• Économie bleue en Afrique : des ressources naturelles très disputées

    Adam Abdou Hassan, Université de Rouen

    LIEN

    Premier article de notre mini-série sur les enjeux de « l’économie bleue » pour les pays africains. Aujourd’hui, le poids des ressources maritimes pour le continent.

    L’économie bleue est au cœur de la mondialisation : 90 % des échanges commerciaux entre les États s’effectuent par voie maritime et 95 % des communications mondiales s’opèrent par des réseaux sous-marins. L’économie bleue regroupe toutes les activités économiques menées dans les fleuves, les lacs, les berges, les rivages, les cours d’eau, les nappes souterraines, les eaux douces, les fonds marins, les mers, les océans etc.

    Mais l’économie bleue, comme le souligne Günter Pauli, renvoie aussi aux modèles de production des écosystèmes et de la résilience. Elle est ainsi axée sur l’entreprenariat social, favorisant un développement soucieux de l’environnement par la restriction des pertes et des émissions de carbone, les productions à faible coût favorisant emploi et croissance durables ; l’économie bleue se concrétise principalement avec l’aquaculture, la mariculture, les activités portuaires, l’écotourisme côtier, l’énergie bleue, les bioproduits marins ou encore la biotechnologie.

    Domaine largement méconnu, ignoré ou sous-exploité, l’économie bleue peut être un robuste levier de développement pour le continent africain. L’Union africaine (UA) n’a pas manqué d’identifier cette opportunité : dans son agenda 2063, elle la classe dans les « objectifs et domaines prioritaires des dix prochaines années », pointant l’exploitation de son vaste potentiel comme la première aspiration d’une « Afrique prospère ». La Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) s’associe à cette vision, puisqu’elle voit dans l’économie bleue, tout comme le vice-président des Seychelles, Danny Faure, « l’avenir de l’Afrique ». L’économie bleue pourrait devenir un véritable « or bleu ».

    Mais que représente-t-elle aujourd’hui en Afrique ? Profite-t-elle aux économies du continent ?

    Retour de pêche à Nouakchott, en Mauritanie. Michał Huniewicz/Flickr, CC BY

    Une importance stratégique

    La dimension stratégique de l’économie bleue est une évidence pour l’Afrique. C’est d’ailleurs ce qui a poussé la CEA a publié en mars 2016 un « guide pratique » sur le sujet qui s’inscrit dans la lignée de l’Agenda 2063 de l’UA.

    On y apprend que sur les 54 États africains, 38 sont des pays côtiers et que plus de 90 % des exportations et importations africaines passent par la mer. Les eaux territoriales sous juridiction des États africains se déploient sur 13 millions de km² avec un plateau continental d’environ 6,5 millions de km² comprenant des zones économique exclusives (ZEE).

    Il existe ainsi « autre Afrique sous la mer » pour reprendre l’expression de Carlos Lopes, et l’économie bleue devrait permettre selon l’UA d’établir une « nouvelle frontière de la renaissance de l’Afrique ».

    S’il subsiste encore entre les États des problèmes relatifs à la délimitation et à la démarcation des frontières maritimes, le secteur d’activité de la pêche emploie près de 12,3 millions d’Africains avec des perspectives qui se comptabilisent en milliards concernant la valeur des pêches locales.

    Le potentiel de l’économie bleue peut résorber la question nutritionnelle et la sécurité alimentaire de près de 200 millions d’Africains par « l’apport vital » des poissons de mer et d’eau douce considérablement sous-exploités. Avec une approche endogène, holistique et collaborative, l’on peut établir les fondements d’une « politique de développement bleu » qui associerait le changement climatique et un développement durable. Le continent bénéficie ainsi de gigantesques ressources maritimes et océaniques. Toutefois, nombre d’acteurs extérieurs menacent cette politique de développement.

    La menace de la pêche illégale

    Si des phénomènes naturels (comme l’augmentation du niveau des mers ou les ouragans) et humains (de la piraterie aux trafics d’armes et d’êtres humains) entravent les activités économiques bleues, l’une des menaces les plus importantes provient de la pêche illégale.

    Se basant sur les flux financiers entrant et sortant d’Afrique, la CEA établit que, chaque année, l’Afrique perd 42 milliards de dollars en combinant notamment les revenus tirés de la pêche illégale et de l’exploitation clandestine de la forêt.

    Le « pillage industriel de l’économie bleue » africaine par des navires européens, asiatiques et russes est une réalité. En Afrique de l’Ouest, la perte économique est estimée entre 800 millions et 1,6 milliard de dollars par an.

    La pêche illicite, non déclarée et non règlementée, est à l’origine de la paupérisation de la population et des mouvements de déplacements vers d’autres pays. Cette situation s’explique pour Jean-François Akandji-Kombé par le fait que :

    [considérer] la mer comme un territoire économique est une nouveauté en Afrique. Parce que l’Afrique n’ayant pas eu, pendant très longtemps, les moyens d’exploiter la mer, les moyens d’abord de pouvoir politiquement dominer la mer, les États et peuples africains n’étaient pas des États, des peuples de la mer. Ils n’étaient pas tournés vers la mer, ils étaient plutôt tournés vers la terre.

