Après trois semaines de mise en bouche, les opposants à la loi travail en ont fait le principal test de leur mobilisation. Quelque 250 rassemblements contre le projet porté par Myriam El Khomri sont prévus ce jeudi partout dans le pays. Objectif : rassembler «davantage» que le 9 mars, lorsque plus de 200 000 personnes avaient défilé dans le pays (450 000 selon les manifestants). Ces défilés devraient être plus sécurisés par les services d’ordre des syndicats, notamment après les incidents qui ont émaillé plusieurs cortèges la semaine dernière.

D’où vient ce mouvement ?

Dès sa fuite dans la presse le 17 février, l’avant-projet de loi El Khomri déclenche la colère d’une bonne partie des syndicats. Mais ceux-ci se font vite dépasser par un mouvement lancé sur Internet. La pétition en ligne de la militante féministe Caroline De Haas rassemble au bout de quelques jours plusieurs centaines de milliers de signatures. Sur les réseaux sociaux, un appel à se mobiliser le 9 mars circule également. Les organisations de jeunesse, dont l’Unef (premier syndicat étudiant), s’y rallient. Plusieurs syndicats de salariés (dont la CGT, FO, la FSU et Solidaires) décident de prendre le train en route, tout en fixant la date du 31 mars comme le rendez-vous incontournable. L’objectif, tout au long du mois de mars : «Faire monter la sauce» , explique Matthieu Bauhain, de l’Union des étudiants communistes. C’est ce qui se passe dans les universités et les lycées, où assemblées générales et blocages s’enchaînent. Les 17 et 24 mars, les jeunes, soutenus par les centrales syndicales, défilent dans tout le pays. Dans les amphis, les débats sont vifs : certains souhaitent s’affranchir de la tutelle des syndicats et «durcir» le mouvement, seul moyen à leurs yeux de faire céder le gouvernement.

Qui appelle à manifester ?

Les lycéens et les étudiants poursuivent leur mobilisation. Les violences policières de la semaine dernière vont-elles gonfler leurs rangs ? «La colère reste dirigée contre le projet de loi, mais c’est une source supplémentaire d’indignation», estime Naïm Shili, vice-président de l’Union nationale lycéenne (UNL). Mais ce sont bien les salariés qui devraient constituer le gros des troupes. Depuis le 3 mars, les syndicats sont divisés en deux blocs : d’un côté, les «contestataires» (CGT, FO, Solidaires) appellent à battre le pavé ; de l’autre, les «réformistes» (CFDT, CFTC, Unsa et CGC) qui, après avoir obtenu des retouches à la loi travail, comptent sur les amendements parlementaires pour faire encore évoluer le texte. Mais sur le terrain, la fracture est moins nette. Le 21 mars, la CGC a fait savoir qu’elle ne participerait pas aux défilés du 31. Tout en précisant que certaines de ses fédérations s’apprêtaient tout de même à rejoindre les rangs des manifestants. Comme la Fédération des métiers de l’informatique et du numérique, qui reste «sans grande illusion sur la version corrigée» du projet de loi. Même chose du côté de la CFDT, où certaines branches (comme la métallurgie du Sud francilien ou encore la CFDT culture) ont «décidé de s’associer au mouvement social», et ce contre l’avis de Laurent Berger, le patron de la centrale, qui a qualifié ce 31 mars de journée «fourre-tout».

«On s’attend à une mobilisation plus importante que celle du 9 mars, confirme Alain Alphon-Layre (CGT). Trois fois plus de bus ont été réservés pour rejoindre le cortège parisien et il y a beaucoup d’arrêts de travail déposés.» Yves Veyrier (FO) perçoit aussi une mobilisation soutenue, «notamment dans le secteur privé, où ce n’est pas toujours évident».

Quelles suites ?

Le calendrier du projet El Khomri laisse encore du temps aux opposants. Les députés doivent examiner le texte le 3 mai. Côté CGT, on évoque déjà des mobilisations la semaine prochaine ainsi qu’un rassemblement le samedi 9 avril. «Il faut créer une dynamique, mais on est prêts à inscrire le mouvement dans la durée», appuie Yves Veyrier. Mais pour certains militants, les manifestations hebdomadaires, «gentillettes», ne sont pas suffisantes. Certains appellent à occuper une place de la capitale, dans la nuit de jeudi à vendredi.

Lire aussi, en dernière page le portrait de Pierre Jacquemain, qui a quitté le cabinet El Khomri pour s’opposer à la loi travail

Sylvain Mouillard , Amandine Cailhol