• Présidentielle américaine : comment Donald Trump pourrit l'atmosphère de fin de campagne

    De meeting en meeting, le candidat républicain galvanise ses supporters en dénonçant une élection probablement "truquée". Certains appellent désormais à la "révolution", en cas d'élection d'Hillary Clinton à la Maison Blanche.

    Donald Trump, candidat républicain à la Maison Blanche, lors d'un meeting à Edison (Etats-Unis), le 15 octobre 2016.Donald Trump, candidat républicain à la Maison Blanche, lors d'un meeting à Edison (Etats-Unis), le 15 octobre 2016. (EVAN VUCCI / AP / SIPA)

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    Mathieu DehlingerFrance Télévisions

    Mis à jour le 18/10/2016 | 15:05
    publié le 18/10/2016 | 11:17          LIEN

    Donald Trump a prévenu. "J'ai été libéré de mes chaînes et je peux maintenant me battre pour l'Amérique comme je le souhaite", écrit-il sur Twitter après plusieurs jours de polémique autour de ses propos obscènes. Depuis cet énième scandale, sondages et analystes arrivent pour la plupart à la même conclusion : Hillary Clinton sera la prochaine présidente des Etats-Unis.

    Le candidat républicain à la Maison Blanche n'aurait donc plus rien à perdre. "C'est un homme très dangereux pour les semaines à venir", commente l'un de ses biographes, interrogé par Politico (en anglais). De meeting en meeting, il galvanise désormais ses supporters en dénonçant une élection probablement "truquée". Franceinfo vous explique comment le milliardaire rend cette atmosphère de fin de campagne de plus en plus inquiétante.

    En appelant ses militants à "surveiller" les bureaux de vote

    Depuis plusieurs mois, Donald Trump invite ses supporters à s'enregistrer en ligne pour devenir des "observateurs" du scrutin du 8 novembre et "empêcher Hillary la corrompue de [le] truquer". "Il faut que nous soyons certains qu'on ne nous volera pas l'élection", martèle-t-il en meeting. "Surveillez vos isoloirs", intime le candidat à ses soutiens. Mettre en place des "observateurs" est une pratique légale dans la quasi-totalité des Etats américains, rappelle le New York Times (en anglais), mais elle peut parfois tourner à l'intimidation, dans un pays où les lois électorales sont plus ou moins restrictives.

    Dans 39 Etats, ces "observateurs" ont en effet le pouvoir de remettre en cause le droit de vote des personnes qui se présentent devant les urnes. En Pennsylvanie, par exemple, ces électeurs "contestés" doivent, pour voter, signer une déclaration sous serment concernant leur identité et leur lieu de résidence, et trouver un témoin de la même circonscription électorale pour attester de leur bonne foi, explique NPR (en anglais). "Pas besoin que ces contestations soient couronnées de succès, commente Howard Cain, un responsable démocrate, interrogé par la radio. Il faut juste créer assez de confusion et, temporairement, de chaos dans un bureau de vote pour que les gens se disent 'je ne vais pas rester là et supporter cette situation absurde, je m'en vais'. C'est là le vrai objectif."

    Autrement dit, les observateurs ont tout intérêt à décourager les électeurs qu'ils pensent ne pas être favorables à leur candidat. Par le passé, certains sont même allés jusqu'à prétendre être membre des forces de l'ordre ou à menacer les électeurs d'arrestation, affirme le New York Times. Et en Pennsylvanie ou dans l'Alabama, les "observateurs" ont la possibilité de venir surveiller les bureaux de vote avec leurs armes à feu bien visibles. Pas forcément très rassurant, d'autant qu'on ne sait pas si les soutiens de Donald Trump suivront une formation ou seront encourager à surveiller le scrutin de manière informelle, remarque le New York Times. La stratégie du milliardaire est "une manœuvre effrayante", commente le journal.

    En se préparant à refuser la défaite

    Lors du premier débat présidentiel, Donald Trump l'a promis : "Si [Hillary Clinton] l'emporte, je la soutiendrai." Mais plus la date du scrutin approche, plus cet engagement semble déjà être de l'histoire ancienne. Fin septembre, le milliardaire a indiqué au New York Times (en anglais) qu'il était en train de revoir sa position sur le sujet. Depuis, empêtré dans les polémiques et des accusations d'agressions sexuelles, le candidat républicain n'a de cesse de mettre en cause la sincérité du scrutin du 8 novembre prochain. "L'élection est en train d'être truquée", martèle-t-il sur son compte Twitter, en mettant en cause, comme à son habitude, la presse américaine, accusée de collusion avec Hillary Clinton.

    Le colistier de Donald Trump, Mike Pence, se veut rassurant. "Nous accepterons les résultats de l'élection", assure-t-il à la télévision. Mais face à la rhétorique incendiaire du candidat, le patron des républicains à la Chambre des représentants, Paul Ryan, a une fois de plus pris (timidement) ses distances. "Notre démocratie repose sur la confiance envers les résultats des élections, a indiqué sa porte-parole. Paul Ryan est totalement confiant dans le fait que les Etats géreront le scrutin avec intégrité."

    Même en 2000, lorsque l'affrontement entre George W. Bush et Al Gore a tourné au psychodrame en Floride, le perdant de l'élection a "gracieusement accepté l'issue" du scrutin, rappelle Ari Fleischer, porte-parole de la Maison Blanche sous la présidence Bush. "Si Donald Trump ne concède pas [sa défaite], il restera dans l'Histoire comme le plus mauvais perdant des mauvais perdants", affirme-t-il, interrogé par Politico (en anglais).

    Si Donald Trump perd et se bat contre le résultat, beaucoup de ses soutiens, des millions de personnes, questionneront la légitimité du gouvernement américain. C'est destructeur.

    Ari Fleischer, ancien porte-parole de la Maison Blanche

    à "Politico"

    En ouvrant la porte à un climat de "révolution"

    Le discours n'est visiblement pas sans conséquence auprès de ses électeurs : 50% des soutiens de Donald Trump sont "peu ou pas du tout confiants" que les votes seront comptés fidèlement lors de l'élection à venir, d'après une étude du Pew Research Center (en anglais), publiée en août. En comparaison, seuls 20% des supporters d'Hillary Clinton partagent de telles inquiétudes.

    Les médias américains se demandent quelle sera la réaction de ces électeurs défiants en cas de défaite de leur champion le 8 novembre. "Il va y avoir une rébellion, explique ainsi un quinquagénaire, supporter de Trump, à Politico. Tout le monde est fatigué du système." "Si elle est élue, j'espère que nous pourrons mettre en place un coup d'Etat, répond un autre au Boston Globe (en anglais). Elle devrait être en prison ou abattue." A maintes reprises, depuis le deuxième débat présidentiel, Donald Trump a lui-même estimé que sa rivale devrait être derrière les barreaux.

    Cela va être un bain de sang. Mais c'est ce qu'il va falloir... Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour mon pays.

    Dan Bowman, un soutien de Donald Trump

    au "Boston Globe"

    Mike Pence, habitué à gérer les coups d'éclat de Donald Trump, a cette fois-ci bien du mal à calmer les ardeurs des militants. "Nos vies dépendent de cette élection, lui a lancé une électrice lors d'un meeting, mardi 11 octobre. Et je vais vous dire, je ne veux pas que cela arrive, mais si Hillary Clinton est élue, je suis prête à faire la révolution, parce qu'on ne peut pas se permettre [de l'avoir au pouvoir]." "Ne dites pas ça", s'est contenté de répondre le candidat à la vice-présidence. Difficile pour lui d'éteindre l'incendie quand, dans son propre camp, certains n'hésitent pas à remettre de l'huile sur le feu. Le shérif David Clarke, l'un des soutiens les plus démonstratifs de Donald Trump, invité à la tribune de la convention républicaine, appelle désormais clairement à la rébellion. Sur son compte Twitter, il se prépare : "C'est l'heure des fourches et des flambeaux."

