En novembre, les électeurs américains devront choisir entre les deux principaux candidats pour la présidentielle américaine : Hillary Clinton côté démocrate, Donald Trump chez les républicains. Toutes les semaines, Libé fait le point sur la campagne.

Le billet d’Amérique

Quand le camp Trump vise la santé de Clinton

Après avoir mis en doute pendant des mois la sincérité et l’honnêteté d’Hillary Clinton, Donald Trump a inauguré cette semaine une nouvelle ligne d’attaque : sa rivale démocrate aurait une santé trop fragile pour être présidente. «Elle manque d’endurance mentale et physique pour affronter l’Etat islamique et les nombreux adversaires auxquels nous faisons face», a déclaré lundi le candidat républicain lors d’un discours consacré à la politique étrangère. Les rumeurs sur l’état de santé d’Hillary Clinton ne sont pas nouvelles. La plupart ont émergé après les ennuis de santé de celle qui vivait alors ses dernières semaines à la tête de la diplomatie américaine. Epuisée par une longue série de voyages, atteinte d’un sévère virus intestinal, la secrétaire d’Etat avait fait un malaise en décembre 2012. Les médecins avaient ensuite diagnostiqué - conséquence de sa chute - une commotion cérébrale puis un caillot de sang à la tête, qui lui avait valu plusieurs jours d’hospitalisation.

Depuis, les sites complotistes de la droite extrême américaine, sur lesquels s’informent de nombreux partisans de Donald Trump, se répandent en conjectures et pseudo-analyses médicales. Les moindres faits et gestes d’Hillary Clinton sont épiés. Une hésitation, un pied qui trébuche, une tête qui s’agite bizarrement, un coussin pour s’appuyer ou un tabouret pour s’asseoir lors d’un meeting : tous ces signes sont brandis comme des preuves irréfutables de la mauvaise santé de la candidate démocrate. Les hashtags #Hillarystools (les tabourets d’Hillary) et #HillaryHealth (la santé d’Hillary) cartonnent sur Twitter, où circule aussi un faux compte-rendu médical faisant état de malaises, de «convulsions incontrôlées» et de «pertes de mémoire» à répétition. Pour beaucoup, le diagnostic est limpide : Hillary Clinton souffrirait de démence précoce.

Si Donald Trump n’a jamais relayé explicitement ces allégations, le fait d’évoquer le «manque d’endurance physique et mentale» de sa rivale s’inscrit dans une stratégie bien définie. Comme il l’a déjà fait avec les suprématistes blancs, le magnat de l’immobilier stimule ses partisans en les confortant dans leurs affabulations. Il leur laisse entendre qu’il partage leur point de vue, sans pour autant se risquer à l’assumer publiquement. En s’attaquant à la santé de l’ancienne Première dame, Donald Trump s’aventure toutefois en terrain miné. Car si à 68 ans Hillary Clinton serait la plus âgée des présidents élus depuis la Seconde guerre mondiale, elle demeure plus jeune que le magnat de l’immobilier. Donald Trump a fêté ses 70 ans en juin. Et il ne cache pas son amour du bacon, de McDonald’s et du poulet frit.

Par Frédéric Autran, correspondant aux Etats-Unis

 

La recrue de la semaine

L'homme «le plus dangereux des USA» à la tête de la campagne républicaine

Stephen K. Bannon le 21 juin 2016 à Cleveland, OhioStephen Bannon le 21 juillet 2016 à Cleveland, dans l'Ohio (photo AFP)

Alors que les candidats ont tendance à lisser leur discours une fois investi, Donald Trump, lui, a donné l'impression cette semaine de ne pas vraiment savoir sur quel pied danser. Le candidat républicain à la Maison Blanche a surpris tous les observateurs en présentant pour la première fois, lors d'un meeting en Caroline du Nord, des excuses (limitées tout de même) à ceux qu'il avait pu offenser. «Parfois, dans le feu de l’action dans un débat, on ne choisit pas les bons mots ou on dit la mauvaise chose [...] Cela m’est arrivé, et vous n’êtes pas obligés de me croire, mais je le regrette, en particulier lorsque j’ai pu blesser des gens personnellement», a déclaré le milliardaire jeudi, lisant une déclaration sur un prompteur, sans préciser qui était visé par cet acte de contrition: Madame Khan qui a perdu son fils en Afghanistan et dont Trump avait moqué le silence à la convention démocrate alors qu'elle était trop émue pour parler?

Une inflexion par rapport à son choix, quelques jours plus tôt, de nommer à la tête de son équipe de campagne Stephen Bannon, le second bouleversement en deux mois après le limogeage en juin de Corey Lewandowski. Débutant en matière de campagne électorale, Stephen Bannon était à la tête du site ultra-conservateur à tendance complotiste Breitbart (qui vend même des t-shirts pour la construction du mur à la frontière mexicaine). Ancien de chez Goldman Sachs, celui que Bloomberg appelait dans un portrait paru l’année dernière l’activiste le «plus dangereux» d’Amérique est aussi l’auteur d’un documentaire particulièrement flatteur sur Sarah Palin. Il partage avec le milliardaire son goût pour les attaques outrancières. «Tous les coups seront permis. Nous allons voir les idées les plus extrêmes, les idées les plus à droite remonter à la surface», a résumé le journaliste de CNN Brian Stelter. Aux côtés de cette figure de l'ultra-conservatisme est promue Kellyane Conway. Cette sondeuse et consultante républicaine, embauchée en juillet pour conseiller le candidat sur l’électorat féminin, devient directrice de campagne. Le grand perdant de ce jeu de chaises musicales ? Le lobbyiste Paul Manafort qui a été démissionné vendredi, notamment  en raison des révélations du New York Times sur sa possible implication dans un scandale de corruption en Ukraine, à l’époque où il conseillait l’ex-président prorusse Viktor Ianoukovitch, recruté pour «professionnaliser» la campagne républicaine.

A lire aussi Rendre Trump «présidentiable» : une stratégie qui a échoué

La répartie de la semaine

«Says Who?» : un conseiller de Trump en plein déni

L’échange, entrecoupé d’un silence particulièrement gênant, a été relayé (et détourné) des milliers de fois. Mercredi soir, Michael Cohen, avocat et conseiller de Donald Trump est interviewé sur CNN par la journaliste Brianna Keilar. Elle l’interpelle sur l’impopularité du candidat républicain à la Maison Blanche dans les sondages. Son interlocuteur l’interrompt : «Qui dit cela ?» («Says who ?» en VO). «Les sondages, tous les sondages», lui répond la journaliste. «Qui dit cela ?», «Quels sondages ?», insiste à deux reprises le conseiller. «Tous», réplique la journaliste éberluée. Aucune enquête d'opinion depuis fin juillet n’a en effet placé Donald Trump en tête des intentions de vote... y compris celle commandée par Breibart. La réaction surréaliste du conseiller de Trump résume la position des partisans du milliardaire : se boucher les oreilles et mettre la mauvaise passe de leur candidat sur le compte des instituts de sondage, des médias grand public et de l’establishment.