Ankara va fournir "des preuves" à Washington de l'implication du prédicateur Fethullah Gülen dans le coup d'Etat manqué du 15 juillet. Les purges se poursuivent dans l'armée, la police et la justice.

Vivement critiquée par la communauté internationale en raison des purges réalisées dans l'armée, la police et la justice après le coup d'Etat manqué de vendredi, la Turquie s'est défendue mardi de pratiquer une répression généralisée contre les militaires putchistes.

"Personne ne peut être dans un esprit de vengeance (...) une telle chose est absolument inacceptable dans l'Etat de droit", a déclaré le Premier ministre Binali Yildirim à l'issue d'une rencontre avec le chef du principal parti d'opposition Kemal Kiliçdaroglu (CHP). "Aujourd'hui, nous avons besoin d'unité".

Ces paroles apaisantes contrastent avec le climat de peur qui règne à Ankara, où la machine judiciaire est lancée à plein régime : vingt-six généraux et amiraux, dont l'ancien chef de l'armée de l'air, le général Akin Oztuk, ont été placés en détention préventive, inculpés notamment d'avoir tenté de renverser l'ordre constitutionnel et de tentative d'assassinat contre le président Recep Tayyip Erdogan.

La purge s'étend à l'enseignement et aux médias

Au total, selon le Premier ministre Binali Yildirim, 6.038 militaires, 755 magistrats et 100 policiers ont été placés en garde à vue. Parmi eux figurent 118 généraux et amiraux. A cela s'ajoutent les mises à pied au sein de la direction des affaires religieuses (492 personnes) et du cabinet du Premier ministre (257 personnes), donnant à cette vague d'arrestations des allures de chasse aux sorcières. Une chasse qui ne semble pas prête de s'arrêter et qui s'étend de plus en plus à tous les secteurs.

Mardi, le ministère turc de l'Education a annoncé la suspension de 15.200 de ses employés soupçonnés d'être liés au prédicateur Fethullah Gülen. Une enquête a été ouverte. Par ailleurs, le Conseil de l'enseignement supérieur (YÖK), qui est l'organisme étatique supervisant l'organisation des universités, aurait réclamé la démission des 1.577 recteurs et doyens des universités publiques et de celles rattachées à des fondations privées, selon l'agence de presse pro-gouvernementale Anadolu.

Selon un comptage de l'AFP, au moins 25.000 fonctionnaires, dont des policiers et des enseignants, ont été suspendus ou démis de leurs fonctions dans tout le pays. Et c'est désormais au tour des médias d'être dans le collimateur de la purge massive qui est en route depuis le coup d'Etat manqué de vendredi. Le Haut-conseil turc de la radio et de la télévision (RTÜK) a indiqué avoir annulé « tous les droits de diffusion et licences délivrés par le RTÜK à toutes les organisations -radios et télévisions- (...) liées, en relation et soutenant le FETÖ/PDY », des acronymes désignant le mouvement de l'imam Gülen.

Tensions turco-américaines

Alors que le ton est monté entre Ankara et Washington ­- John Kerry s'est ému publiquement de la situation -­, Binali Yildirim a annoncé qu'il adresserait sous peu aux Etats-Unis les preuves de l'implication de Fethullah Gülen dans la tentative de coup d'Etat.

Ce prédicateur de 77 ans, à la tête d'un mouvement religieux (Hizmet) d'inspiration soufie prônant le dialogue inter-religieux, est l'ennemi public numéro 1 à Ankara. Ses partisans sont soupçonnés d'avoir infiltré la police, la justice, le système éducatif et dans une moindre mesure l'armée lors de la dernière décennie.

Pour des raisons encore obscures, Fethullah Gülen s'est brouillé avec le président Recep Tayiip Erdogan en 2013 après avoir favorisé son ascension politique. Les deux hommes se livrent depuis une guerre sans merci. Fethullah Gülen nie toute responsabilité dans le coup d'Etat manqué du 15 juillet. Il a par ailleurs assuré n'avoir "pas d'inquiétude" quant à la possibilité d'être extradé en Turquie, comme le réclame l'exécutif turc.

Binali Yildirim reproche à son allié américain de tenir un double langage sur le terrorisme et a rappelé que la Turquie avait soutenu les Etats-Unis après les attentats du 11 septembre 2001.

Il a également prévenu que son gouvernement prendra mercredi d'importantes décisions visant à éradiquer le mouvement Gülen "de sorte qu'aucune organisation terroriste clandestine n'ait le courage de trahir de nouveau notre peuple béni". Et de promettre que l'Etat turc garantirait "la sécurité à 100%" à travers le pays, quatre jours après ce tremblement de terre politique qui a coûté la vie à 290 personnes.

Un taux directeur abaissé après le putsch

La banque centrale de Turquie a réduit d'un quart de point son taux de prêt au jour le jour mardi, la tentative de pustch avortée de la semaine dernière ayant brièvement agité les marchés financiers locaux. Le taux de prêt JJ a ainsi été ramené à 8,75%. Le taux des prises en pension à une semaine reste à 7,5%.