• Pilotes d'Air France : «On en est réduits à faire grève»

    Interview

    Pilotes d'Air France : «On en est réduits à faire grève»

    Par Christophe Alix 30 mai 2016 à 19:57    LIEN
     

     

     

    Un avion Air France à Roissy, le 5 octobre 2015. Photo Kenzo Tribouillard. AFP

     

    A quelques jours de l'Euro, alors que les préavis de grève persistent dans les transports publics, le principal syndicat de pilotes d'Air France a voté à une très large majorité le principe d'arrêts de travail de longue durée pouvant excéder six jours. La réaction d'Emmanuel Mistali, commandant de bord et porte-parole du SNPL.

     

     

    A la veille de l’Euro de football et en pleine contestation sur le projet de loi travail, le bras de fer entre les pilotes d’Air France et la direction de la compagnie, dont le premier actionnaire reste l’Etat, se précise. Les adhérents du SNPL, premier syndicat des 3850 personnels navigants techniques de la compagnie (65% des pilotes) ont voté le principe d’une grève pouvant dépasser les six jours, mais sans arrêter de calendrier précis.

     

    Une réaction à la décision de la compagnie de mettre en œuvre certaines mesures de productivité négociées en 2012, et signées par les représentants des pilotes dans le cadre du précédent plan d’économies «Transform 2015», mais jamais appliquées.

     

    A l’issue d’un référendum fortement suivi (78% de participation) et étalé sur plusieurs semaines, près de sept votants sur 10 (68%) ont donné leur feu vert au «recours, si nécessaire, à un ou plusieurs arrêts de travail d’une durée cumulée supérieure à 144 heures». Les pilotes n’ont réalisé que deux tiers des efforts négociés, mais le SNPL avait refusé d’appliquer le solde restant en arguant que l’entreprise n’avait pas respecté les contreparties promises au moment de la signature. S’appuyant sur deux décisions de justice en sa faveur, la direction avait annoncé il y a un mois son intention de faire appliquer unilatéralement et dès le 1er juin les mesures restantes qui vont se traduire à partir du mois prochain par des baisses de rémunération des pilotes. La réaction d’Emmanuel Mistrali, porte-parole du SNPL.

     

    Les pilotes choisissent-ils l’épreuve de force en se donnant la possibilité d’entamer une grève longue, à moins de deux semaines de l’ouverture de l’Euro et au moment où s’engage la saison d’été capitale pour la compagnie ?

     

    Ce vote ne préjuge en rien d’une grève longue, et le but n’est évidemment pas d’asphyxier Air France à une période clé de son activité saisonnière. Mais face à l’entêtement de la direction qui refuse d’entendre notre message, on en est réduit en quelque sorte à faire grève. Il y a aura donc des actions en juin mais elles seront responsables. Reporter un voyage de quelques heures est plus supportable que d’avoir à l’annuler.

     

    Malgré des mois de négociations, vous n’avez toujours pas réussi à avancer ?

     

    Alors qu’Air France a renoué avec la croissance et les bénéfices l’an dernier, grâce notamment aux efforts de ses personnels, la direction en reste à un discours bloqué autour de la seule question des coûts. Pourtant la croissance est là, et il faudrait aller la chercher et ne pas s’obstiner dans ses vieux démons. Il y a quelques jours, le PDG du groupe, Alexandre de Juniac, qui est sur le départ, n’a rien trouvé de mieux que de nous traiter de «saboteurs» en réitérant ses attaques sur la population des pilotes qui seraient des nantis. Mais la réalité, c’est que le dialogue social est désastreux au sein de la compagnie et pas seulement avec les pilotes. Cette manière de nous stigmatiser cache l’absence de stratégie et les ambitions frileuses de la compagnie.

     

     

    La direction a calculé que les mesures mises en œuvre à partir du 1er juin se traduiraient par une baisse de 2 à 3% de la rémunération des pilotes. Êtes-vous d’accord avec ce chiffrage ?

     

    Les baisses de rémunération dépendent du type de vols opérés. Elles sont plus faibles pour les courts et les moyen-courriers qui ne seront pas impactés par la baisse de la majoration pour les heures de vol de nuit. Mais pour un commandant de bord long courrier avec pas mal d’ancienneté comme c’est mon cas, cela peut représenter jusqu’à 6% de baisse de salaire, soit un demi-mois par an.

     

    Avez-vous cherché à rentrer en contact avec le futur patron de la compagnie, Jean-Marc Janaillac, qui prendra ses fonctions à partir du 4 juillet ?

     

    Oui, mais il a été très légitimiste et nous a répondu par une fin de non-recevoir. Il est évident que si l’on avait perçu le moindre espoir de parvenir à une solution pacifiée, on se serait engagés dedans. Mais encore une fois, on ne nous pas a laissé le choix, et le résultat massif de notre consultation en faveur du principe de la grève en témoigne. C’est maintenant à la direction de la compagnie de prendre ses responsabilités.

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