeter entre les mains de la CIA, dans les forêts boliviennes. Il a aussi réussi le tour de force de se faire passer pour l’ennemi de l’Amérique, alors que ces derniers, pour des raisons idéologiques, l’ont protégé du désastre en maintenant le stupide embargo sur La Havane.

    Il était, pour les Cubains, la victime de l’ignoble oncle Sam, le chevalier blanc face au complexe militaro-industriel américain. Ce n’était pas totalement faux. En fait, durant les années Kennedy, les stratèges du Pentagone et du secrétariat d’Etat avaient théorisé l’idée que le régime cubain était un formidable Jurassic Park socialiste, qu’il fallait conserver tout près des côtes US pour faire peur à leurs propres citoyens. Une forme de "menace à nos portes", un repoussoir sacrément efficace pour les républicains. Et cela a fonctionné durant près de 40 ans.

    Le roi des envoûteurs

    Depuis l’accession de Raul Castro à la tête du pays, tout a changé. Il a "défidélisé" l’appareil d’Etat. Raul le pragmatique a préparé l’avenir, en plaçant ses propres hommes aux postes clés et en imposant la paix avec Barack Obama, moment historique, dont on ne sait pas vraiment ce qu’en pensait Fidel Castro. Sans doute du mal. Car, Raul, à sa manière, ces dernières années, avait déjà enterré son grand frère, qui n’était plus qu’une "momie". Les Cubains, d’ailleurs, le surnommaient, ces derniers temps, le "Coma andante", (le coma en marche).

    Il reste, malgré tout, un mythe. Un personnage ogresque, prince de la rhétorique, fieffé comédien qui avait accordé une grand entretien au fondateur du "Nouvel Observateur", Jean Daniel, quelques jours avant l’assassinat du président Kennedy. Il était dans ces moments le roi des envoûteurs, des beaux parleurs, embobinant les Français avec sa connaissance fascinante de la Révolution française qu’il racontait comme une série américaine. Il pratiquait le baiser de l’Ours, cette embrassade, "abrazo" en espagnol, qui enveloppe son interlocuteur pour mieux le dévorer. Aujourd’hui, l’Ours a pris le large. L’ancien élève des écoles jésuites a-t-il retrouvé la foi lors de ses derniers jours ? C’est sans doute la dernière énigme de ce "fieffé géant".

    Serge Raffy, journaliste à "L'Obs" et auteur de "Castro l'Infidèle"

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  • Adieux du monde à Shimon Peres

    mais pas à ses rêves de paix

    AFP
    Modifié le 30/09/2016 à 15:38 - Publié le 30/09/2016 à 11:17 | AFP

    Le président américain Barack Obama et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu devant le cercueil de l'ancien président israélien Shimon Peres, le 30 septembre 2016Le président américain Barack Obama et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu devant le cercueil de l'ancien président israélien Shimon Peres, le 30 septembre 2016

    Barack Obama et des dizaines de dirigeants du monde entier ont rendu vendredi à Jérusalem un ultime hommage à l'ancien président israélien Shimon Peres, avec l'espoir que ses rêves de paix avec les Palestiniens ne soient pas enterrés avec lui.

    Le cercueil de Shimon Peres a été mis en terre à la mi-journée au cimetière national du mont Herzl à Jérusalem, à quelques mètres d'un autre Nobel de la paix, Yitzhak Rabin.

    Les funérailles de M. Peres, mort mercredi à 93 ans, ont constitué un vibrant hommage à la stature de l'un des pères fondateurs de l'Etat d'Israël et des artisans des accords d'Oslo censés tracer la voie de la paix avec les Palestiniens et les Arabes.

    La présence du président américain, de ses homologues français ou allemand, du prince Charles, du roi d'Espagne et même du président palestinien Mahmoud Abbas, tous placés sous protection policière maximale, rend compte de l'immense respect que s'était attiré M. Peres en 70 ans de carrière à tous les postes - Premier ministre, ministre de la Défense, des Affaires étrangères, président.

    Le président américain Barack Obama prononce l'hommage funèbre de Shimon Peres le 30 septembre 2016 lors de ses obsèques au cimetière du Mont Eerzl à Jérusalem © NICHOLAS KAMM AFPLe président américain Barack Obama prononce l'hommage funèbre de Shimon Peres le 30 septembre 2016 lors de ses obsèques au cimetière du Mont Eerzl à Jérusalem © NICHOLAS KAMM AFP

    Dans son éloge funèbre, M. Obama a salué l'homme qui avait travaillé avec neuf présidents américains avant lui et qui lui rappelait "d'autres géants du XXème siècle que j'ai eu l'honneur de rencontrer". "Des hommes comme Nelson Mandela, des femmes comme sa majesté la reine Elizabeth", des personnalités dont l'existence couvre de telles périodes qu'il parlent "avec profondeur et connaissance, et pas en petites phrases", a souligné M. Obama.

    - Un rêve non réalisé -

    Mais, en présence du président palestinien et du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, assis au premier rang à distance l'un de l'autre, M. Obama a ouvert son propos par le constat que la paix dont rêvait M. Peres était un "chantier inachevé".

    Un petit-fils de Shimon Peres et la garde d'honneur de Knesset devant la tombe de l'ex-président israélien à Jérusalem, le 30 septembre 2016 © ABIR SULTAN POOL/AFPUn petit-fils de Shimon Peres et la garde d'honneur de Knesset devant la tombe de l'ex-président israélien à Jérusalem, le 30 septembre 2016 © ABIR SULTAN POOL/AFP

    M. Peres était convaincu que la sécurité à laquelle aspire Israël passait par la paix avec les Arabes et les Palestiniens, et la création d'un Etat palestinien, a dit M. Obama. "Bien sûr, alors que nous sommes réunis aujourd'hui, nous savons que Shimon n'a jamais vu se réaliser son rêve de paix", a-t-il ajouté.

    La perspective de l'indépendance palestinienne paraît plus éloignée que jamais. Contraint par les circonstances, M. Obama n'a pas développé le propos diplomatique et a conclu en hébreu par "Shalom haver yakar" ("au revoir, ami cher" en hébreu).

    Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu prononce l'hommage funèbre de Shimon Peres le 30 septembre 2016 lors de ses obsèques au cimetière du Mont Eerzl à Jérusalem © NICHOLAS KAMM AFPLe Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu prononce l'hommage funèbre de Shimon Peres le 30 septembre 2016 lors de ses obsèques au cimetière du Mont Eerzl à Jérusalem © NICHOLAS KAMM AFP

    Avant M. Obama, M. Netanyahu avait salué en M. Peres, son adversaire d'autrefois, un "grand homme" pour Israël et pour le monde. Mais il avait reconnu que, pour lui, la sécurité passait avant la paix.

    "Ses détracteurs lui ont souvent reproché d'être un rêveur naïf et exagérément optimiste", a dit l'ancien président américain Bill Clinton, qui avait présidé en 1993 à la poignée de mains historique des ennemis israéliens et palestinien. "Ils avaient tort seulement en ce qui concerne la naïveté. Il savait exactement ce qu'il faisait en étant exagérément optimiste", a ajouté, ému, celui qui, 21 ans plus tôt, avait assisté au même endroit à l'enterrement d'un autre ami, Yitzhak Rabin.