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  • Syrie : l’armée russe annonce avoir arrêté les raids aériens sur Alep

     

    Les rebelles ont toutefois fait savoir mardi qu’ils n’avaient pas l’intention de quitter la partie orientale de la ville.

     

    LE MONDE | 18.10.2016 à 09h41 • Mis à jour le 18.10.2016 à 13h19          LIEN

     

     

     

    La Russie et la Syrie ont interrompu leurs frappes aériennes contre Alep, mardi 18 octobre à 9 heures (heure française). Selon le ministre de la défense russe, Sergueï Choïgou, cet arrêt anticipé des raids est « nécessaire pour la mise en œuvre de la pause humanitaire » devant permettre aux civils de quitter Alep jeudi, de 7 heures à 15 heures (heure de France métropolitaine). Des activistes de la ville confirmaient mardi matin cette pause dans les raids aériens. Mais, au sol, des combats ont à nouveau opposé forces gouvernementales et rebelles dans le secteur de la vieille ville.

     

    Lundi, le département d’Etat américain avait jugé bienvenue mais insuffisante cette pause des attaques contre la partie orientale d’Alep, tenue par les insurgés. Il faut « une pause plus longue pour faire entrer les camions » transportant l’aide humanitaire, a de son côté estimé lundi Stéphane Dujarric, porte-parole de l’Organisation des Nations unies.

     

    « Au moment où commencera la pause humanitaire, les troupes syriennes se retireront à une distance suffisante pour que les combattants puissent quitter l’est d’Alep avec leurs armes » via deux couloirs spéciaux, dont la route du Castello, a pour sa part estimé le ministre de la défense russe.

     

    « Les factions rejettent toute sortie »

     

    Les rebelles ont toutefois fait savoir qu’ils n’avaient pas l’intention de quitter la partie orientale de la ville. « Les factions rejettent toute sortie, il s’agirait d’une reddition », a déclaré Zakaria Malahiifji, chargé des affaires politiques du groupe Fastakim, lié à l’Armée syrienne libre. Le groupe salafiste Ahrar Al-Cham a lui aussi rejeté la proposition russe.

     

    Lors des précédentes trêves, en juillet et en septembre, très peu de civils avaient utilisé les corridors humanitaires que l’armée russe avait annoncé avoir momentanément ouverts et qui ont été considérés avec suspicion par les habitants de la ville. Des itinéraires qualifiés de « couloirs de la mort » par l’opposition syrienne qui avait alors dénoncé le chantage fait aux habitants de la partie rebelle de la ville : « Partez ou vous mourrez de faim. » Malgré les promesses russes et gouvernementales, aucun convoi humanitaire n’a pu rentrer dans les quartiers est lors des précédentes trêves.

     

    Une technique qui a porté ses fruits dans les deux poches rebelles, assiégées depuis plusieurs années : la ville de Daraya, en banlieue de Damas, vidée de sa population à la fin août, et le quartier d’Al-Waer en périphérie d’Homs, fin septembre.

     

    Mercredi à Genève devraient débuter des discussions axées « sur la séparation entre l’opposition modérée et les terroristes à Alep ». Lundi soir, l’ambassadeur russe aux Nations unies, Vitali Tchourkine, a annoncé que la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite avaient accepté de participer à des discussions avec les Américains et les Russes pour avancer sur ce sujet, afin de dissocier les groupes modérés du Front Fatah Al-Cham (ex-Front Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaida). Le Front Fatah Al-Cham a réaffirmé qu’il n’avait nullement l’intention de quitter la ville.

     

    Lire aussi (en édition abonnés) :   Syrie : témoignage d’un habitant d’Alep

     

    Offensive depuis le 22 septembre

     

    Jadis capitale économique du pays, Alep est aujourd’hui une ville dévastée par des bombardements incessants et de violents combats menés par les forces du régime de Bachar Al-Assad, qui entendent conquérir la partie de la ville leur échappant depuis quatre ans. Le régime syrien et son allié russe mènent depuis le 22 septembre une offensive d’envergure pour reprendre les quartiers rebelles.

     

    Plus de 430 personnes ont péri dans des bombardements massifs de l’est d’Alep depuis le début de cet assaut, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). En outre, 82 habitants ont été tués par des tirs rebelles sur les secteurs tenus par les forces du régime, dans l’ouest de la ville, d’après cette même source.

     

    Lire aussi (en édition abonnés) :   Syrie : pourquoi cette férocité sans précédent à Alep ?

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  • Maison Blanche: Obama attaque violemment Trump à la veille du dernier débat

    Par AFP 18 octobre 2016 à 19:00 (mis à jour à 20:11)     LIEN
     
     
     

    Le président américain Barack Obama, le 18 octobre 2016 à Washington Photo Nicholas Kamm . AFP

    Le président Barack Obama a violemment attaqué mardi Donald Trump à la veille du troisième et dernier débat présidentiel, accusant notamment le candidat républicain d’être «irresponsable» lorsqu’il affirme que l’élection du 8 novembre sera truquée.

    «C’est irresponsable et, entre nous, cela ne montre pas (les qualités) de dirigeant et de fermeté que l’on attend d’un président», a déclaré M. Obama lors d’une conférence de presse à Washington avec le chef du gouvernement italien Matteo Renzi. «Vous commencez à pleurnicher alors que la partie n’est même pas terminée».

    «Je n’ai jamais vu de ma vie, ou dans l’histoire politique moderne, un candidat à la présidentielle chercher à discréditer les élections et le processus électoral avant que le vote n’ait lieu. C’est sans précédent et ce n’est basé sur aucun fait», a insisté M. Obama.

    «Je conseillerai à M. Trump d’arrêter de pleurnicher et d’essayer de défendre ses opinions pour obtenir des suffrages», a-t-il ajouté.

    Le président américain a également critiqué le candidat républicain pour ses propos flatteurs sur le président russe Vladimir Poutine, là encore «sans précédent dans la politique américaine».

    - Trump enflamme ses partisans -

    Cette attaque est intervenue à la veille du dernier débat télévisé entre Donald Trump et Hillary Clinton. Le milliardaire républicain y arrive à la traîne dans les sondages, affaibli par les révélations sur son comportement déplacé envers les femmes.

    Ce débat de 90 minutes aura lieu à l’université du Nevada à Las Vegas. Au programme: dette, immigration, économie, Cour suprême, les points chauds dans le monde, et la capacité de deux candidats à être président.

    Comme à son habitude, Mme Clinton s’y est minutieusement préparée. Elle n’avait aucun événement public prévu lundi et mardi.

    Comme à son habitude aussi, Donald Trump a continué à faire campagne, enflammant ses partisans, chaque jour plus agressif envers son adversaire démocrate et critiquant sans relâche une élection selon lui déjà truquée. Il avait encore deux meetings prévus mardi dans le Colorado.

    «Les gens qui sont morts il y a dix ans votent encore, les immigrants clandestins votent», avait-il tonné lundi soir, dans un meeting à Green Bay dans le Wisconsin. «La fraude est très, très banale».

