• Présidentielle: Macron prêt à déclarer sa candidature

    Présidentielle: Macron prêt

    à déclarer sa candidature

    11 mai 2016 |   LIEN     Par Laurent Mauduit

    Selon des informations de Mediapart, Emmanuel Macron s'apprête à déclarer sa candidature à l'élection présidentielle de 2017. Cela pourrait intervenir vers le 10 juin. François Hollande serait dans la confidence, mais ne s'inquiéterait pas de cette annonce qui risque de constituer pour lui un coup de grâce. Manuel Valls ne parvient plus à masquer sa colère, même en public.

     

    Depuis qu’il a créé son propre mouvement politique baptisé « En marche! », Emmanuel Macron ne fait plus mystère de ses ambitions politiques. Mais il n’a pas encore clairement annoncé ce qu’il entendait faire. Selon nos informations, son plan de route est maintenant calé : il s’apprête à annoncer sa candidature à l’élection présidentielle. Il pourrait franchir le pas aux alentours du 10 juin. Reste une inconnue : même si, d’après nos sources, François Hollande est dans la confidence et pense que cela peut lui servir, il n’est pas certain que son ancien conseiller, promu par lui ministre de l’économie, joue totalement franc jeu.

    À tous ses proches qui l’interrogeaient ces dernières semaines sur ses intentions, Emmanuel Macron ne cessait de répéter qu’il se déclarerait d’ici l’été. Mais le ministre de l’économie a visiblement décidé de presser le pas. Il a d’abord annoncé, le 6 avril à Amiens, la création de son propre mouvement politique, « En marche! ». Il l’a d’ailleurs fait à sa manière, empreinte parfois de beaucoup de maladresses. En surfant sur le tout nouveau site Internet de ce mouvement, Mediapart avait ainsi pu révéler qu’il avait pour domicile la résidence privée du directeur de l’Institut Montaigne, l’une des grandes chapelles du patronat, proche de l’assureur Axa (lire Le patronat héberge discrètement Emmanuel Macron).

    La couverture du numéro 3491 de Paris Match
    La couverture du numéro 3491 de Paris Match
    Dans la foulée, le ministre de l’économie a commencé à faire campagne. À sa manière : en s’affichant avec son épouse dans Paris Match, le magazine du groupe Lagardère toujours à l’affût pour rendre service aux puissants, ou encore en répondant dimanche dernier à l’invitation du maire (Les Républicains) d’Orléans pour commémorer la libération de la ville, le 8 mai 1429 par Jeanne d’Arc, célébrée ces dernières années seulement par les Le Pen, père et fille (lire Au secours, Jeanne d’Arc revient!).

    Emmanuel Macron a décidé de faire un pas de plus et d’annoncer sa candidature à l’élection présidentielle. Il a même arrêté une date : ce pourrait être le 10 juin prochain.

    Emmanuel Macron, le 8 mai, à Orléans pour célébrer Jeanne d'Arc.
    Emmanuel Macron, le 8 mai, à Orléans pour célébrer Jeanne d'Arc.

    Le cavalier seul que commence Emmanuel Macron soulève toutefois de nombreuses questions, aussi bien dans son propre camp que dans les milieux de droite ou de la finance. Car, selon nos sources, François Hollande est dans la confidence du projet du ministre de l’économie. C’est Jean-Pierre Jouyet, l’ancien secrétaire d’État sarkozyste devenu secrétaire général de l’Élysée sous la présidence de François Hollande, qui suit pas à pas son protégé qui, comme lui, a d’innombrables liens avec les milieux de la haute finance. Le bras droit du chef de l’État est ainsi de longue date dans le secret de ces préparatifs.

    Malgré le climat politique crépusculaire dans lequel baigne la fin de son quinquennat, François Hollande serait très au fait de ce que prépare le ministre de l’économie et penserait qu’il pourrait en tirer ultérieurement avantage. Le subterfuge convenu entre les deux serait qu’Emmanuel Macron mènerait la campagne qu’il souhaite, sur un registre qu’affectionne aussi le Medef, celui du « ni gauche, ni droite », et qu’il annoncerait à l’horizon de février 2017 qu’il pourrait, s’il était éliminé au premier tour, se rallier à François Hollande, si ce dernier accédait au second.

    Le pari de François Hollande est hautement périlleux, pour plusieurs raisons. D’abord, dans la conjoncture présente, le problème auquel il risque d’être confronté est moins de trouver des subterfuges pour obtenir des ralliements dans l’hypothèse d’un second tour que d'être éliminé dès le premier tour. Or, face à la colère grandissante des électeurs de gauche, l’hypothèse d’une candidature d’Emmanuel Macron risque de ruiner encore un peu plus ses chances, en le privant d’un petit matelas d’électeurs centristes ou de droite. La candidature Macron, même si elle avait peu d’écho, pourrait bien dynamiter la sienne.

    La candidature d’Emmanuel Macron est-elle un stratagème élyséen, même s’il est passablement fumeux ? Ou bien le ministre de l’économie, tout en ayant donné des gages secrets à François Hollande, ne roule-t-il que pour lui-même et ses amis, ceux de l’oligarchie financière ? Il est difficile de le savoir. Car nous avons recueilli plusieurs témoignages concordants, attestant que le ministre de l’économie dit, dans ses rencontres privées avec les milieux d’affaires, pis que pendre de François Hollande et assure qu’il ne fera plus jamais équipe avec lui. Et c’est la raison pour laquelle, dans les milieux financiers, il a reçu de solides appuis ; celui par exemple d’Henri de Castries, le patron d’Axa.

    Est-ce de l’habileté de la part d’Emmanuel Macron, pour mieux ramener ultérieurement des voix à son mentor ? Ou est-il en train de le trahir ? Même ceux qui connaissent Emmanuel Macron ont du mal à répondre à la question : ils savent que le ministre de l’économie a peu de sens politique et est capable de bourdes grossières mais ils font remarquer que, sous ses airs d'enfant de chœur, il est souvent capable d’une grande duplicité. C'est aussi ce que disent ceux qui l'ont approché lorsqu'il était associé-gérant de la banque Rothschild.

    À François Hollande, il dit donc qu’il œuvre pour lui, et va chercher à capter un électorat, dont il pourrait avoir besoin lors d’un très hypothétique second tour ; aux grands patrons, il promet qu’il sera leur candidat : le porte-étendard du CAC 40 et des milieux d’affaires.

    Dans l’immédiat, les ambitions de plus en plus visibles d’Emmanuel Macron ne font de l’ombre qu’à Manuel Valls, qui a longtemps voulu se donner l’image de la transgression, en conduisant une politique économique encore plus néolibérale que Nicolas Sarkozy et une politique sécuritaire également plus néoconservatrice. Mais voici qu’Emmanuel Macron lui chipe la vedette et est devenu le chouchou des milieux d’affaires. Pour le coup, le premier ministre en a pris ombrage, et cela devient de plus en plus visible. Cela a même donné lieu à une escarmouche publique, entre les deux hommes, mardi 10 mai, à l’Assemblée nationale, lors des questions d’actualité au gouvernement.

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