    Le "rêve" de M. Peres était présent sur toutes les bouches, qui louaient aussi son optimisme, son invincible foi dans l'avenir, la jeunesse et l'innovation, son charme et son humour.

    Chemi et Yoni Peres, les fils de Shimon Peres, lors de ses obsèques le 30 septembre au cimetière du Mont Erzl à Jérusalem  © MENAHEM KAHANA POOL/AFPChemi et Yoni Peres, les fils de Shimon Peres, lors de ses obsèques le 30 septembre au cimetière du Mont Erzl à Jérusalem © MENAHEM KAHANA POOL/AFP

    Dans la gravité ambiante, ses enfants ont ressuscité sa malice. L'un de ses fils, Yoni, sur un ton personnel, a fait rire la foule en racontant ce que son père lui disait: "Pour mon éloge funèbre, commence par dire: +il était trop jeune pour mourir+".

    - Poignée de mains Abbas-Netanyahu -

    Israël n'avait pas connu de tel évènement au moins depuis les funérailles en 1995 d'Yitzhak Rabin, qui avait été récompensé en même temps que Shimon Peres et le leader palestinien Yasser Arafat du Nobel de la paix en 1994. Rabin a été assassiné en 1995, Arafat est mort en 2004.

    Capture d'écran d'une vidéo fournie par le porte-parole du Premier ministre israélien, de la poignée de mains entra Mahmoud Abbas et Benjamin Netanyahu lors des obsèques de Shimon Peres le 30 septembre 2016 à Jérusalem © HO Israeli Prime Minister's spokesman/AFPCapture d'écran d'une vidéo fournie par le porte-parole du Premier ministre israélien, de la poignée de mains entra Mahmoud Abbas et Benjamin Netanyahu lors des obsèques de Shimon Peres le 30 septembre 2016 à Jérusalem © HO Israeli Prime Minister's spokesman/AFP

    M. Peres, mort mercredi des suites d'un accident vasculaire cérébral, était le dernier survivant des trois récipiendaires du Nobel de la paix 1994 récompensant leur implication dans le premier accord d'Oslo.

    Malgré Oslo et la conversion à la paix de cet ancien faucon, les Palestiniens ont une image très sombre de M. Peres, considéré comme un instigateur de la colonisation juive et un homme de guerre et de l'occupation.

    Il a fallu la disparition de celui avec lequel il avait négocié les accords d'Oslo pour que M. Abbas effectue sa première apparition publique à Jérusalem depuis des années. A son arrivée, M. Abbas a serré la main et brièvement discuté avec M. Netanyahu. Mais les deux hommes n'ont pas eu d'entretien direct substantiel sur la paix depuis 2010.

    Aux yeux des Israéliens, l'image de M. Peres était intimement associée à celle de la nation, de sa naissance à l'accession au rang de puissance régionale au redoutable ascendant militaire. Il était devenu dans son pays une personnalité largement consensuelle, considérée comme un sage de la nation. 50.000 anonymes sont allés se recueillir jeudi devant son cercueil.

    30/09/2016 15:37:11 -  Jérusalem (AFP) -  © 2016 AFP

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    De faucon à colombe

    Ainsi était le vrai Shimon Peres

     
    Icône de la diplomatie internationale, faucon devenu colombe, le prix Nobel de la paix n’a jamais renoncé au rêve d’une terre pour deux peuples.
    Shimon Peres défendant les accords de paix avec les palestiniens a la Knesset. Jerusalem, ISRAEL - 9 septembre 1993 - LEMMER/SIPA

    Il n’aimait pas qu’on le lui rappelle. Au début des années 1970, Shimon Peres était reçu avec effusion au Goush Emounim, le Bloc de la foi, fer de lance de la colonisation en Cisjordanie. Il occupait alors successivement, et à peu de temps d’intervalle, les fonctions de ministre des immigrants, des transports puis de l’information. Une ronde sans surprise dans l’étourdissant ballet politique qui assura son omniprésence, avec de rares éclipses, dans tous les gouvernements de l’Etat hébreu jusqu’à la fonction suprême : la présidence, de 2007 à 2014. L’Israël de Netanyahou affrontait la réprobation internationale mais la réputation de Shimon Peres planait au dessus de tout ça. Dans le vieil homme chargé d’honneurs,  au français fleuri d’un accent plus yiddish qu’hébraique, on saluait l’Israël idéal. Personne ne se souvenait que le prix Nobel de la Paix, promoteur avec Yitzhak Rabin et Yasser Arafat des accords d’Oslo, avait qualifié naguère de « pionniers » les premiers colons qui plantaient leur caravane sur les monts de Samarie, aux alentours de Naplouse, la Sichem biblique.

    A l’époque, les leaders d’Israël étaient en plein débat sur l’avenir des territoires conquis pendant la guerre des Six-Jours. Moshe Dayan, l’artisan de la victoire, doutait. Tout en affirmant publiquement son attachement à la nouvelle « profondeur stratégique » offerte au pays, il restait secrètement troublé par le premier rapport des renseignements militaires remis au lendemain même de la guerre-éclair. Le général Shlomo Gazit y préconisait un retrait rapide sur la base d’un règlement avec « les Arabes », le terme de « Palestiniens » étant proscrit. Rabin, lui, voyait avec dégoût se développer l’idolâtrie de la terre. Le Bloc de la foi, écrira-t-il dans ses mémoires, était « un cancer au sein de la démocratie israélienne, mais le combat ne pouvait réussir alors que le parti travailliste était profondément divisé face aux militants du Goush Emounim, des gens que le ministre de la Défense, Shimon Peres, qualifiait de véritables idéalistes et soutenait... »

    En Israël, le passé de faucon de cette colombe internationale est un secret de PolichinellePour Peres, le « Goush » était moins celui de la foi que de la sécurité. Les premières implantations tenaient la ligne des crêtes, vitale pour la survie d’Israël, pensait-il comme Golda Méir. « Il considère qu’Israël est soumis à des menaces permanentes, écrit Alain Dieckhoff, et qu’il faut parer à toute attaque éventuelle par le renforcement constant de ses capacités militaires ».

    L’homme, que l’on accusera de ne jamais porter un fusil, a en réalité combattu dans la Haganah et fut un spécialiste de la commercialisation des mitraillettes Uzi. Il a commencé sa carrière dans l’ombre de David Ben Gourion. Son protecteur en fait rapidement un haut responsable de la Défense. C’est Peres qui va renforcer l’alliance entre la France et Israël mais elle ne survivra pas à la guerre des Six-Jours. Commis-voyageur d’un pays en quête d’armes et d’alliés, ce jeune homme dont toute la famille restée en Pologne a été exterminée, incarne alors, aux yeux de ses interlocuteurs, un Israël miraculé et héroïque. Quand son pays perdra cette image, lui la conservera pour toujours. Car Shimon Peres est l’homme de l’extérieur, par opposition à Yitzhak Rabin, l’Israélien de l’intérieur, le sabra, aussi introverti qu’il est extraverti et séducteur. De là aussi, viennent les dissensions entre les deux hommes qui partagèrent pourtant le même Nobel en 1993.

