• Brésil : atmosphère survoltée pendant le vote sur la destitution de Dilma Rousseff

    Brésil : atmosphère survoltée pendant le vote sur la destitution de Dilma Rousseff

    LE MONDE | 17.04.2016 à 15h56 • Mis à jour le 17.04.2016 à 23h23    Lien

    « Il n’y aura pas de coup d’Etat! Il n’y aura pas de coup d’Etat ! », criaient les députés de la gauche au pouvoir.

      « Il n’y aura pas de coup d’Etat! Il n’y aura pas de coup d’Etat ! », criaient les députés de la gauche au pouvoir. Les députés brésiliens ont ouvert, dimanche 17 avril, à Brasilia une session historique au cours de laquelle ils doivent se prononcer sur la destitution de la présidente de gauche Dilma Rousseff, dans une atmosphère survoltée et confuse. « Il n’y aura pas de coup d’Etat! Il n’y aura pas de coup d’Etat ! », criaient les députés de la gauche au pouvoir à l’ouverture de la session, à 14 heures (19 heures en France).

    « Je suis Brésilien, avec orgueil, et je joue sans peur », chantaient en retour les députés de l’opposition ceints d’écharpes jaunes et vertes, reprenant l’hymne des supporteurs brésiliens pendant la coupe du monde de football. blue.png [Suspendre le ciblage publicitaire Adyoulike] A Brasilia, jusqu’à 300 000 brésiliens étaient attendus devant le Congrès des députés pour suivre le vote en direct sur des écrans géants. Symbole d’un pays coupé en deux, une imposante barrière d’un kilomètre de long et deux mètres de hauteur a été plantée devant l’assemblée pour séparer les opposants en vert et jaune des partisans en rouge de la présidente.

    Les dernières estimations des quotidiens Folha de Sao Paulo et Estado de Sao Paulo donnaient dimanche une courte victoire des pro-destitution. Quel est l’objet du vote de dimanche ? La présidente en exercice est visée depuis le 2 décembre 2015 par une procédure de destitution (« impeachement »), visant à la contraindre de quitter le pouvoir avant le terme de son second mandat. La procédure a été lancée formellement par deux juristes : Miguel Reale et Helio Bicudo, ce dernier étant l’un des fondateurs du Parti des travailleurs, le parti de gauche auquel appartient Dilma Rousseff. Mais elle a surtout bénéficié de l’appui politique (indispensable) d’Eduardo Cunha, président de la Chambre des députés, ancien allié et aujourd’hui ennemi juré de Dilma Rousseff. La procédure arrive dimanche 17 avril à sa phase cruciale, avec le vote solennel des députés. En cas de majorité des deux tiers en faveur de la destitution, la décision finale sera entre les mains du Sénat. Lire le recueil de tribunes : Faut-il destituer Dilma Rousseff ? Que reproche-t-on à Dilma Rousseff ?

    A Brasilia, jusqu’à 300 000 brésiliens étaient attendus devant le Congrès des députés pour suivre le vote en direct sur des écrans géants. A Brasilia, jusqu’à 300 000 brésiliens étaient attendus devant le Congrès des députés pour suivre le vote en direct sur des écrans géants. PAULO WHITAKER / REUTERS D’avoir maquillé les comptes publics en 2013, un an avant sa réélection, en ayant recours à une mécanique dite de « dribble fiscal » : faire financer des dépenses budgétaires par des emprunts auprès d’établissements bancaires publics permettant d’en retarder le débit. Outre cette affaire, Mme Rousseff pâtit depuis longtemps d’une impopularité historique pour un chef de l’Etat depuis le retour de la démocratie au Brésil, en 1985. En creux, c’est aussi la sclérose du Parti des travailleurs, au pouvoir depuis quatorze ans, qui est dénoncée par une bonne partie des Brésiliens.

    Lire aussi : La gauche latino-américaine à un tournant de son histoire L’issue du vote est-elle prévisible ? Le scrutin devrait être très serré. Encore confiante il y a quelques semaines, Dilma Rousseff a vu passer dans l’opposition ses deux alliés gouvernementaux : le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, centre) à la fin de mars et le Parti progressiste à la mi-avril. Autant de voix qui pourraient faire basculer le vote en faveur de la destitution. Selon le dernier décompte réalisé par le quotidien Estado de Sao Paulo, 350 députés auraient l’intention de voter en faveur du départ de la présidente et 133 pour son maintien, sur les 513 que compte l’Assemblée. La majorité des deux tiers (342) serait donc acquise de justesse pour les partisans de la destitution – comme au Sénat, où 44 parlementaires seraient favorables à la destitution, sur les 41 nécessaires. Qu’adviendrait-il en cas de destitution ? Si Dilma Rousseff était destituée, la présidence reviendrait à l’actuel vice-président, Michel Temer. Agé de 75 ans, il est le président du PMDB. Lire aussi : Michel Temer voit son heure venue Peu populaire, M. Temer est suspecté d’avoir bénéficié de financements illégaux lors de la campagne menée avec Mme Rousseff et a été cité par des inculpés du dossier Petrobras dans de sombres histoires de ventes illégales d’éthanol.

    La présidente l’accuse aujourd’hui d’être à la tête d’une tentative de « putsch » visant à conquérir le pouvoir pour éloigner les menaces de poursuites judiciaires, un « coup d’Etat » institutionnel visant à s’emparer du pouvoir qu’ils n’ont pu conquérir dans les urnes en 2014. Le Parti des travailleurs fait également planer la menace d’une remise en cause des acquis sociaux et démocratiques en cas d’arrivée de la droite au pouvoir. Entre le maintien de la gauche et le retour de la droite, l’écologiste Marina Silva, en tête des sondages, promeut une « troisième voie », en appelant à la convocation de nouvelles élections.

    Lire aussi : Au Brésil, la «  troisième voie » de Marina Silva

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