    Une affirmation contredite par les experts et par certains élus républicains très mal à l’aise, mais qui fait mouche auprès de ses partisans, d’où l’attaque de M. Obama.

    - Révélations gênantes pour Clinton -

    Dans le climat particulièrement destructeur de cette campagne 2016, 41% des électeurs américains, et 73% des républicains pensent que l’élection pourrait effectivement être volée à Trump, selon un sondage Politico/Morning Consult.

    M. Trump, qu’une dizaine femmes ont accusé d’avoir eu des gestes sexuels déplacés, parfois il y a très longtemps, continue à répéter qu’il ne s’agit que de «mensonges» fabriqués de toutes pièces.

    Sa femme Melania est exceptionnellement sortie de son silence pour le défendre. Elle est revenue sur l’enregistrement désastreux de 2005, qui a fait surface le 8 octobre, dans lequel Trump affirmait qu’étant une star il pouvait faire ce qu’il voulait à une femme.

    Selon Mme Trump, ces propos «de garçons» ne ressemblaient pas à son mari. «Il a été poussé par son hôte à dire des choses sales et mauvaises», a-t-elle déclaré sur CNN.

    Melania Trump a aussi estimé mardi sur Fox que la succession d’accusations visant son mari était «organisée par l’opposition» démocrate, à mesure que l’élection se rapproche.

    Cette fin de campagne aurait pu être facile pour Mme Clinton. Mais elle a aussi son lot de révélations gênantes: des milliers d’emails du président de sa campagne John Podesta ont été piratés par Wikileaks et sont publiés quasi chaque jour. Ils montrent les calculs de sa campagne, son extrême contrôle, ses liens avec Wall Street à travers ses discours payés dont certains ont été publiés.

    Les sondages lui sont cependant de plus en plus favorables.

    Mme Clinton est désormais à 45,9% contre 39% des intentions de vote au niveau national, selon une moyenne des derniers sondages. Et elle est en tête dans la plupart des Etats-clés où se jouera l’élection, à l’exception de l’Ohio, la Géorgie, l’Iowa et l’Arizona.

    Dans ce dernier Etat, qui a voté républicain aux quatre dernières élections présidentielles, l’écart s’est cependant nettement réduit et les démocrates y enverront jeudi une arme de choc, la très populaire et dynamique Michelle Obama.

    AFP
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  • La Syrie refroidit les relations diplomatiques entre Moscou et Paris

     

    media Photo d'illustration. Les présidents français et russe, François Hollande et Vladimir Poutine, en avril 2015 au Kremlin. AFP/ALAIN JOCARD

     

    Les tensions diplomatiques entre Paris et Moscou liées à la guerre en Syrie ont culminé ce mardi 11 octobre. Le président russe Vladimir Poutine a annulé sa visite à Paris prévue le 19 octobre. Paris avait publiquement affiché son embarras en raison des « crimes de guerre » commis par le régime de Bachar el-Assad à Alep avec le soutien de l'aviation russe.

     

    Avec notre correspondante à Moscou,  Muriel Pomponne

     

    L’information est venue de Paris avant d’être confirmée par le Kremlin. L’Elysée avait donc proposé au président russe une réunion de travail avec pour thème unique : la situation en Syrie. Manifestement, cet ordre du jour ne convenait pas à Vladimir Poutine qui a souhaité reporter la visite, ajoutant qu’il rencontrera François Hollande quand celui-ci sera prêt.

     

    Cette visite en France du président russe était prévue de longue date puisqu’il devait inaugurer à Paris le nouveau centre spirituel et culturel russe. Mais entre-temps, la guerre en Syrie a considérablement tendu les relations entre Paris et Moscou. D’après certaines sources moscovites, la visite pourrait être reportée au printemps 2017.

     

    La Syrie, le dossier de la discorde

     

    « Je concevais cette visite uniquement si elle permettait de parler de la Syrie et uniquement de la Syrie », a réagi François Hollande en marge de sa visite au Conseil de l’Europe. Une visite exceptionnelle puisque la dernière visite d’un chef de l’Etat remonte à celle de Jacques Chirac en 1997.

    Et d’ajouter : « Il a préféré reporter cette visite, ce qui n’empêchera pas d’autres occasions de discussions, mais il ne viendra pas à Paris. Dès lors qu’il sera possible, et je le souhaite, que la Russie puisse être véritablement décidée de faire cesser les bombardements auxquels elle participe en soutenant le régime syrien, je suis prêt à tout instant à prendre le chemin du dialogue. »

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  • Actualité   International

    Etats-Unis: le magazine Foreign Policy rompt avec la tradition, soutient Clinton

    AFP
    Publié le 10/10/2016 à 16:49 | AFP

     
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  • Election américaine : « le débat le plus atroce de l’histoire politique », selon la presse

    Pour les médias américains, Hillary Clinton sort victorieuse de ce deuxième débat, marqué par les coups bas et l’étalage d’affaires privées.

    LE MONDE | 10.10.2016 à 14h44 • Mis à jour le 10.10.2016 à 14h59 | Par Pierre Bouvier et Cécile Bouanchaud    LIEN

    Avant le débat du 9 octobre, à l’université de Saint Louis (Missouri).

    Le débat des coups bas. C’est en substance le constat que dresse l’ensemble de la presse américaine, quelques heures après la fin du deuxième débat présidentiel entre Hilary Clinton et Donald Trump. D’une même voix, les médias déplorent la pauvreté des échanges entre la démocrate et le républicain, les éditorialistes donnant toutefois l’avantage à Hillary Clinton.

    Lire aussi :   Donald Trump étrillé par son propre camp après la révélation de nouveaux propos sexistes

    Le New York Times, qui a récemment annoncé son soutien officiel à Hillary Clinton, a publié un éditorial évoquant « des attaques personnelles qui prédominent un débat abrasif ». Selon le journal, Donald Trump s’est contenté durant le débat de lancer une salve d’attaques contre Hillary Clinton, en déterrant notamment les frasques sexuelles de Bill Clinton.

    Dans les cordes après la divulgation de ses propos dégradants sur les femmes, lâché par nombre de ténors républicains à moins d’un mois de l’élection présidentielle du 8 novembre, le candidat républicain a en effet opté pour un affrontement très personnel.

    Cette posture de Donald Trump profite à Hillary Clinton, selon le New York Times :

    « Mme Clinton se présente à nouveau comme la seule personne adulte sur scène ; la seule qui cherche à convaincre la grande majorité des Américains qu’elle partage leurs valeurs et leurs aspirations. M. Trump, en revanche, se cache derrière les parades qu’il utilisait déjà lorsqu’il faisait de la télé-réalité ou qu’il animait des combats de catch, montrant, au passage, à quel point il est cynique. »

    Indigence

    Le Washington Post déplore également l’indigence de ce débat durant lequel aucune question de fond n’a été abordée. Selon le journal, Donald Trump sort « isolé » et « politiquement affaibli » de ces quatre-vingt-dix minutes de direct.

    « Jamais dans l’histoire des débats on n’a vu de telles attaques, un tel langage corporel et de tels échanges. Tout cela traduit la profondeur des divisions et des désaccords, non entre les deux candidats, mais entre les deux Amérique. »

    Un avis partagé par nombre d’éditorialistes de la presse américaine. « Un bien triste spectacle à Saint-Louis », commente l’un d’eux dans le Boston Globe.