    En 1970, l’allergie de Rabin à Peres est manifeste. Dans la biographie très documentée qu’il lui a consacré, Michel Bar Zohar confirme :

     

    « Yitzhak Rabin considérait Peres comme le cheval de Troie du Goush Emounim au sein du parti travailliste. Non seulement il apporta une aide décisive aux projets de colonisation en Samarie mais il favorisa aussi la construction des grandes implantations qui devaient devenir des centres urbains importants, comme Ariel ».

    Le Shimon des Européens a une toute autre histoire. Elle touche à la légendeEn Israël, le passé de faucon de cette colombe internationale est un secret de Polichinelle. Mais le Shimon des Européens a une toute autre histoire. Elle touche à la légende. Alors que le Moyen-Orient devient un cauchemar et que son pays semble engagé dans une guerre de mille ans avec le monde arabe, Peres cultive l’art de faire rêver. « Les gens, répète-t-il, ont le droit de rêver comme de boire et de manger ». Les rêves se partagent. La métamorphose qui conduira le faucon à accompagner les accords d’Oslo s’opère peu à peu, dans la compagnie des dirigeants de la planète qui l’ont tous reçu. « Ce qui a changé Peres, c’est le monde, explique l’écrivain Amos Oz au journaliste Ari Shavit (Ma terre promise, J.C. Lattès) Il a visité de nombreux pays, il a écouté puis il a compris : il ne voulait pas qu’Israël soit la nouvelle Afrique du Sud. Rabin et Peres ont saisi l’un et l’autre la nécessité de mettre un terme au conflit. Les faucons prévisibles qu’ils étaient se sont mués en colombes hésitantes. »

    "Les faucons prévisibles qu’ils étaient se sont mués en colombes hésitantes."Après les accords d’Oslo et dans l’illusoire euphorie du processus de paix, il lance le concept de « nouveau Moyen-Orient ». Basée sur les capacités rédemptrices de la prospérité économique, la vision est adoptée avec enthousiasme, sinon par les intéressés, Israéliens et Palestiniens enlisés, du moins par les observateurs, en quête de miracle libéral. Le « Centre Peres pour la paix » est fondé en 1996, un an après l’assassinat de Yitzhak Rabin par l’extrémiste juif, Yigal Amir. Shimon vient d’être battu par Benyamin Netanyahou. Il n’a pas osé, dans sa campagne, confronter la droite à ses responsabilités dans l’atmosphère qui a conduit au meurtre. Arafat, de son côté, n’a pas osé imposer sa loi au Hamas qui a multiplié les attentats. L’ambiguité et la peur ramènent donc le Likoud au pouvoir.

    La mollesse de Peres à ce moment décisif lui sera lourdement reprochée à gauche. Elle lui vaudra des amitiés à droite et sa longévité politique, malgré la chute des travaillistes, aux côtés d’Ariel Sharon, puis d’Ehud Olmert. A-t-il oublié le rêve ou tenté de le ressusciter avec les accommodements les plus insolites ? « Les intellectuels israéliens parlent de Peres comme d’un héros de tragédie, résume le journaliste Robert Littell. Un héros à cause de sa formidable contribution à l’établissement de l’Etat juif pendant cinquante ans, une tragédie parce que les électeurs n’ont pas voulu le laisser terminer ce qu’il avait commencé : le processus de paix engagé à Oslo. »

    Le père de la bombe israélienne

    C’était à la fin des années 1950. Fringant directeur général du ministère de Défense et envoyé spécial de David Ben Gurion, Shimon Peres est parvenu à force de persuasion, de charme et de manœuvres à conclure des accords avec la France qui ont permis à Israël de se doter de l’arsenal nucléaire. Quelques exemples de sa « hutzpa », culot en hébreu ? Il a persuadé en 1957 le président du conseil de l'époque Maurice Bourgès-Maunoury, dont le gouvernement venait pourtant de tomber, d'antidater un document sur la fourniture d'uranium enrichi. « Entre amis,  24 heures cela ne compte pas... », a-t-il  coutume de confier en souriant. Pour financer l'ensemble du projet, Shimon Peres s'est aussi démené aux Etats-Unis où il a récolté l'équivalent de 240 millions de dollars auprès des juifs américains pour un programme nucléaire que l'Etat hébreu n'avait pas les moyens de financer. Il aurait également organisé en secret l'exportation illégale d'uranium hautement enrichi stocké en Pennsylvanie. Enfin, sur le front diplomatique, il a raconté lui-même comment, pris de court dans un couloir de la Maison Blanche par John Kennedy qui exigeait des explications sur l'objectif de la centrale nucléaire de Dimona construite par la France, il a improvisé une « formule » floue. Un pieux mensonge, devenu le véritable leitmotiv officiel depuis plus d'un demi-siècle : Shimon Peres assure à Kennedy  qu'Israël « ne sera pas le premier pays à introduire l'arme nucléaire au Moyen-Orient »...

    Julien Lacorie

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  • Nîmes: Roland Agret, le «Robin des lois», est mort à l'âge de 74 ans

     

    HOMMAGE Condamné à tort à 15 ans de prison en 1970, Roland Agret s'était battu pour faire reconnaître son innocence. Toute sa vie, il aura été aux côtés des victimes d'erreurs judiciaires...

    LIEN

     

    Roland Agret lors de l'émission Vivement Dimanche, sur France 2, le 12 septembre 2007

    Roland Agret lors de l'émission Vivement Dimanche, sur France 2, le 12 septembre 2007 - BENAROCH/SIPA

     

    Nicolas Bonzom

     

     

    Le Nîmois Roland Agret est mort dimanche, à l’âge de 74 ans, des suites d’une embolie pulmonaire. Président d’Action Justice, association qui vient en aide aux victimes d’erreurs judiciaires, il aura passé sa vie à dénoncer les dysfonctionnements de la justice.

     

    En 1970, Roland Agret a été condamné à 15 ans de réclusion criminelle, pour complicité dans le cadre d’un assassinat, dans le Gard. Une erreur judiciaire qu’il mettra quatorze ans à faire éclater au grand jour.

     

    « L’élément nouveau »

     

    En signe de protestation, il escaladera le toit de sa prison, avalera des manches de fourchettes, et ira même jusqu’à se couper deux doigts. Après la révision de son procès, Roland Agret sera finalement acquitté et réhabilité en 1984.

     

    « C’est à force de cogner qu’on obtient justice. Le problème de la justice française, c’est ce qu’on appelle ''l’élément nouveau'', confiait-il à 20 Minutes en mars 2013. Pour obtenir la révision d’un procès, il faut trouver un élément nouveau qui n’a pas été abordé lors du procès qui a conduit à votre condamnation. Mais souvent si cet élément est nouveau pour vous, il ne l’est pas pour la justice. »

     

    >> A lire aussi : «C'est à force de cogner qu'on obtient justice...», lançait Roland Agret

    « La justice est exécrable quand elle se croit infaillible »

     

    Mais son combat ne s’est pas arrêté à son acquittement : en 2006, plus de vingt ans après, Roland Agret se tirera une balle dans le pied pour réclamer de la justice une indemnisation pour ses années passées en prison pour rien.

     

    « Ce qui compte, ce n’est pas la somme, mais la reconnaissance de notre préjudice. Je n’en veux pas à la justice de se tromper, mais elle est exécrable quand elle se croit infaillible », soulignait Roland Agret, à 20 Minutes, en septembre 2012.

