• Le vote du Bundestag qui va irriter la Turquie

    Une manifestante tient un drapeau turc et un allemand devant le Reichstag à Berlin.  
    © HANNIBAL HANSCHKE

     

     

    Nathalie versieux, Berlin
    Publié mercredi 1 juin 2016 à 18:45.

     

    Allemagne     LIEN

     

    Le vote du Bundestag qui

    va irriter la Turquie

     

    Les députés du Bundestag vont adopter ce jeudi une résolution condamnant le «génocide arménien.» Le texte, soutenu par les groupes parlementaires de la CDU-CSU, du SPD et des Verts, a de grandes chances d’être adopté

     

    Le vote aurait du avoir lieu voici plus d’un an, à l’occasion du centenaire du massacre. Mais il avait été reporté à plusieurs reprises, tant sont fortes les pressions d’Ankara. La résolution condamnant le «génocide arménien» sera finalement adoptée ce jeudi par les députés du Bundestag, à l’initiative des groupes parlementaires CDU, SPD et Grünen, alors que les tensions n’ont jamais été aussi fortes entre l’Allemagne et la Turquie. «Le sort des Arméniens est emblématique de l’histoire des exterminations de masse, de la purification ethnique, des déportations, et oui, des génocides qui ont marqué le XXe siècle», stipule le projet de résolution. Le texte souligne également le rôle «peu glorieux» de l’Empire allemand, à l’époque allié militaire de l’Empire ottoman, qui n’a rien fait pour empêcher le massacre des Arméniens.

    Considérés comme un soutien de l’ennemi russe et accusés de trahison, 800 000 à 1,5 million d’Arméniens ont été déportés et massacrés en 1915 et 1916. La Turquie ne nie pas qu’il y ait eu des morts – 300 000 à 400 000 selon Ankara –, mais considère qu’il s’agissait d’une guerre civile doublée d’une famine. La Russie, la France et l’Italie ont reconnu le caractère génocidaire de ces massacres. Le Conseil national suisse a rejeté un texte en ce sens en 2001 avant d’adopter en décembre 2003 un postulat de reconnaissance du génocide contre l’avis du Conseil fédéral. Mais les Etats Unis et l’Allemagne ont jusqu’à présent choisi de ménager la Turquie, important partenaire au sein de l’OTAN pour Washington et élément clé de la solution de la crise des réfugiés pour Berlin. Le président de la République Joachim Gauck et le président du Bundestag Norbert Lammert avaient utilisé le mot de «génocide» à propos de l’Arménie voici un an, provoquant un regain de tension avec Ankara.

    Le projet de résolution sur l’Arménie met Angela Merkel sous pression. La chancelière et son ministre des Affaires étrangères, Frank Walter-Steinmeier, ne participeront d’ailleurs pas au débat parlementaire jeudi. Le porte-parole du gouvernement ne cache pas que le projet de résolution «tombe au mauvais moment». Le gouvernement a en effet besoin du soutien d’Ankara pour tenter de mettre fin au flux des migrants qui cherchent à rejoindre l’Allemagne par la route des Balkans.

    Avant le vote, la Turquie a fait encore monter la pression. Mardi, le président Recep Tayyip Erdogan a téléphoné à Angela Merkel, appelant au «bon sens» des Allemands. «Si ce texte est adopté et que l’Allemagne tombe dans ce piège, cela pourrait détériorer toutes nos relations avec l’Allemagne où vivent 3 millions de Turcs et qui est notre alliée dans l’OTAN.» Mercredi, le nouveau premier ministre turc, Binal Yildirim, a souligné que le vote aurait «un impact défavorable» sur les relations entre les deux pays. Mais il a exclu que la Turquie renonce à l’accord sur les migrants conclu en mars avec l’Union européenne, alors que son application semble compromise du fait des dérives autoritaires du président Erdogan.

    Angela Merkel est-elle devenue «la marionnette d’Erdogan», comme l’assure la presse allemande, qui trouve la chancelière trop conciliante? «Naturellement, la Turquie, du fait de sa position géostratégique est en position de force, admet Gülistan Gürbey, spécialiste de la Turquie à l’université Libre de Berlin. Erdogan veut démontrer sa puissance en interne et à l’étranger, ce qui complique les négociations entre l’Union européenne et la Turquie sur la gestion des réfugiés ou la suppression de visas pour les Turcs. La dérive autoritaire n’est pas une caractéristique de la Turquie. On observe la même chose en Russie, en Hongrie ou en Pologne. Mais les Allemands se sentent particulièrement concernés par la Turquie.»

    Ankara est un important partenaire commercial pour l’Allemagne. Quatre millions de personnes d’origine turque, dont de nombreux Kurdes, vivent dans le pays. La candidature turque à l’UE et la nécessité pour Berlin de parvenir à un accord avec la Turquie sur les réfugiés, alimentent l’inquiétude de l’opinion, des intellectuels et des artistes face à la poussée d’autoritarisme en Turquie. «L’Allemagne est particulièrement vulnérable quant à sa relation avec la Turquie à cause de la crise des réfugiés, ajoute la chercheuse Alida Vracic du groupe de réflexion allemand SWP. Les dérives seraient pires si la Turquie était isolée, et dans ce contexte, l’Allemagne reste le principal pays à avoir un accès crédible aux autorités turques au sein de l’Union européenne.» Angela Merkel ferait donc avancer ses pions «à petits pas», conformément à la devise qu’elle s’est donnée pour aborder tous les sujets sensibles.

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