    CNN titre sur « un sale combat », alors que le Miami Herald évoque un « méchant débat » rythmé par « de nouveaux scandales ». « C’étaient les quatre-vingt-dix minutes les plus atroces de l’histoire politique moderne des Etats-Unis », juge le Dailybeast.

    « C’était le débat le plus laid de l’histoire américaine », abonde Politico. Le site revient sur les « insultes non-stop » et la « méchanceté » qui ont parsemé ce débat. « Donald Trump et Hillary Clinton ont échangé les amabilités, se traitant de menteur, de personne peu digne de confiance, inapte à exercer la fonction présidentielle, s’attaquant non à leurs différences politiques mais à leurs traits de caractère », résume Politico.

    Selon le Dailybeast, ce débat ne présage rien de bon pour la suite de la campagne, qui risque de ressembler à « un combat de rue entre l’une des candidates les plus expérimentées de tous les temps et un animateur de télé-réalité pugnace qui n’a rien à perdre ».

    Réconfort

    Au moment où le destin de la campagne de Donald Trump est en jeu, les élites du Parti républicains souhaitaient « voir leur candidat montrer un peu de remord ou faire acte de contrition lors de ce second débat. […] Donald Trump a pris le parti inverse », écrit le site Vox.

    « La combinaison d’immenses pouvoirs dans les mains d’un individu incapable d’écouter les opinions opposées serait effrayante. Qu’il ne puisse se retenir d’attaquer son adversaire au moment où il aurait dû faire profil bas illustre à quel point cette tendance est ancrée en lui. »

    A la question de savoir qui sort vainqueur de ce deuxième débat, la presse américaine semble unanime, préférant l’intervention de Hillary Clinton. Selon un sondage CNN-ORC, 57 % des personnes ayant regardé le débat ont donné la victoire à Hillary Clinton, contre 34 % à Donald Trump. Mais elle fait moins bien qu’après le premier débat, dont elle avait été jugée victorieuse par 62 % des téléspectateurs interrogés contre 27 % pour son rival républicain.

    Deux éditorialistes de NBC considèrent que, si Hillary Clinton a remporté ce débat, Donald Trump s’est battu de façon plus convaincante que la première fois. « Si Trump est parvenu à offrir un réconfort moral à sa base, il l’a fait en sortant du cadre normal de la politique américaine », analysent les deux journalistes.

    Pour le Huffington Post, Donald Trump n’a baissé le masque qu’à la fin du débat. Au moment de conclure, les deux adversaires ont été invités à dire quelque chose de sympathique sur leur concurrent. Hillary Clinton a complimenté Donald Trump sur ses enfants, tandis que le candidat républicain a salué la résistance de la candidate démocrate : « Je dirais cela de Hillary. Elle n’abandonne jamais. Elle ne jette jamais l’éponge. Je respecte cela […] C’est une battante. »

    Invectives

    Donald Trump est arrivé au débat amoché mais libéré, estime le Wall Street Journal. Amoché par les dégâts infligés à sa campagne par la publication de sa vidéo. Libéré du Parti républicain, dont il a fait sécession, et qui appelle à son abandon de la course présidentielle. Pendant la première partie du débat, chargée d’invectives, il a semblé incapable de se maîtriser, avant de revenir à une forme de débat « traditionnel », avec des réponses substantielles, à l’inverse de sa performance du 26 septembre.

    Seul un éditorialiste du New York Post considère que Donald Trump s’est mieux battu que sa rivale. « Après dix minutes au cours desquelles il semblait laisser libre cours à sa rage envers Bill Clinton, Donald Trump a réussi l’impossible : se reconcentrer sur le débat, exercice dont il s’était montré incapable il y a deux semaines », peut-on lire dans le tabloïd américain.

    Sans surprise, le site ultraconservateur Breitbart estime que Donald Trump remporte la partie. « Clinton s’écroule, Trump domine », titre le site pro-Trump. « C’est une femme qui n’a pas l’étoffe pour être élue, qui n’a rien pour être aimée et dont le plus grand succès est d’être mariée à un violeur en série », écrit le blogueur Matt Walsh sur The Blaze, un site conservateur.

    « Elle n’est pas prête pour débattre aux heures de grande écoute, ne l’a jamais été et ne le sera jamais, comme cette soirée l’a montré. Je ne sais pas ce que vont dire les sondages, mais dans mon canapé, je dirais que Trump a gagné, facilement. Il a mis Hillary [Clinton] sur la défensive, l’a poussée à répondre de manière évasive sur son serveur de messagerie ou sur les agressions sexuelles commises par son mari. Surtout, à de nombreuses occasions, il est parvenu à faire ressortir son côté “marâtre”. »

    Lire aussi :   Présidentielle américaine : Donald Trump, un homme dangereux

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  • Antonio Guterres, la caution de l’autorité morale à la tête de l’ONU

     

    © Kena Betancur, AFP | Antonio Guterres justifie sa candidature face à la presse, le 12 avril 2016    LIEN

    Vidéo par FRANCE 24

    Texte par Priscille LAFITTE

    Dernière modification : 06/10/2016

     

    Antonio Guterres est nommé à la tête des Nations unies. Moscou et Washington, en froid sur le dossier syrien, sont tombés d'accord sur le nom de l'ancien Premier ministre du Portugal. Récit d’une ascension.

     

    Antonio Guterres succède officiellement à Ban Ki-moon au poste de secrétaire général de l’ONU, après le vote unanime du Conseil de sécurité à New York, ce jeudi 6 octobre. Il ne lui manque plus que l’adoubement de l’Assemblée générale des Nations unies – ce qui ne devrait être qu'une formalité – pour franchir la dernière étape de cette élection et entrer en fonction le 1er janvier 2017.

    adopts by acclamation the recommendation of Antonio Guterres as ! pic.twitter.com/yhGYg4oWzB

     

    >> Pour voir les photos et vidéos sur vos téléphones et tablettes, cliquer ici. <<

     

    L’unanimité affichée par le Conseil de sécurité est rarissime. Ces dernières semaines avaient plutôt été l’occasion d’une guerre ouverte entre les États-Unis et la Russie au sujet de la Syrie, les deux grandes puissances ayant décidé de mettre un terme aux discussions interminables, et renoncé à trouver les conditions d’un cessez-le-feu. Mercredi, la représentante américaine Samantha Power, et son homologue russe Vitali Tchourkine, sont apparus côte à côte, visiblement satisfaits du compromis trouvé : "Aujourd’hui, nous avons un grand favori. Son nom est Antonio Guterres", a déclaré le représentant russe, qui assure, ce mois-ci, la présidence tournante du Conseil. Et M. Tchourkine de souhaiter, avant même le vote définitif de l’Assemblée générale, "tout le bien à M. Guterres en s’acquittant de ses devoirs de secrétaire général des Nations unies ces cinq prochaines années".

     

    Ban Ki-moon phones Antonio Guterres to congratulate him on being nominated by Security Council as . "He is a superb choice,"Ban said.