     

    >> A lire aussi : «J'en ai l'air, mais je ne suis pas réinséré», disait Roland Agret

    « Réinséré, je ne le suis pas vraiment »

     

    Au-delà de son combat personnel, l’homme a mis toute sa colère au service des victimes d’erreurs judiciaires. Avec son association Action Justice, il a contribué à quatre grâces présidentielles, une révision de procès aboutie, deux annulations de peines, et de nombreux acquittements.

     

    Il fut également l’auteur de scénarios pour la télévision, notamment Un homme en colère, en 1997, sur TF1, inspiré de ses années de combat contre les dérives judiciaires.

     

    « La roue a bien tourné. Après, j’ai l’air réinséré, mais je ne le suis pas vraiment… C’est impossible quand vous avez vécu ce que l’on a vécu. »

     

    >> A lire : «Condamnés à tort», notre 21e Minute sur les innocents en prison

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  • Le passeur de cinéma Claude-Jean Philippe

    est mort

      11.09.2016    LIEN
     

    Figure emblématique de la cinéphilie, Claude-Jean Philippe a animé le Ciné-club sur France 2 jusqu'en 1994 et produit une émission sur France Culture pendant près de 20 ans.

    Claude-Jean Philippe en 2004 

    Claude-Jean Philippe en 2004 Crédits : Alain Auboiroux - Maxppp

    Il ne pourra plus partager sa passion du cinéma. Claude-Jean Philippe, l'une des figures les plus marquantes de la cinéphilie française, est mort ce dimanche 11 septembre 2016, à l'âge de 83 ans, a annoncé sa famille. Infatigable passeur, il avait notamment imposé son regard et son talent aux commandes du Ciné-club sur Antenne 2, puis France 2, entre 1971 et 1994, où il a ainsi présenté plus de 1000 films, notamment après Apostrophes de Bernard Pivot.

    Claude-Jean Philippe affichait une cinéphilie généreuse, comme le rappelle Antoine Guillot, producteur de Plan large sur France Culture -qui lui rendra hommage samedi prochain:

    "Claude-Jean Philippe était de ces grands passeurs, pour qui il n'y avait pas de vieux films, mais des œuvres qui parlent à tous, quelle que soit l'époque de leur réception. Les lunettes sur le front, en 5 mn à la fin d'Apostrophes, il a ouvert avec gourmandise et érudition à des générations de téléspectateurs une fenêtre sur des mondes infinis. En créant en 1976 le Cinéma des cinéastes sur France Culture, il a poursuivi cette voie qui 40 ans après reste toujours aussi essentielle : faire entendre la voix de ceux qui font le cinéma, en faisant preuve d'une cinéphilie partageuse, généreuse et surtout très, très contagieuse."

    La ministre de la Culture Audrey Azoulay a salué sa mémoire

    Claude-Jean Philippe avait fait du cinéma le roman de sa vie. Amoureux éperdu du 7eme art, il en était le fidèle chevalier servant.

    La passion du partage

    Claude-Jean Philippe, né Claude Nahon, a raconté sa vie, son amour pour le cinéma et le partage dans une série d'A voix nue, diffusée en 2012 sur les ondes de France Culture. Retrouvez le premier épisode ici et l'intégralité de la série en cliquant sur ce lien.

    Écouter
    "A voix nue" avec Claude-Jean Philippe: 1er épisode

    Claude-Jean Philippe a aussi été l'une des personnalités importantes de France Culture, où il a animé le Cinéma des cinéastes entre 1976 et 1984. Une émission hebdomadaire où il accueillait les plus grands réalisateurs, sans jamais abandonner sa passion de la transmission et du partage. Vous pouvez ainsi réécouter deux de ces émissions, récemment rediffusées dans les Nuits de France Culture. La première avait pour invité Jacques Rivette:

    Écouter
    Claude-Jean Philippe avec Jacques Rivette (1982)

    La seconde de ces émissions avait pour invité François Truffaut et date de 1976.

    Écouter
    Claude-Jean Philippe avec François Truffaut (1976)

    France Culture va rendre hommage à Claude-Jean Philippe dans plusieurs de ses programmes, dont le Journal de la culture de Zoé Sfez ce lundi matin; et dans Plan large, l'émission de cinéma d'Antoine Guillot samedi prochain.

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  • Mort d’Yves Meudal, un des derniers survivants du commando Kieffer

    Le Monde.fr avec AFP | 10.09.2016 à 16h30     LIEN

    Photo de la plage de Colleville-Montgomery, où les 177 Français du 4e commando franco-britannique de la 1re brigade de lord Lovat, sous l'ordre du commandant Philippe Kieffer, débarquèrent à l'aube du 6 juin 1944.

    Yves Meudal, l’un des derniers survivants du commando Kieffer, est mort, vendredi 9 septembre, à Pleubian, dans les Côtes-d’Armor, annonce Ouest-France. Il avait 93 ans. Il ne reste plus que 5 membres du commando Kieffer.

    Il était né le 26 février 1923 à Kerhonès, dans la commune de Pleubian. Quatrième d’une fratrie de huit enfants, rappelle Le Télégramme, il fut orphelin à l’âge de 11 ans. Apprenti dans une boulangerie de Perros-Guirec, il s’était embarqué à l’âge de 14 ans sur un caboteur. En 1942, à Dakar, il rejoint un navire des Forces françaises libres.

    Le site D-Day Overlord rappelle la suite : arrivé en Ecosse en mars 1943, il s’engage dans les Forces navales françaises libres (FNFL) sous le matricule 287FN43. Il demande à rejoindre les commandos, participe à l’entraînement en Ecosse, à Achnacarry, avant d’être versé dans la troop (« section ») 8 du lieutenant Lofi le 6 mai 1943.

    177 fusiliers marins participent au débarquement

    Aux côtés des 177 fusiliers marins des Forces françaises libres du commando Kieffer, intégré au Royal Marine Commando n° 4, il avait participé au débarquement du 6 juin 1944 à Sword Beach (commune de Colleville-sur-Orne) et fait toute la campagne de Normandie. Ces 177 fusiliers marins sont les seuls Français en uniforme à avoir participé au débarquement allié en Normandie.

    Cette unité portait le nom du capitaine de corvette Philippe Kieffer, qui a constitué ce groupe de volontaires. Yves Meudal faisait partie des 24 commandos non blessés à l’issue des combats en Normandie. Par la suite, il débarque à Flessingue (Hollande) le 1er novembre 1944. Il avait été dégradé pour avoir abandonné son arme alors qu’il secourait un camarade blessé. Rapatrié en Angleterre, il devint instructeur.

    Après la guerre, Yves Meudal était revenu à la marine marchande comme boulanger. Il avait été fait chevalier de la Légion d’honneur en 2004 avant d’être élevé au grade d’officier en juillet 2014.



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  • Avec Jean Blocquaux, un grand

    du social disparaît

    http://jprosen.blog.lemonde.fr/2016/09/06/

     

    avocats006(1)

    LIEN

     

     

    Avec la disparition de Jean Blocquaux nous avons perdu en cette fin août 2016 un énorme personnage de l’action sociale  moderne, un grand serviteur de la puissance publique, tout simplement un homme de bien toujours prêt à s’engager pour combattre des injustices. Et bien sûr un ami.

