«C’est un délit grave. J’espère que les dirigeants de Podemos, qui se targuent d’être exemplaires, sauront être à la hauteur de leurs responsabilités» , enrage le porte-parole du parti centriste Ciudadanos. Comme lui, la plupart des formations espagnoles tirent à boulets rouges sur Podemos, cette gauche radicale entrée en force à la Chambre des députés après les législatives de décembre avec 69 sièges. Motif : à en croire divers médias, dont elconfidencial.com (qui s’est spécialisé dans la révélation de scandales), ses dirigeants auraient reçu au moins 6 millions d’euros de la part du gouvernement vénézuélien de Hugo Chávez, «afin de faire avancer la cause bolivarienne» en Europe.

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Ces versements se seraient produits entre 2003 et 2011 et auraient notamment bénéficié à Pablo Iglesias, l’actuel secrétaire général et leader de Podemos ; ils auraient alimenté les caisses du Centre d’études politiques et sociales (CEPS), une fondation qui, à partir de janvier 2014, allait donner naissance au parti Podemos («Nous pouvons») proprement dit, fruit de la colère citoyenne depuis la crise économique et les politiques d’austérité imposées dans la foulée.

«Tissu de mensonges»

«Tout ceci n’est qu’un tissu de mensonges, s’est défendu avec véhémence Pablo Iglesias. Que ceux qui ont des preuves se rendent devant les tribunaux et vérifient ainsi qu’ils se trompent.» A trois reprises depuis 2015, le Tribunal suprême a classé sans suite des plaintes pour «financement illégal» contre Podemos. Mais l’affaire risque de ne pas en rester là. L’Udef, l’unité policière spécialisée dans la lutte conte la délinquance économique, aurait – d’après le ministère de l’Intérieur – épluché les comptes de la jeune formation et découvert «plusieurs irrégularités». Parmi celles-ci, des apports d’argent en provenance du Venezuela et d’Iran.

Les deux émissions télévisées qui ont propulsé Podemos, Fort Apache et La Tuerka, sont diffusées par une chaîne de la République islamique, et les rumeurs d’un financement chaviste n’ont jamais cessé. Ce qui, depuis des années, alimente l’ire de la droite espagnole, laquelle – surtout le Parti populaire, au pouvoir depuis 2011 – estime que «les Indignés de Podemos sont à la solde de régimes totalitaires». Cette polémique se déroule dans un contexte incandescent dans lequel la droite tente à tout prix de discréditer ce jeune parti, afin d’éviter la formation d’une coalition de gauche.

François Musseau (à Madrid)