     

     

    Le candidat d'un consensus par défaut

     

    Comment cet homme âgé de 67 ans, polyglotte, ancien Premier ministre socialiste du Portugal de 1995 à 2002, s’est-il mué en homme providentiel qui mette d’accord les États-Unis et la Russie, et offre à l'ONU un rare moment d’unité ? Il y a encore quelques semaines, un autre consensus régnait : le poste du Coréen Ban Ki-Moon devait revenir à une femme d’Europe de l’Est. Jamais encore les Nations unies n’ont été dirigées par une femme, et la nécessité d’un changement était apparu urgente, y compris aux yeux de Ban Ki-moon : "Il est grand temps", avait déclaré le secrétaire général en août dernier. L’heure était également venue pour l’ex-bloc soviétique, vaste région allant de la Slovénie à l'Asie centrale, de briguer ce poste prestigieux, alors que le Moyen-Orient avait été représenté à la tête de l'organisation par l’Égyptien Boutros Boutros Ghali, l’Afrique, par le Ghanéen Kofi Annan, et depuis une décennie, l’Asie était représentée par Ban Ki-moon. Une loi implicite aux Nations unies encourage un turn-over pour assurer une représentativité des grandes zones d’influence mondiale.

     

    Or Antonio Guterres est Européen, fervent catholique, et avait pris ouvertement position, en tant que Premier ministre du Portugal, contre la libéralisation de l’avortement dans son pays. Un profil qui manquait d’atouts par rapport à la candidature de la Bulgare Irina Bokova, directrice générale de l’Unesco, qui aurait dû réunir les suffrages. Mais les Américains n'ont pas pu pas lui pardonner d’avoir fait entrer la Palestine à l’Unesco... ni ignorer son CV, marqué d’une formation universitaire à Moscou, dans le prestigieux Institut des relations internationales qui a formé nombre de cadres russes. Voyant sa protégée écartée de la course, la Bulgarie a proposé un second nom, celui de Kristalina Georgieva, l'actuelle commissaire européenne au Budget, qui a aussi dirigé l’Aide humanitaire à Bruxelles.

     

    Cette candidature a-t-elle été trop tardive pour être sérieusement prise en compte ? Elle était en tout cas appuyée par la chancelière allemande Angela Merkel, mais avait l’inconvénient d’être étiquetée un peu trop "pro-occidentale" pour être adoubée par Moscou. "Visiblement, les États n’étaient pas prêts à entériner ce progrès que beaucoup attendaient, celui d’avoir une femme à la tête de l’ONU. C’est une grande déception, y compris au sein de l’organisation onusienne, même si Guterres est très bien vu", rapporte Émmanuel Saint-Martin, correspondant de France 24 à New York.

     

    >> À lire sur France 24 : "Le pari fou de la Bulgare Kristalina Georgieva, en course pour succéder à Ban Ki-moon"

     

    À défaut d’être la tête d’affiche idéale, le nom d’Antonio Guterres apparaît aujourd’hui comme un "excellent choix" aux yeux de Ban Ki-moon, et le fruit d’un compromis difficilement arraché à la fois aux États-Unis et à la Russie. Il est celui qui permet aux deux grandes puissances de faire main basse sur d’autres postes tout aussi stratégiques : Washington veut continuer à diriger le département des affaires politiques de l’ONU, où est nommé l’Américain Jeffrey Feltman depuis 2012. En contrepartie, la Russie cherche à obtenir le poste de vice-secrétaire général de l'ONU, ainsi qu'une levée des sanctions européennes sur l’Ukraine. De son côté, la Chine ne veut pas être en reste dans la distribution de postes-clés. Quant à l'État hébreu, qui a toutes les raisons d’être opposée à la candidature d’Antonio Guturres vu ses déclarations ouvertement pro-palestiniennes par le passé, il reste mutique et ne pose pas publiquement d’embûches au travers du chemin tout tracé pour l'homme politique portugais.

     

    La caution de l’autorité morale

     

    Ces tractations en sous-main échappent de peu aux médias, puisque, malgré les grandes déclarations sur la transparence historique et les règles du jeu plus lisibles de cette élection, celle-ci se déroule en grande partie à huis-clos. Même le vote officiel du Conseil de sécurité, ce jeudi, se déroule portes closes. "Tant de cachotteries n’est pas dans les habitudes de l’ONU, encore moins lorsqu’il s’agit d’un vote solennel", souligne un fin connaisseur du système onusien souhaitant rester anonyme.

     

    Antonio Guterres a des atouts pour se faire apprécier médiatiquement, il a pour lui une carte de visite qui lui ouvre naturellement les portes : il vient de passer 10 ans (2005-2015) à la tête du HCR, le Haut-Commissariat aux Réfugiés, et à ce titre, a dû faire face à la pire crise humanitaire depuis des décennies, l’arrivée massive de réfugiés syriens sur les sols turcs, libanais et européens. "Si on compare l’effort fait l’Union européenne dans son ensemble, par rapport à l’effort fait par le Liban, la Jordanie, ou la Turquie, il faut reconnaître que ce qu’on demande à l’Europe n’est pas énorme. D’ailleurs l’Europe est un continent qui a besoin de migration", déclarait, l’an dernier, Antonio Guterres, patron du HCR, sur France 24.

     

     

     

    Son action et sa détermination ont été salués par les ONG qui travaillent sur le sujet des réfugiés. Incarnation d’une autorité morale forte, Antonio Guterres s’est fait apprécier de la société civile alors que la prudence de Ban Ki-moon a souvent agacé. "Le Conseil de sécurité a choisi un défenseur fervent et efficace des réfugiés qui a le potentiel d’adopter un ton radicalement différent sur les droits de l’Homme en cette période de grands défis", se félicite ainsi Louis Charbonneau, en charge des questions onusiennes au sein de l'ONG Human Rights Watch, interrogé par Le Monde. Ce long passage à la tête d’une des plus puissantes institutions de l’ONU lui permet également de connaître dans le détail les arcannes et les chausse-trappes de l'institution.

    UN Security Council choice of Antonio Guterres as next UN chief opens door to radically new tone on human rights at time of great challenges

     

    >> A regarder sur France 24 : entretien avec Antonio Guterres, haut commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, en septembre 2014

     

    Grand orateur, surnommé pendant ses années de député socialiste au Parlement portugais "le marteau-piqueur parlant", l’homme a le verbe haut et la formule facile. Il sait pourtant bien manœuvrer, et cette habilité politique lui a permis de faire consensus et de se faire élire au secrétariat général de l’ONU. Pris entre le marteau américain et l’enclume russe, Antonio Guterres n’a pas les mains libres. C’est tout le paradoxe de ce poste que souligne Louis Charbonneau : "Que ce soit sur la Syrie, le Yémen, le Soudan du Sud, la crise des réfugiés ou le changement climatique, il sera jugé sur sa capacité à tenir tête aux puissances qui l’ont choisi".

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  • Décryptage

    Echanges de votes pour bloquer Trump : comment ça marche ?

    Par Estelle Pattée 6 octobre 2016 à 13:46      LIEN
     
     
     

     

     

    Donald Trump mercredi à Henderson (Nevada). Photo Ethan Miller. AFP

     

    Des républicains, déçus par la désignation du milliardaire, ont créé une application sur mobile pour l'empêcher d'accéder à la Maison Blanche.

    «En votant de façon stratégique en 2016, les républicains peuvent encore éviter le pire scénario : Trump s’emparant de la Maison Blanche», avertit le site Republicans for Clinton in 2016 (R4C16). Ce réseau a été créé par deux anciens responsables de l’administration de George W. Bush, John Stubbs et Ricardo Reyes, qui considèrent le candidat Donald Trump comme «inapte à la présidence» et soutiennent, de fait, Hillary Clinton. Pour faire barrage à Trump, ils ont mis en place un système de vote swapping (échange de votes), une pratique loin d’être récente mais qui pose question.