     

    Pendant quasiment un demi siècle Jean Blocquaux aura été sur tous les fronts : les droits des enfants délinquants ou non avec le père Jaouen un temps, puis notamment à travers les Services d’accueil d’urgence qu’il conçut à Bois d’Arcy en 1976, le droit des jeunes filles d’interrompre leur grossesse malgré leurs parents, bien évidemment le montage des opération anti-été chaud en 1982, la Marche des Beurs ou encore le combat des enfants franco-algériens enlevés par un parent, le droit des femmes battues de se séparer dignement, le sort fait aux mineurs étrangers isolés ou  encore la conception et la mise en place du RMI dont il n’était pas peu fier, le combat pour les gens du voyage, la reconnaissance des lieux de vie avec le procès de Carcassonne puis la circulaire de 1983, ces institutions anti-institutionnelles tellement utiles  et bien sûr la loi du 10 juillet 1989 sur l’enfance maltraitée avec le téléphone vert national. Sans compter le travail à l’étranger, au Vietnam comme en Roumanie. Et j’en oublie certainement.

     

    Quel parcours ! On en trouvera peu de cette veine dans l’histoire. De simple éducateur spécialisé à la tête de l’inspection générale de l’action sociale !

     

    Nous sommes nombreux à lui devoir beaucoup. Bien évidemment déjà tous ceux  en souffrance ou en difficulté qu’il a pu accompagner et aider avec la foi inébranlable qu’aucun obstacle n’était  insurmontable, mais encore tous ceux  qui sans son engagement, sa disponibilité, sa capacité à inventer seraient demeurés les mains nues. Je pense notamment et déjà aux magistrats de la jeunesse. Je peux témoigner – une nouvelle fois – que Jean Blocquaux m’a permis de venir en aide à nombre d’adolescents et d’adolescentes, et au final d’être le juge des enfants que je suis devenu. Fallait-il  trouver un lieu de vie à offrir à Romeo et Juliette rejetés par leur lieu de vie officiel ? Sous couvert du SAU on leur procurait à l’UNIPRIX situé en bas du tribunal la toile de tente nécessaire et l’accord parental. Fallait-il renouer avec un jeune en fugue retrouvé à Perpignan ? Jean partait le soir même en R5 pour  reprendre le chemin avec lui ! Une jeune fille avait-elle besoin d’interrompre sans grossesse en évitant une souffrance prévisible à ses parents ? Un déplacement était mis en place vers l’Angleterre avec la carte d’identité d’une éducatrice.

     

    Garçons et filles des deux SAU des Yvelines ne s’y trompaient pas qui nouaient enfin ou renouaient, un dialogue avec des adultes, éducateurs et éducatrices, mobilisés pour eux  24 h sur 24 pendant plusieurs jours. Pour Jean Blocquaux pas question de surveillant de nuit car c‘est la nuit que les adolescents se livrent. Les Educateurs et éducatrices s’y collaient quitte à récupérer largement après que le jeune ait trouvé son orientation. On était hors convention collective, mais chacun y trouvait son compte. Pas de lits, mais des matelas roulés pour bien monter qu’on ne séjournera pas éternellement ;  une cuisine chaleureuse  toujours ouverte car c’est autour de la cuisine que le lien se noue. Bref, une réflexion très fine et une réponse de qualité qui parfois posait un  problème : les étapes suivantes comme le suivi éducatif  en milieu ouvert  n’étaient pas toujours à la hauteur. Ces jeunes ne s’y trompaient pas sur la qualité de cette relation et son importance. A voir leur comportement affectueux avec Jean pendant les audiences ; d’où ces jeunes qui revenaient au foyer quelques semaines ou mois plus tard.

     

    Dans la chaine sociale il ne faut pas que les  maillons soient trop différents sinon la chaine casse. En tout cas les SAU de Jean Blocquaux ont essaimé parfois en oubliant la réflexion qui avait guidé leur montage : la disponibilité et l’humanité. Il fallait aussi dans ces équipes un meneur d’hommes et tout le monde n’est pas de la veine de Jean Blocquaux.

     

    Jean Blocquaux privilégiait les hommes sur les institutions. Il ne supportait les machines  institutionnelles – Education nationale, ASE ou PJJ –  avec les meilleures intentions du monde pouvaient broyer même sans le vouloir les plus faibles. Il « bouffait » de l’éducation nationale, de l’ASE et de la PJJ tous les jours pour étant finalement, issu du secteur associatif habilité, intégrer l’Administration d’Etat et donc  terminer doyen de l’IGAS ! Il bouffait des énarques tous les jours – sauf Stéphan Clement –  et il termine au top niveau de l’Administration ! Clin d’œil de la vie et capacité de l’institution d e reconnaitre les qualités de ceux qui viennent d’ailleurs. En tous cas, il fallait le faire comme on dit communément.

     

    En 1975, mon premier rapport avec Jean Blocquaux n’avait pas été facile. Dans cette Caserne de la Reine où était installé alors le T.E. de Versailles je me souviens l’avoir reçu une fin d’après midi alors qu’il venait me décliner son  projet de SAU. Il se présentait comme ancien militant CFDT ; je l’ai traite de jaune et de briseur de grève. Et de lui expliquer qu’il avait été  recruté pas la préfecture – nous étions avant décentralisation – pour casser la grève des animateurs de l’infirmerie du foyer Vauban qui demandaient des moyens adaptés pour accueillir les jeunes fugueuses et ailleurs que dans une infirmerie, comme si fuguer étaient une maladie. L’inspectrice de l’enfance de l’époque avait préféré brader la mission au service associatif. Cet abcès percé j’ai pu mesurer combien la désignation de Jean Blocquaux et de l’AVVEJ avait été une chance pour l’action sociale et  pour … moi.

     

    PetitjugeSi un temps le tribunal de Versailles devint une sorte de plaque d’égout par laquelle remontaient à la surface nombre de jeunes en difficulté jusque là terrés, peu confiants dans la justice et venant de l’ensemble de la région de parisienne, cela ne tenait pas aux juges, mais au SAU animé par Jean Blocquaux. Il n’hésitait pas à « trainer » dans les couloirs du palais et nous recevions ensemble les jeunes qui se présentaient. Il restait taisant pour n’intervenir que quand j’avais pris la décision de le mandater officiellement s’il y avait urgence ou officieusement. Le travail s’engageait. On avait très vite le sentiment d’inverser le cours des choses et d’être utile.

     

    Ayant intégré le cabinet de G. Dufoix, secrétaire d’Etat en charge de la famille,  avec notamment la responsabilité de l’aide sociale à l’enfance, j’avais réussi à convaincre début juin 1982 le cabinet du premier ministre de mettre en place un dispositif social – et non policier comme le proposait Gaston Deferre –  pendant l’été qui évite à des jeunes d’être livrés à eux-mêmes, disponibles à toutes les tentations. Encore fallait-il  gagner ce pari politique et dans un  délai de moins de 6 semaines. Il ne fallait pas que les banlieues explosent pendant l’été 1982 au risque de mettre à mal la politique judiciaire du gouvernement. Une  nouvelle fois j’étais les mains nues.  Immédiatement j’ai pensé à Jean Blocquaux. Je lui ai demandé  de me faire confiance sur ce coup tout aussi tordu que ceux que nous avions menés à Versailles, mais cette fois-ci à l’échelle nationale. La réponse a été  immédiate et je n’ai pas été déçu. Nous avons tellement bien réussi que les Opérations d’été ont été inscrites au IX° plan. L’imagination au pouvoir ! Nous en rigolions. Le dispositif désormais qualifié « VVV » existe toujours.

