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    "Martine Aubry met François Hollande

    face à ses contradictions"

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    Publié le 25-02-2016 à 16h03Mis à jour à 17h20    Lien

    Dans "Le Monde", Martine Aubry affirme qu'"un affaiblissement durable de la France se prépare". Eclairage du politologue Bruno Cautrès.

    Martine Aubry et François Hollande, en janvier 2012. (JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP) 
    Martine Aubry et François Hollande, en janvier 2012. (JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP)
     

    La maison socialiste brûle. Dans une tribune publiée mercredi 24 février dans "Le Monde", la maire de Lille, Martine Aubry, tire à boulets rouges sur la politique menée par François Hollande et Manuel Valls.

    Selon Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au Centre de recherches politiques de Sciences-Po (Cevipof), François Hollande est mis face aux "incohérences" de sa politique depuis 2012. Interview.

    En chargeant François Hollande et le gouvernement, Martine Aubry semble avoir définitivement enterré l'union de la gauche pour 2017...

    - Cette union est plus que jamais improbable. En réalité, Martine Aubry met le doigt sur la contraction inhérente à la politique menée par François Hollande depuis son élection. Après avoir rassemblé son camp en gauchisant ses discours pendant la campagne de 2012 et refusé de saisir la main tendue par François Bayrou et les centristes, François Hollande a opéré un virage "social-démocrate" mais sans avoir les outils politiques pour mener à bien son quinquennat. C'est une incohérence majeure qui a mené à une grande déception de la gauche et à un isolement de l'exécutif. 

    Que vise Martine Aubry, à un an de l'élection présidentielle ?

    - Martine Aubry semble hésiter, un peu comme elle l’avait fait en 2011. Elle affirme vouloir rendre service à la gauche et à la France en sommant François Hollande et Manuel Valls de changer radicalement de ligne politique, mais elle se garde bien d'évoquer son cas personnel. 

    Jusqu'à présent, elle avait réussi à rester en dehors de la mêlée. Battue au second tour des primaires face à Hollande [en 2011], elle n'avait pas voulu apparaître comme la candidate revancharde qui met de l'huile sur le feu pour affaiblir le gouvernement. Mais les frondeurs ont besoin d'un leader pour incarner l'opposition de gauche. 

    En revanche, il est très surprenant de constater que François Hollande n'a pas su anticiper la charge de Martine Aubry. En touchant aux 35 heures et au Code du travail, l'exécutif aurait pu se douter que la maire de Lille - à qui cette réforme est associée - allait monter au créneau... 

    Avez-vous le sentiment qu'un "schisme" au sein du Parti socialiste est désormais acté ?

    - Oui, quand même. Autant la gauche est relativement homogène sur les questions sociétales, comme le mariage pour tous, la tolérance à l'égard des minorités, le droit de vote des étrangers etc., autant elle affiche de profondes différences sur les questions économiques. Martine Aubry semble avoir enfin choisi d'incarner cette contestation à gauche. Les mots qui ont été utilisés sont très forts, très durs, il y aura forcément un avant et un après cette tribune dans "Le Monde"

    On a le sentiment que cette division est systématique dès que la gauche est au pouvoir...

    - C'est vrai. Peut-être que la gauche française n'a pas su se transformer en profondeur. Il est important de remarquer que depuis 1986, l'alternance a largement dominé le paysage politique français et pas franchement encouragé les partis à se poser les bonnes questions. Comme s'il suffisait d'attendre la fin du mandat de l'adversaire pour reprendre les manettes du pays.

    C'est tout à fait frappant si l'on repense à la situation du Parti travailliste à la fin des années 1980 en Angleterre. Le parti a dû complètement modifier son logiciel et intégrer la réalité de l’économie de marché pour revenir au pouvoir sous l'impulsion de Tony Blair après une décennie de Thatchérisme.

    Les contraintes économiques globales ont créé de fortes contradictions dans la gauche européenne, et pas seulement française. Chez nous, la gauche doit composer avec les réalités de l'intégration européenne et de la mondialisation mais n'a pas complètement abandonné sa matrice historique d’une ligne anti-réformiste et de rupture ("mon ennemi c’est le monde de la finance"). Lionel Jospin avait un jour indiqué "nous sommes pour l’économie de marché mais pas pour la société de marché", cette intéressante expression montre bien la tension du rapport de la gauche à l’économie.

    Propos recueillis par Lucas Burel, le 25 février 2016

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