    Republicans4Clinton @r4c16

    We are Republicans who believe our party’s nominee is a disaster. https://www.washingtonpost.com/blogs/right-turn/wp/2016/08/10/the-anti-trump-gop-stampede-begins/?postshare=4311470836746518&tid=ss_mail 

    Photo published for The anti-Trump GOP stampede begins

    The anti-Trump GOP stampede begins

    Republicans against Trump organize.

    washingtonpost.com

    «Nous sommes des républicains qui estimons que notre candidat est une catastrophe.»

    Pourquoi échanger son vote ? 

    Vous êtes républicain, mais comme les deux fondateurs du site, vous êtes déçu par la désignation de Donald Trump ? Vous ne voulez pas non plus voter pour Hillary Clinton, démocrate, et envisagez donc un vote contestataire, en donnant votre voix à un candidat tiers : le libertarien Gary Johnson. Problème : vous résidez dans un swing state, un Etat clé, qui peut faire basculer l’élection, tel la Floride, la Caroline du Nord, l’Ohio, la Pennsylvanie et le Texas. Voter pour un candidat tiers dans ce type d’Etat pourrait favoriser Trump. La solution : trouvez un ami dans un Etat «sûr», bleu ou rouge, qui souhaite voter pour Hillary Clinton. Vous lui demandez de voter pour Gary Johnson, en échange de quoi vous voterez pour Hillary Clinton. Un échange qui permet de ne pas trahir vos convictions, tout en faisant barrage à Trump.

    Pour faciliter le processus, R4C16 a lancé une application, explicitement intitulée #NeverTrump, qui permet de trouver plus facilement des amis dans les Etats clés et les Etats sûrs. Seul problème : tout se fait sur l’honneur. Rien n’empêche donc un électeur de changer d’avis au dernier moment.

    Download the app to help find a friend: http://apps.trimian.com/nevertrump 

    #NeverTrump icon

    #NeverTrump

    Red or Blue, we must all unite to defeat Trump this election.

    «Téléchargez l’application qui vous aide à trouver un ami.»

    Est-ce légal ?

    Acheter un vote est illégal mais qu’en est-il de l’échange de votes, qui ne suppose aucune valeur monétaire ? La question s’est posée lors de l’élection présidentielle de 2000, où a été utilisé pour la première fois l’échange de votes par Internet. L’élection était très serrée entre le républicain George W. Bush et le démocrate Al Gore. Dans une tribune publiée sur Slate, le 25 octobre 2000, le professeur de droit à l’American University de Washington Jamin Raskin proposait donc que les partisans de Ralph Nader (le candidat écologiste), qui vivaient dans les swing states, échangent leurs votes sur Internet avec des partisans d’Al Gore, résidents dans les Etats où le résultat de l’élection était acquis. De nombreux sites d’échanges de votes ont été créés, à l’instar de Votexchange, Nader Trader ou encore Voteswap 2000.

    Mais la veille du vote, le site Voteswap 2000, basé à Los Angeles, a fermé subitement, tout comme Votexchange. En cause : les propriétaires des sites ont reçu un avis du secrétaire d’Etat de Californie, Bill Jones, qui estimait que le vote swapping viole la loi de l’Etat. Il faudra attendre 2007 pour qu’une cour d’appel des Etats-Unis statue enfin. Elle juge l’échange de votes conforme à la Constitution et estime que le secrétaire d’Etat, en faisant pression sur ces sites, a violé le premier amendement, qui protège notamment la liberté d’expression.  

    Peut-il vraiment avoir un impact sur le résultat ?

    Tous les Américains se souviennent de l’élection de 2000, qui a vu le rôle déterminant du troisième candidat, Ralph Nader, dans la défaite d’Al Gore, dans l’Etat clé de Floride. «Ne laissez pas Gary Johnson être le Ralph Nader de l’élection 2016», appelle aujourd’hui le site Republicans for Clinton in 2016. En 2000, le vote swapping n’a pas eu les résultats escomptés. Pour les créateurs de R4C16, cités par Mother Jones, ces sites d’échanges de votes ont émergé trop tard, seulement quelques semaines avant l’élection et Internet n’était pas aussi développé et omniprésent qu’aujourd’hui.

    A lire aussi:Ils ont bousculé le bipartisme

    L’échange de vote semble encore aujourd’hui un phénomène marginal. L’application #NeverTrump ne dépasse pas la centaine de téléchargements sur mobile. «Le candidat Gary Johnson n’a pas l’étoffe de Ralph Nader, surtout après sa gaffe sur Alep», ajoute le politologue américain Daniel Warner.  

    Pour Anne Deysine, professeure des universités à Paris-II et spécialiste des questions politiques et juridiques aux Etats-Unis, «l’échange de votes est un exemple des limites, dans ce pays, de la démocratie représentative. Les deux candidats sont les plus mal aimés de l’histoire politique américaine mais les électeurs savent qu’ils doivent quand même voter pour l’un ou pour l’autre.»

    Estelle Pattée
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  • Maroc : en 5 questions, les élections législatives du 7 octobre

    Pierre-Olivier Rouaud ,

    Publié le 06/10/2016 À 06H00      LIEN

    Ce vendredi le Maroc vote pour le renouvellement de sa chambre basse et le choix du chef du Gouvernement. Avec le choc entre les islamistes du PJD actuellement au pouvoir et le PAM réputé proche du palais royal. Quelle que soit l'issue, la politique économique, notamment celle favorables aux investissements étrangers ne devrait pas changer.

    Maroc : en 5 questions, les élections législatives du 7 octobre Abdelilah Benkirane, chef du gouvernement © dr

       

      1/ un scrutin pour quoi faire ?

      Ce 7 octobre se déroulent au Maroc les élections législatives pour l'essentiel à la proportionnelle à un tour avec un seuil électoral fixé à 3% pour permettre à un maximum de partis politiques d’être représentés au Parlement. Ce seuil était de 6% en 2011. Ces élections sont destinées à renouveler la Chambre des représentants, (chambre basse, autrement dit les députés) et bien sûr déterminer le nouveau Chef du gouvernement, actuellement l’islamiste Abdelilah Benkirane, et ensuite l’ensemble du gouvernement en place. Ce scrutin est particulier car c’est le premier renouvellement des Représentants depuis les élections de fin 2011.

      Celles-ci s’étaient déroulées sur la base de la nouvelle constitution promulguée le 30 juillet 2011. Ce texte fondamental avait été initié par le roi et chef de l’Etat Mohammed VI dans le contexte des Printemps arabes et d'une série de manifestations au Maroc. Cette constitution limite (un peu) les prérogatives royales et dispose que le roi se doit de choisir le Chef du gouvernement au sein du Parti arrivé en tête. Celui-ci détermine et conduit sa politique générale. A l’issue du scrutin du 25 novembre 2011, Abdelilah Benkirane, 62 ans, avait été désigné Chef de gouvernement, son parti le PJD ayant emporté 27,08% des suffrages. Il est depuis à la tête d’un cabinet de coalition qui a été remaniée en octobre 2013, suite au départ d'un de ses partenaires le Parti de l'Istiqlal.