     

    Grâce à Jean Blocquaux – mais aussi à Stéphane Clément, chef du bureau Enfance famille – et à ses relais – notamment l’AVVEJ – l’infrastructure administrative a été rapidement mise en place, l’argent transféré de l’Etat  aux 11 terrains retenus  en moins de 10 jours – un record – en mobilisant des fonctionnaires de tous bords politiques qui croyaient au projet, les acteurs recrutés, l’Armée mobilisée à travers ses centres de formation – notamment l’école de Haute Montagne de Chamonix que comme alpiniste il connaissait bien. Trois années de suite nous avons animé ce dispositif, Jean Blocquaux veillant à la qualité des réponses et jouant sur le terrain le pompier à l’occasion.

     

    De là il ne quitta plus le ministère de l’avenue de Ségur : conseiller technique dans différents cabinets, directeur de cabinet de Mme H. Dorlhac, etc. ; puis l’iGAS. Entre temps il y avait eu la marche des Beurs qu’il accompagna discrètement et efficacement du début à la fin.

     

    016Chaleureux, affectueux, humain, Jean Blocquaux n’était pas un personnage facile. il n’était pas caractériel  mais avait du caractère. Il avait le verbe dur et s’il le fallait  en bon éduc. de terrain il savait faire le coup de poing. D’où les dents très longtemps disparues dont l’absence renforçait son image de flibustier ! Surtout il savait nouer la relation et ses interlocuteurs en s’y trompaient pas : un langage direct, pas de langue de bois, pas de fausses promesses et le sentiment d’un personnage qui peut escalader toutes les montagnes, au sens littéral comme au figuré. Il rassurait et de fait était crédible : que redouter d’un homme à la poignée de main ferme qui vous regardait droit dans les yeux en souriant et commandait immanquablement des œufs mayonnaise au restaurant ? Partout et toujours il avait un point de vue. Il lâchait difficilement le morceau pour ne pas dire qu’il ne le lâchait quasiment jamais. Plus souvent sur le terrain que dans un bureau, cigarette au bec, du couloir du tribunal à l’aire d’implantation des forains, avec un jeune, un responsable public  ou l’abbé Pierre, à rechercher une réponse concrète au problème de son interlocuteur.

     

    Et par-delà la situation traitée,  il assumait le service après -vente pour éviter qu’elle se renouvèle. Il ne se contentait pas de coups.  A preuve la réaction du contrôleur financier avec lequel nous déjeunions qui s’étonnait de trouver une ligne » IVG en Angleterre » sur le budget du SAU de Bois d’Arcy. Jean lui repondit simplement froidement qu’il fallait que chacun assume ses responsabilités. Affaire close ; budget acquis.

     

    En bon éducateur Jean avait un rapport à la loi tout relatif. Il n’était pas fondamentalement hors la loi, mais il la tangeantait … pour la faire bouger. Un vrai travailleur social. La société lucide a intégré cette fonction qui voit certains des siens aller de l’autre côté de la frontière pour ramener ceux qui sont prisonniers de la fracture sociale. Les éducateurs de la prévention spécialisée en savent quelque chose. Fondamentalement ces travailleurs sociaux ne violent pas la loi. Au final, ils la font progresser. Défendre vraiment les droits des jeunes souvent brisés exigeait souvent qu’on aille au-delà du permis.  Jean Blocquaux et ses équipes savaient faire ce qu’il fallait pour qu’au final justice soit rendu au jeune et chacun y trouvait son compte, y compris la société. Ce fut le cas pour l’IVG avec la loi du 2001  qui vient consacrer les pratiques que nous avions à Versailles de confier les jeunes filles à l‘ASE pour donner l’autorisation d’avorter au lieu et place de parents défaillants. Ce fut encore le cas pour les femmes battues avec la procédure de répit familial que nous avions imaginé avec Monique et finalement consacrée par le législateur dans cette dernière période.

     

    Inépuisable Jean Blocquaux fut de tous les grands combats. Je suis convaincu que si la maladie ne l’avait pas frappé   durement cette dernière année que mobilisé par les pouvoirs publics il se serait engagé une nouvelle fois pour éviter que des jeunes ne basculent dans la radicalité. Une force le tendait.

     

    Il avait un enjeu, un ressort dans sa vie et ne s’en cachait pas :  il voulait être à l’égal de son père qui, un temps, fut député des Ardennes. C’est certainement ce père qui lui a inculqué comme à ses frères et sœur, ses valeurs sur lesquelles il ne cédait pas une once de terrain. Il fallait que la voie suivie par Jean rejoigne un jour celle de son père. Il y parvint de belle manière ! Il rigolerait de tout le bien que j’ai dit sur lui ; il serait en revanche content de constater qu’il a tenu son pari.

     

    enfant-et-juge.1176414591.jpgFinalement, il aura été un acteur politique de première importance. Il a fait bouger les lignes : celles des professionnels qui accueillent les jeunes en fugue ; il  a participé au montage de nouveaux dispositifs, il a aussi contribué à faire bouger la loi. Bref il n’a jamais été député – même si un temps il a été leader d’une liste municipale dans les Yvelines -, mais il a tenu son objectif : s’engager.

     

    Ce serait exagéré d’avancer que le moule est cassé et que demain on ne trouvera pas de travailleurs sociaux capables de mouiller  la chemise  come le fit tant et tant de fois Jean Blocquaux, mais à l’inverse je peux affirmer qu’il y a peu de Jean Blocquaux. Il mériterait un livre ou un film pour montrer aux futures générations que face aux besoins de ceux qui demain seront en souffrance.

     

    L’action sociale a perdu une référence, nous avons perdu un ami, le pays a perdu un  serviteur.

     

    Impossible bien évidemment d’en finir avec ce témoignage sans rappeler le rôle que joua Monique Blocquaux, elle aussi éducatrice spécialisée,  dans cet itinéraire particulièrement dans l’accueil des adolescentes et des femmes maltraitées. Je n’oublie pas que durant quasiment un an le premier SAU était le domicile même des Blocquaux. La boutique sociale de Monique installée à Versailles pour accueillir ces femmes était aussi une innovation. On a souvent la femme que l’on mérite :  Monique Blocquaux  était sur ce plan la première et indispensable partenaire de Jean.

     

    A tout point de vue on sort renforcé dans ses convictions et dans son engagement d’avoir croisé un jour les Blocquaux. Mieux encore de l’avoir eu comme compagnon durent quatre décennies. L’ami est parti, sa trace demeure.

