• Khartoum : disparition d'Hassan al-Tourabi, "pape noir du terrorisme"

    Khartoum : disparition d'Hassan al-Tourabi, "pape noir du terrorisme"

    Dans les années 1990, Hassan al-Tourabi avait accueilli au Soudan Carlos et Ben Laden. "Le Point" s'était entretenu avec ce francophone, diplômé de la Sorbonne.

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    Publié le 07/03/2016 à 13:10 | Le Point.fr Lien
    Hassan al-Tourabi, à l'occasion d'une rencontre avec "Le Point" à Khartoum.

    Hassan al-Tourabi, à l'occasion d'une rencontre avec "Le Point" à Khartoum. © Ian Hamel

    Disparu à l'âge de 84 ans samedi 5 mars, Hassan al-Tourabi, dirigeant des Frères musulmans soudanais, est à l'origine du coup d'État militaire qui a porté au pouvoir en 1999 le général Omar Hassan el-Bachir (un pouvoir que ce dernier n'a jamais quitté depuis). Il inaugure aussitôt un régime de terreur où purges et exécutions se succèdent. La torture est généralisée, les opposants disparaissent dans les « ghost houses », les villas fantômes des services secrets. Auteur d'une thèse à la Sorbonne sur « les pouvoirs de crise, dans les droits anglo-saxons et français comparés », Hassan al-Tourabi se rêve alors en leader du monde musulman. En 1991, il organise à Khartoum la première Conférence populaire islamique, réunissant le Who's Who du djihad sur les bords du Nil.

    Imaginez la Jama'at-i Islami pakistanaise devisant tranquillement avec le Front islamique du salut (FIS) algérien, le Djihad islamique de l'Égyptien Ayman al-Zawahiri, futur responsable d'Al-Qaïda, le Hamas palestinien et le Hezbollah libanais ! Car Hassan al-Tourabi entend réunir sunnites et chiites afin de « défier l'Occident tyrannique ». Autre personnalité conviée à cette Conférence populaire islamique, l'intellectuel suisse d'origine égyptienne, Tariq Ramadan, petit-fils d'Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans égyptiens.

    Il vend Carlos à la France

    Le Soudan accueille alors tous les musulmans, sans réclamer de visa, sans se soucier de leur passé criminel. Il leur attribue de vrais faux passeports soudanais. Parmi les plus “célèbres“, Illich Ramírez Sánchez, dit « Carlos », qui vient d'être chassé de la Syrie, son dernier « employeur ». Mais aussi Abou Nida, chef du Fatah-Conseil révolutionnaire, la plus sanguinaire des organisations palestiniennes. Et surtout Oussama Ben Laden, qui débarque en 1992 à Khartoum avec ses quatre femmes et ses 17 enfants. Il va rester au Soudan jusqu'en 1996, habitant dans une villa plutôt cossue dans le quartier de Riyadh, près de l'aéroport de la capitale. Une maison située à moins d'un kilomètre de celle d'Hassan al-Tourabi.

    Les experts forgent un nouveau mot, « Islamintern », en référence au Komintern, l'internationale communiste. Et les médias baptisent Tourabi « le pape noir du terrorisme ». Il arrive toutefois à ce dernier de commettre certaines entorses dans sa poursuite du djihad international, surtout si celles-ci sont rémunératrices. Sans état d'âme, il livre ainsi en 1994 Carlos à la France. Plus tard, en 1996, Hassan al-Tourabi fait le même type de proposition aux Américains : il est prêt à leur "abandonner" Oussama Ben Laden. Mais pour une raison inexpliquée, Washington décline l'offre. Le futur fondateur d'Al-Qaïda quitte alors le Soudan pour l'Afghanistan…

    « Ben Laden, gentil mais limité »

    Depuis une quinzaine d'années, l'ancien « pape noir du terrorisme » était entré dans une opposition farouche au régime de Khartoum. Il alternait les séjours en prison et en résidence surveillée. Grand, mince, tout de blanc vêtu, Hassan al-Tourabi accusait le pouvoir en place « d'être totalement corrompu, non démocratique. J'ai passé une partie de ma vie en prison. Eh bien à mon âge, je préférerais encore être jeté dans une cellule plutôt que négocier avec le pouvoir soudanais actuel », nous avait-il confié il y a quelques années, dans un excellent français.

    Il ne se montrait guère admiratif vis-à-vis d'Oussama Ben Laden. « Au Soudan, ce n'était pas quelqu'un de très important. La presse n'en parlait jamais. J'ai le souvenir d'un homme gentil, mais assez limité. Je reste persuadé qu'il n'a pas les compétences pour diriger une organisation comme Al-Qaïda », confiait-il au Point peu avant la mort de Ben Laden. Avec l'âge, ce diplômé de la Sorbonne en était venu à professer un islam si modéré que certains l'accusaient d'apostasie. « Les musulmanes peuvent épouser des chrétiens et des juifs, à condition bien entendu que ces chrétiens ou ces juifs soient tolérants. Par ailleurs, rien ne s'oppose à ce qu'une femme puisse devenir imam si elle en a les qualités. Je ne suis pas sectaire », nous avait-il déclaré.

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