      2/ quels chiffres clés ?
      Pour ce scrutin, le 10ème depuis l’indépendance, il y a 15,7 millions d’électeurs inscrits pour une population de 34 millions d’habitants. Les expatriés ne votent pas. L’abstention, traditionnellement forte, sera suivie avec attention. Elle s'élevait à 54% en 2011 et est une des clés du scrutin de cette année. Il y a 395 sièges à pourvoir à la Chambre dans 92 circonscriptions, dont 305 directement. Particularité : 60 sièges sont en effet réservés aux femmes et 30 aux candidats de moins de 40 ans. Dans l’ensemble, les observateurs estiment que les élections de 2011 s’étaient déroulées dans d’assez bonnes conditions générales de transparence. Pour ces législatives, 4 000 observateurs nationaux et internationaux ont été accrédités par les autorités et seront déployés sur le terrain. La campagne officielle a débuté le samedi 24 septembre.

      3/ qui se présente ?
      Selon une communication de ministère de l'Intérieur, fin septembre, au total 1410 listes et 6 992 candidatures ont été déposées.Une trentaine de partis sont en lice. Du fait notamment du taux persistant d’analphabétisme (un tiers de la population), ils sont tous représentés par un symbole : tracteur, lampe, colombe, rose, cheval, etc…

      Actuellement, seules huit formations ont un réel poids parlementaire :

      Parti de la justice et du développement - PJD (islamo-conservateur : 27,08 % des voix en 2011)
      Parti de l'Istiqlal - PI (droite conservatrice : 15,19 %)
      Rassemblement national des indépendants - RNI (centre droit : 13,16 %)
      Parti authenticité et modernité - PAM (centre : 11,90 %)
      Union socialiste des forces populaires - USFP (gauche : 9,87 %)
      Mouvement populaire - MP (ancrage berbère : 8,10 %)
      Union constitutionnelle - UC (centre droit) : 5,82 %)
      Parti du progrès et du socialisme - PPS (ex-communistes : 4,55 %).

      Les partis de l’actuelle coalition au pouvoir (Gouvernement Benkirane II) sont le PJD, le RNI, le MP et le PPS mais ils partent en ordre dispersé.

      A noter pour cette élection, la présence d’une coalition à la gauche de la gauche, la FGD (Fédération de la gauche démocratique) avec la seule femme chef de file de parti, Nabila Mounib qui milite notamment pour l’instauration au Maroc d’une monarchie parlementaire proche des modèles d’Europe du nord. Influent au sein des milieux populaires, le mouvement islamiste (toléré mais non officiel) prônant la charia Al Adl wal ihssane (Justice et Bienfaisance) a pour sa part appelé au boycott des élections.

      4/ quels sont les enjeux de pouvoir ?
      Ces élections sont surtout perçues par l’opinion et les médias au Maroc comme celles d'un choc, l’affrontement entre les islamistes du PJD et leur leader Abdelilah Benkirane d’une part, et le Parti authenticité et modernité (PAM) conduit par Ilias El Omari (photo) d’autre part.

      Le leader du PJD, qui fut proche des Frères musulmans, est à ce jour le seul premier ministre islamiste du monde arabe à avoir conduit un mandat complet sans heurts. Une deuxième mandature serait une consécration, ce que redoutent les milieux libéraux urbains. Ceux-ci craignent un islamisation progressive de la société, peu apparente à ce jour mais qui se manifeste en creux sur les questions de société, à savoir un immobilisme total sur des questions comme les relations sexuelles hors mariage toujours criminalisées ou l'homosexualité.

      Le PAM créé par des proches du Palais royal en 2008 est réputé très lié à l’entourage du roi Mohammed VI. S’opposeraient donc pour beaucoup dans ce scrutin deux valeurs fondamentales : l’ismalo-conservatisme avec le PJD en phase avec une bonne partie de la société et un modernisme et le libéralisme économique tempéré avec le PAM. Mais les équations sont plus complexes. De plus au niveau local, certains candidats bien placés ont des parcours sinueux, les personnalités l'emportant souvent sur des couleurs partisanes. Des salafistes revendiqués se présentent sur certains listes locales de plusieurs partis officiellement non islamistes comme l'Istiqlal.

      Le roi ne vote pas, mais chacun a en tête dans ces élections le poids et l'influence du Makzhen (état profond). Benkirane tout en clamant  son  plus grand loyalisme à la monarchie et à "M6", dénonce souvent par allusion les "forces obscures". Mohamed Nabil Benabdallah, un ministre PPS qui s'était récemment prété à cet exercice à demi mot s'est lui fait aussitôt publiquement rabrouer par un communiqué du cabinet royal.

      Pour les investisseurs étrangers, il y a extrêmement peu de risques que la politique économique actuelle favorable au libre-échange et aux investissements étrangers ne change. L'implantation incessante de nouvelles usines est le point fort de l'économie marocaine ces dernières années. À noter qu'après un fort trou d'air cette année (environ 1,5%) lié à la sécheresse, la croissance devrait repartir autour de 4,5% l'an prochain.

      5/ Quel bilan pour les islamistes sortants ?
      Les deux gouvernements Benkirane I et Benkirane II n’ont pas bouleversé le visage du Maroc. Au plan économique, respectant la sagesse budgétaire, le pays a poursuivi sa modernisation dans le cadre de grands plans d’impulsion royale avec un fort apport des IDE notamment dans l’automobile,  l’aéronautique et les ENR. Parmi les actifs du pouvoir exécutif figure notamment la réforme des subventions aux produits de base comme l'essence ("compensation") qui grevait lourdement le budget de l’Etat. Le FMI loue d'ailleurs régulièrement l’action du gouvernement sur les grands équilibres, mais les grands ministères économiques sont tenus pour l'essentiel par des non islamistes, parfois des personnalités de la société civile comme le ministre de l'industrie Hafid Elalamy, hommes d'affaires et ancien président du patornat (CGEM). Même si la dette repart actuellement à la hausse, le déficit budgétaire est sur la trajectoire des 3%

      Le gouvernement a augmenté le salaire minimum (SMIG) en deux fois de 10% sur ces cinq ans, et timidement engagé une indispensable réforme des retraites qui a ulcéré les syndicats. Les progrès concernant la corruption, surtout celle du quotidien sur laquelle les attentes populaires étaient grandes en 2011 sont très minces. L’éducation de base, défaillante et un des enjeux numéro 1 du pays, est resté quasi en l’état. Enfin, en matière de croissance, alors que Benkirane promettait lors des élections de 2011 5 à 6% par an, la courbe de la croissance a continué à évoluer, comme par le passé, en dents de scie, selon les bonnes ou mauvaises années agricoles.

      La baisse du prix du pétrole et le développement des industries d’exportation a permis de très fortement diminuer la pression extérieure sur les finances du royaume. Les taux directeurs de Bank al-Maghrib, la banque centrale, sont au plus bas historique de 2,5%. Le chômage officiel sera lui resté inchangé autour des 10% de la population active durant toute la mandature. De ce côté, les espoirs populaires ont été déçus. Enfin, alors que le pays accueille la COP22 à Marrakech à partir du 7 novembre, l'environnement a été très peu sujet de débats lors de cette campagne électorale.

      Question subsidiaire : qui peut gagner ?
      Impossible à estimer, les sondages sont interdits. Si l’image du PJD est quelque peu brouillée, notamment depuis plusieurs affaires de mœurs, Abdelilah Benkirane avec sa gouaille bénéficie d’un capital de sympathie certain dans l’opinion. Le PAM, bien sûr veut croire en sa victoire comme lors des dernières élections locales, les communales de 2015 où il a raflé 21% des sièges devant l'Istiqlal (16,2%) et le PJD (15,9%). Les islamistes avaient par contre raflé la quasi totalité des grandes villes du pays.
      Mais après le scrutin viendra peut-être le plus dur : la constitution d'un gouvernement de coalition. Ces derniers jours, Hamid Chabat, patron de l'Istiqlal et fort en gueule a jugé que toutes les combinaisons étaient possibles.