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  • Sonia Rykiel est morte: la grande couturière est décédée

    à l'âge de 86 ans

     

     

    Publication: 25/08/2016 11h17 CEST Mis à jour: 25/08/2016 13h20 CEST     LIEN
     

     

    DECES - Un très grand nom de la mode disparaît. Sonia Rykiel est morte à l'âge de 86 ans, a annoncé sa famille à l'AFP ce jeudi 25 août. "Ma mère est décédée cette nuit à Paris, chez elle, à 5 heures du matin, des suites de la maladie de Parkinson", a déclaré sa fille Nathalie Rykiel, elle aussi femme de mode.

    Née Sonia Flis le 25 mai 1930 à Paris, d'un père français et d'une mère roumaine, la grande couturière était surnommée "la Reine du tricot". Dans un portrait publié par Le Monde en 2013, elle décrivait son "P de P", son "putain de Parkinson". Elle avait dévoilé sa maladie dans un livre sorti en 2012.

    Une pensée pour cette grande dame de la mode - Sonia Rykiel

    Connue notamment pour ses pulls, elle fut aussi l'inventrice du principe de la démode, "selon lequel il faut porter le vêtement pour son propre corps, et non en fonction des diktats que la mode lui impose", comme on peut le lire sur son site. "Le pantalon c’est la possibilité de l’égalité entre les femmes qui ont de belles jambes et celles qui n'en ont pas", affirmait-elle par exemple.

    Sonia Rykiel avait commencé sa carrière comme étalagiste en 1948. Elle a fondé, en mai 1968, la griffe Sonia Rykiel. La grande couturière avait joué son propre rôle dans le film de Robert Altman, "Prêt à porter", tourné durant la semaine de la mode à Paris au printemps 1994.


    Prêt-à-porter - Bande annonce Vost FR par _Caprice_


    Prêt-à-porter - Bande annonce Vost FR par _Caprice_

    Sur Twitter, de nombreux hommages lui ont été rendus, notamment de François Hollande et Manuel Valls. Le président de la République a salué "une femme libre, une pionnière", tandis que le premier ministre évoquait une "fabuleuse créatrice de mode qui a réinventé la femme moderne".

    La ministre des Affaires sociales et de la santé, Marisol Touraine, a aussi estimé que Sonia Rykiel avait "su donner aux femmes de nouvelles libertés". Et la ministre de la Culture Audrey Azoulay a salué "une femme exceptionnelle, libre et flamboyante", dont la maille "incarnait la liberté de mouvement et l'indépendance d'esprit".

     

    Sonia RYKIEL était une femme libre, une pionnière. Son style restera le symbole de l’alliance entre couleur et naturel, fluidité et lumière.

     

     

     

     

    Sonia Rykiel, c'était cette fabuleuse créatrice de mode qui a réinventé la femme moderne, et incarné dans le monde l'élégance à la française

     

     

     

    Hommage à Sonia Rykiel, qui a su donner aux femmes de nouvelles libertés. Élégance, séduction, subversion : ses vêtements étaient tout cela.

     

     

     

    était une femme exceptionnelle, libre et flamboyante. Sa maille incarnait la liberté de mouvement et l'indépendance d'esprit.

     

     

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  • La mort de Michel Butor,

    feu follet des lettres

    À l’écart des modes, brillant et inclassable, l’écrivain qui chemina avec les tenants du Nouveau Roman n’appartenait à aucune école.

    Décédé mercredi 24 août à l’âge de 89 ans, il laisse une œuvre aux mille visages, érudite et ouverte aux merveilles du monde.

    L’écrivain Michel Butor, le 5 décembre 1964. ZOOM

    L’écrivain Michel Butor, le 5 décembre 1964. / STRINGER/AFP

    Bien qu’il n’ait jamais accepté d’être considéré comme un écrivain prolixe, Michel Butor a publié 1 500 livres, jusqu’à une anthologie personnelle de Victor Hugo et un recueil d’épîtres sur la tenture de l’Apocalypse du château d’Angers, au printemps derniers – des inédits sont encore annoncés pour l’automne. Dans cette bibliographie impressionnante figurent aussi des textes très brefs, des affiches, des plaquettes pour artistes ou des cartes postales. Cette œuvre immense, connue et reconnue sur le plan international, reste pourtant à découvrir.

    Né à Mons-en-Baroeul (Nord) en 1926, Michel Butor avait, après des études de philosophie, suivi un cursus universitaire qui l’entraîna d’un bout à l’autre de la planète, avec deux pôles importants, les États-Unis et l’Égypte, et plus tard, la découverte émerveillée du Japon. S’il passa les dernières décennies de son existence dans un petit village de Haute-Savoie, dans une maison un peu isolée qu’il avait appelée « À l’écart », il vécut longtemps entre deux ou trois pays, de multiples avions, et divers fuseaux horaires.

    Son plus célèbre roman, La Modification

    Dans Passage de Milan, qui parut en 1954 dans l’indifférence générale, puis dans L’Emploi du Temps, (1956) qui le fit accéder à la notoriété, on pouvait déjà déceler ce qui serait un des motifs récurrents de son univers : la prégnance d’un lieu. À l’évocation d’un immeuble dans son premier roman, succéda celle d’une petite cité anglaise, Bleston, triste, ennuyeuse et devenue pour le narrateur français exilé une énigme fascinante.

    Dans le troisième, La Modification (1957), qui obtint le Prix Renaudot, une ville est encore au cœur de la narration. Au terme d’un voyage en train Paris-Rome, le héros qui veut rejoindre la femme aimée comprend que son amour était en fait attirance pour cette ville.

    Ce qui surprit les lecteurs – le vouvoiement à l’égard d’un narrateur invisible – fut à l’origine d’un malentendu. Butor fut classé parmi les écrivains du Nouveau Roman, aux côtés d’Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute, Robert Pinget, Claude Simon, publiés autour de Jérôme Lindon, aux Éditions de Minuit. Pourtant rien ne les rattachait, à part le refus de la fiction utilisant les formes traditionnelles. Le fameux colloque de 1971 à Cérisy montra bien que, dans ce groupe dominé par la stature, déjà médiatique, indiscutable à l’époque, de Robbe-Grillet, Butor demeurait un marginal.

    1 500 livres mais seulement quatre romans

    Son quatrième roman fut le dernier : Degrés (1960) est le journal de bord d’un professeur de lycée parisien qui tente d’expliquer à ses élèves et en particulier à deux d’entre eux la découverte et la conquête d’un autre endroit du monde, jusqu’alors inconnu, l’Amérique. À la fin de ce récit improbable, le narrateur renonce à son effort pour saisir l’immensité d’un lieu bien plus vaste que dans les précédents textes, l’espace américain, tout comme le romancier abandonne alors le genre romanesque. Sur cet éloignement, Butor s’est expliqué à plusieurs reprises. De la matière romanesque, il pensait qu’elle se trouve toujours au cœur de ses textes, mais ne se cristallise plus dans un roman.

    Son voyage aux États-Unis en 1960 l’amène à chercher des formes littéraires différentes pour saisir la réalité par d’autres moyens, dans la direction qu’il avait pressentie dès 1955, lorsqu’il déclarait que le roman devait être « le récit fondamental dans lequel baigne notre vie tout entière. » Ce récit fondamental, il va désormais, tout en veillant à déconstruire cette notion de genre, le chercher du côté de la poésie et, chose surprenante peut-être au premier abord, de la poésie épique et didactique.

