Jusqu’à la veille du scrutin, Sadiq Khan aura joué sans complexe de ses origines modestes, rappelé son ascendance pakistanaise, assumé sa religion, l’islam. Son père était chauffeur de bus rouge à impériale, sa mère couturière, tous deux ont immigré du Pakistan peu de temps avant sa naissance. Lui est né il y a quarante-cinq ans à Tooting, un quartier populaire du sud de Londres, cinquième d’une fratrie de huit enfants. Il y vit toujours, avec sa femme et ses deux filles. Cet avocat de profession, député de Tooting depuis 2005, est le nouveau maire de Londres, la plus grande et plus cosmopolite capitale d’Europe.

Vendredi, Khan a su dès le milieu de l’après-midi qu’il avait gagné. Largement. Alors que seuls les votes de première préférence avaient été dépouillés (les électeurs pouvaient inscrire deux choix sur leur bulletin), il l’emportait déjà avec 44 % des voix contre 35 % à son plus proche rival, le conservateur Zac Goldsmith. Le millionnaire de 41 ans, fils du défunt financier Jimmy Goldsmith, a passé ces dernières semaines à accuser Khan de collusion, voire de sympathie, avec l’islamisme radical. A mettre en garde contre le «danger» qu’il représentait, à associer son nom aux attentats du 7 juillet 2005 (56 morts et 700 blessés). Les Londoniens n’auront pas mordu à l’hameçon. Et, en dépit du ton nauséabond de la campagne et de candidats dépourvus du charisme de leur prédécesseur, Boris Johnson, ils semblent même s’être déplacés en nombre conséquent. Tous les résidents londoniens, détenteurs d’un passeport britannique ou non, participaient au scrutin. Il y avait douze candidats, mais la course s’est toujours jouée entre le conservateur et le travailliste. Jeremy Corbyn, leader du Labour, s’est félicité de ce retour de Londres dans le giron travailliste après huit ans d’administration conservatrice. «La campagne vile menée par les tories, la manière dont ils ont tenté de salir Sadiq Khan, les méthodes et le langage utilisés ont eu un énorme effet, exactement contraire à ce qu’ils voulaient. Tant de gens ont été révoltés […] qu’ils sont sortis et sont allés voter pour nous.»

Sonia Delesalle-Stolper