      Pierre-Olivier Rouaud

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    • Pourquoi la Colombie a voté « non » à l’accord de paix avec les FARC

      Les Colombiens ont rejeté, dimanche 2 octobre, l’accord de paix visant à clore cinquante-deux ans de conflit avec les Forces armées révolutionnaires.

      LE MONDE | 03.10.2016 à 18h06 • Mis à jour le 03.10.2016 à 18h28     LIEN

      Des soldats pendant le référendum sur l’accord de paix, le 2 octobre, à Bogota, en Colombie.

      Les Colombiens ont rejeté, dimanche 2 octobre, l’accord de paix visant à clore cinquante-deux ans de conflit avec la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Le « non » s’est imposé de peu lors de ce référendum, avec 50,2 % des voix contre 49,8 % en faveur du « oui ». Un résultat inattendu, qui a d’autant plus créé la surprise que ce pacte avait reçu un large soutien de la communauté internationale, et notamment de l’ONU.

      Le cessez-le-feu bilatéral et définitif, observé depuis le 29 août, « reste valide et restera en vigueur », a assuré le président Juan Manuel Santos ; tandis que, Timoleon Jimenez, alias « Timochenko », le chef des FARC, a réitéré l’engagement des guérilleros « à ne faire usage que de la parole comme arme de construction de l’avenir ». Toutefois, c’est bien un échec des négociations de paix que signe ce vote, projetant la Colombie dans l’inconnu.

      L’accord entendait, en effet, mettre fin à une confrontation armée aussi complexe qu’ancienne, née en 1964 d’une insurrection paysanne. Au fil des décennies, la rébellion marxiste des Forces armées révolutionnaires, qui compte encore 5 765 combattants, a impliqué guérillas d’extrême gauche, paramilitaires d’extrême droite et forces de l’ordre, faisant plus de 260 000 morts, 45 000 disparus et 6,9 millions de déplacés.

      Lire :   Accord de paix avec les FARC : la Colombie dans l’incertitude après le « non » au référendum

      Un accord jugé trop « laxiste »

      Conclu au bout de presque quatre ans de pourparlers, sous l’égide de Cuba et de la Norvège, pays garants, ainsi que du Venezuela et du Chili, accompagnateurs, l’accord comprenait six volets :

      • La fin des affrontements, avec le désarmement des guérilleros sous supervision d’une mission de l’ONU, qui a déjà vérifié la destruction de 620 kg d’explosifs. Les autorités s’étaient aussi engagées à combattre les gangs issus des milices paramilitaires.
      • La sortie, sans armes, des guérilleros des zones de concentration où ils se trouvaient.
      • Une réparation morale et matérielle des victimes, et une sanction pour les responsables de crimes graves. Des tribunaux spéciaux devaient être créés pour juger les guérilleros, les agents de l’Etat et les particuliers impliqués dans des exactions (enlèvements, viols, déplacements forcés, recrutement de mineurs). La plupart des ex-guérilleros devaient être amnistiés ou bénéficier de peines alternatives s’ils passaient aux aveux.
      • Un minimum de cinq sièges à la chambre des députés et cinq sièges au Sénat pour les FARC, qui devaient pouvoir en emporter davantage dès les prochaines élections en 2018.
      • Une réforme agraire pour la répartition des terres, l’accès au crédit et l’installation de services basiques en zones de conflit.
      • La fin des cultures illicites dans les zones d’influence des FARC, notamment de coca, assortie de sources alternatives de revenus pour les paysans et d’un programme de santé publique, afin de lutter contre le narcotrafic.

      Sur trois de ces points en particulier, les opposants à l’accord ont jugé le texte trop laxiste, selon Daniel Pécaut, directeur d’études à l’Ehess : « une certaine impunité, avec une justice aménagée de type transitionnelle pour les ex-FARC, l’idée d’une participation politique légale avec plusieurs sièges au Parlement et des aides financières intérimaires pour les ex-guérilleros de base. » Ce supposé « laxisme » a été vécu comme particulièrement insupportable eu égard « à l’hostilité » et même à la « fureur » que ressent une partie de la population contre les FARC, après de longues années de conflits sanglants, note M. Pécaut.

      Le « non » l’a largement emporté dans « de grandes bourgades provinciales situées dans des départements qui jouxtent les zones tenues par les groupes armés, où se concentrent une classe moyenne et une élite locale importante, qui ne supportent plus la proximité des zones rurales aux mains des groupes armés », ajoute-t-il.

      La crainte d’une agitation sociale

      Les FARC ont aussi accumulé les erreurs, d’après le média colombien El Espectador, qui cite notamment l’expression trop tardive d’un « pardon » pourtant très attendu par la population, ou encore l’assurance – trop tardive elle aussi pour convaincre – qu’ils déclareraient toutes leurs ressources et les verseraient aux victimes. Si nul ne connaît la valeur de ce butin, la revue Forbes a classé les FARC comme « le troisième groupe terroriste le plus riche du monde », d’après El Espectador.

      Selon Daniel Pécaut, une frange de la population craint également que la pacification de la Colombie n’engage le pays sur la voie de réformes qui permettront, finalement, l’expression de revendications sociales jusqu’alors étouffées par le conflit armé. « Les paramilitaires ont assassiné des leaders sociaux, les FARC ont essayé de les instrumentaliser, il n’y a plus d’espace de revendication sociale depuis trente ans », relève le chercheur.

      L’élite conservatrice craindrait donc une agitation sociale sur la base des criantes inégalités de revenus et de l’extrême concentration de la propriété terrienne, que les anciens guérilleros pourraient se charger de canaliser.

      Lire le point de vue :   « En Colombie, le danger va être la tentation des conservateurs de bloquer les changements »

      Un clivage très politique

      La polarisation entre les partisans du « oui » et ceux du « non » traduit toutefois, avant tout, le clivage entre l’actuel président centriste, Juan Manuel Santos, qui a consacré son mandat aux négociations de paix, et l’ancien président Alvaro Uribe (2002-2010), conservateur, qui a mené une campagne farouchement opposée à l’accord de La Havane.

      Pour son second mandat, le président Santos s’est largement fait élire avec la promesse de faire aboutir les négociations. « Il y a dépensé toute son énergie et n’a mené aucune autre grande réforme pour le pays, se discréditant peu à peu. Sa cote de popularité est très basse, autour de 20 %, tandis que celle d’Uribe atteint 60 % », explique Daniel Pécaut.

      L’ancien président, dont M. Santos était pourtant le ministre de la défense, a conservé le prestige de celui qui a modernisé l’armée colombienne et mené une lutte sans merci contre les FARC, largement approuvée par l’opinion publique. Alvaro Uribe, pourtant, se dit aujourd’hui favorable à la paix et la négociation, bien que dans des conditions différentes de celles prévues par l’accord de La Havane. Il espère une renégociation dont nul ne sait si elle sera possible.

      L’échec de cet accord plonge finalement la Colombie « dans une impasse, estime Daniel Pécaut, avec une société divisée par un clivage dont on ne sait plus très bien ce qu’il représente, tout le monde étant partisan d’une solution négociée ». Avec la marginalisation du camp réformiste et du président Santos, et l’élection présidentielle qui se profile d’ici un an et demi, la pacification du pays semble une nouvelle fois repoussée à des horizons incertains.

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