    Saisir la planète par la lecture, le voyage, le rêve

    Mais pour Michel Butor, l’activité poétique doit désormais prendre en compte la société, l’Histoire et aussi l’avenir, dans un monde qui bouge : Dans Mobile, (1962) (1971), Boomerang (1978) rassemblés sous le titre Génie du lieu, l’écrivain veut saisir la planète et pour cela, il puise à trois sources, les lectures, les voyages, les rêves. Le personnage alors disparaît complètement, remplacé par l’écrivain lui-même, livrant en train, bateau, avion, un journal de bord, récit ou fragment de récit, remplacé aussi par des voix, une multitude de voix se croisant, se répondant parfois, souvent anonymes, parlant du quotidien, du paysage, de vieux mythes.

    Le plan d’une petite ville inquiétante est remplacé par des précisions géographiques, des cartes routières, la page est traversée par des collages, des télescopages, comme si le matériau brut débordait toujours de la phrase ou du paragraphe. L’espace de Butor ressemble ainsi à un univers en expansion que l’écriture doit tenter de capter, composite, fluctuant.

    Boomerang (1978) est une double exploration, celle de l’hémisphère sud, celle des possibilités de la page blanche, disposition des caractères et des couleurs. Et il avoue que ses efforts pour réduire à une fiction unifiée la matière diverse contenue à travers les images du sommeil dans Matière de rêve (1975-1985) ont toujours été vains.

    Une fréquentation assidue d’autres artistes

    Dans cette tentative pour tout saisir, Michel Butor, dans la série Répertoire, fait la part belle aux écrivains du passé comme Balzac ou Joyce. Son activité de lecteur accompagne son écriture en même temps qu’il fait appel aux peintres (Jacques Hérold, Alechinsky), aux musiciens (Pierre Boulez, Henri Pousseur), aux philosophes (Starobinski), et peu à peu il en vient à la conception d’un « livre – objet », puis du livre numérique.

    Très tôt, il avait prédit la disparition du livre sous la forme habituelle. Constatant que le texte était en train de changer de support, il présente Gyroscope (1996), avec une construction tête-bêche, huit centres du monde (le Mexique, Angkor, la Chine…) huit lieux, huit faisceaux de récits, et le lecteur, dit-il, « est invité à zapper ». Cette tentative pour dévorer le monde fait penser à celle de Claudel dans Le Soulier de satin, mais l’Annoncier de la première scène se sentait relié aux corps célestes, à la terre gorgée de signification de la Contre-Réforme.

    Capter les images du monde

    Michel Butor, lui, veut simplement capter les images du monde saisissables par la science de demain. À propos de Dieu, il déclarait : « C’est un concept qui s’est tellement éloigné de nous qu’on ne peut même plus prétendre qu’il n’existe pas. Autrefois, ça avait encore un sens de dire « Dieu existe » ou « Dieu est mort ». Mais aujourd’hui, qu’est-ce que ça pourrait vouloir dire ? Il est tellement loin qu’il n’est même plus mort… Sur l’existence de Dieu, je laisse donc la parole aux techniciens de la question. »

    Là se trouve sans doute la limite de cet univers que Michel Butor aurait voulu sans limite. Par sa fascination pour la technique, les machines et leur fonctionnement, il reste attaché aux partis pris littéraires et philosophiques de la seconde moitié du vingtième siècle.

    Francine de Martinoir

    Les principaux éditeurs de Michel Butor sont les Éditions de Minuit, puis Gallimard et enfin les Éditions de la Différence qui ont entrepris la publication de son œuvre entière.

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  • France

     

    France: des centaines de fidèles viennent saluer une dernière fois le père Hamel

     

    media Obsèques du père Jacques Hamel, le 2 août 2016 à Rouen. REUTERS/Jacky Naegelen

     

    La cathédrale de Rouen accueille ce mardi 2 août 2016 les obsèques du père Jacques Hamel, assassiné la semaine dernière par deux jihadistes dans son église à Saint-Etienne-du-Rouvray, en Normandie. Beaucoup de personnes ont fait le déplacement pour cette cérémonie, organisée dans de strictes conditions de sécurité.

     

    Avec nos envoyés spéciaux à Rouen,  Boris Vichith et Alexis Bedu

     

    A la mi-journée, il y avait déjà des centaines de personnes sur le parvis de la cathédrale de Rouen, massées derrière des barrières pour suivre les obsèques sur écran géant. Près de 1 700 personnes avaient pris place à l’intérieur même de la cathédrale, ce magnifique et imposant édifice gothique de la ville de Rouen.

     

    La pluie n’a pas découragé les fidèles, venus rendre un dernier hommage au père Hamel. Sur place, beaucoup sont des paroissiens de Rouen et de ses environs. Ils connaissent donc bien cet homme d'Eglise, âgé de 85 ans dont 60 passés en tant prêtre. Alors, se recueillir une dernière fois, lui dire adieu, était très important pour ces fidèles. Dès le début de la cérémonie, une émotion forte se lit sur les visages. Certains sont en larmes.

     

     
    Obsèques du père Hamel, cathédrale de Rouen, le 2 août 2016. REUTERS/Jacky Naegelen

     

    En marge des obsèques, la plupart de ces fidèles appellent à l’unité des communautés religieuses. « Il ne faut pas faire d’amalgames », expliquait une paroissienne peu avant la cérémonie. A la cathédrale, nous avons également vu des athées, profondément choqués par l’acte barbare de la semaine dernière. Mais aussi des représentants des religions juive et musulmane.

     

    Les fidèles sont venus se recueillir dans un climat particulier et la cérémonie se tient dans de strictes conditions de sécurité, avec un dispositif important : centre-ville de Rouen bouclé par les forces de l’ordre, fouilles systématiques pour entrer dans la cathédrale, policiers et militaires en faction autour de l'édifice. Mais les Français sont désormais habitués.

     

    La cathédrale de Rouen accueille ce mardi 2 août les obsèques du père Hamel sous haute sécurité. REUTERS/Jacky Naegelen

     

    C’est l’archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun, qui célébre la messe, entouré par le président de la Conférences des évêques de France, Mgr Pontier. Pendant la cérémonie, interdiction formelle d’aller et de venir dans la cathédrale. La préfecture et l'archevêque ont été très clairs à ce sujet, pour que le recueillement se fasse dans de bonnes conditions et sans crainte d’éventuels incidents.

     

    Au premier rang, des personnalités politiques. François Hollande n’est pas présent, mais le gouvernement est représenté par Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur et des Cultes. Le maire de Saint-Etienne-du-Rouvray, Hubert Wulfranc, est également là. Symbole fort en début de cérémonie : le cercueil du père Hamel entre par la porte du Pardon et de la Miséricorde.

     

    La cérémonie devrait durer près de deux heures. En principe, à son terme, le père Hamel sera inhumé dans l’intimité la plus stricte en la seule présence de sa famille. Le lieu de l’inhumation n'a pas été communiqué, mais ce ne devait pas être Saint-Etienne-du-Rouvray.

     

    Que ce soit pour les chrétiens, que ce soit pour les musulmans, il faisait sans difficulté la même chose. Pour rien au monde j'aurais voulu manquer son inhumation

    A Rouen, une paroissienne explique sa venue aux obsèques du père Hamel   02/08/2016 - par Alexis Bedu LIEN à écouter

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