    L’UE a passé des accords avec certains pays du continent pour limiter la pêche illégale (vidéo Africanews, mai 2016).

    L’Union européenne, ayant pris conscience de l’impact du pillage européen organisé des ressources halieutiques africaines et de ses conséquences politiques futures, s’efforce depuis quelques années de passer des accords de partenariat de pêche. Ce fut notamment le cas avec le Cap-Vert, les Comores, la Côte d’Ivoire, le Gabon, la Guinée-Bissau, le Libéria, Madagascar, la Mauritanie, le Maroc, le Mozambique, Sao Tomé-et-Principe, le Sénégal et les Seychelles.

    Le gouvernement chinois se distingue ici par son cynisme : partie prenante du pillage des ressources marines africaines, La Chine s’est vu réclamer par 24 États africains l’arrêt de la pêche illégale en Afrique de l’Ouest en décembre 2015 à Yaoundé.

    Il apparaît ainsi essentiel pour les États africains d’élaborer des cadres stratégiques afin que leurs populations puissent réellement bénéficier de cette manne.

    The Conversation

    Adam Abdou Hassan, Enseignant chercheur, Université de Rouen

    La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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  • Jean Ping sur RFI: Ali Bongo «procède à un hold-up militaro-électoral» au Gabon

    Diffusion : vendredi 30 septembre 2016          LIEN
     
    Le leader de l'opposition gabonaise Jean Ping, lors d'une conférence de presse, deux jours après la réélection d'Ali Bongo, le 2 septembre 2016. STEVE JORDAN / AFP
     

    Au lendemain de la présidentielle du 27 août, le Gabon est confronté à une crise post-électorale. Jean Ping a demandé jeudi 29 septembre à la communauté internationale de « prendre des sanctions ciblées » contre les responsables de ce qu'il appelle un « coup d'Etat militaro-électoral », réaffirmant qu'il ne « reconnaîtrait pas le pouvoir d'Ali Bongo ». Jean Ping sort de son silence. Est-il « KO debout » ? A-t-il cru réellement pouvoir accéder au fauteuil suprême ? Quel va être sa stratégie désormais ? Quelles initiatives va-t-il prendre ? A toutes ces questions, Jean Ping répond ce matin.

    RFI : Certains vous disent KO, sonné. Dans quel état d’esprit êtes-vous ? KO ou combatif ?

    Jean Ping : Je ne peux pas être KO. On ne peut pas être KO quand on sait qu’on a le peuple avec soi, le droit avec soi et la communauté internationale avec soi. On ne peut pas être KO.

    Vous appelez chacun à la résistance active, c’est-à-dire ? Des grèves nationales ? Des journées « ville morte » ? Des marches ? Qu'est-ce que cela veut dire ?

    Ça veut dire, tout simplement, que nous avons en face de nous quelqu’un qui a usurpé les résultats des élections, qui a fait un coup d’Etat militaro-électoral, qui a pris le pouvoir, qui veut le conserver encore sept ans. Ça veut dire 57 ans de pouvoir. Et ils utilisent tous les moyens pour y arriver. Et je crois que, cette fois-ci, le peuple ne veut plus de ça.

    Le nouveau Premier ministre Issoze-Ngondet a annoncé la formation d’un gouvernement d’ouverture, en direction des partis et de la société civile. Ne craignez-vous pas qu’il débauche certains qui vous ont rallié ?

    Oh, mais c’est certain, c’est certain ! Ça se passe toujours comme ça, ici comme chez vous ! Ça se passe toujours comme ça. Il va à la pêche, il va « pêcher » les gens. Nous le savions depuis le départ. Il n’y a rien d’étonnant à cela.

    Aujourd’hui, vous dites quoi ? « Je suis le président, le mandat d’Ali Bongo va s’achever » ? Ne placez-vous pas ainsi le Gabon dans une impasse totale ?

    Non. Moi, je ne place pas le Gabon dans une impasse totale. C’est lui qui place le Gabon dans une impasse totale. Il n’a pas gagné les élections, il le sait. Il procède à un « hold-up » militaro-électoral, il cherche à se faire légitimer par tous les moyens, voilà.

    Vous annoncez organiser un dialogue inclusif. Avec qui ? C’est-à-dire ?

    C’est simple : le dialogue est quelque chose qu’on ne peut pas négliger. Surtout lorsque le pays traverse une crise aussi grave. Je pense simplement que le dialogue doit être organisé par celui qui a gagné les élections, avec tous les Gabonais. Pas par celui qui n’a pas gagné et qui cherche un dialogue juste pour se faire légitimer ! Et de surcroît, il vous appelle au dialogue revolver sur la tempe, les Mirage qui terrorisent les populations à basse altitude, les hélicoptères d’attaque, les emprisonnements, les tueries... Est-ce un dialogue, ça ? Ce n’est pas un dialogue !

    Diriez-vous qu’Ali Bongo ne tient pas compte de vos 47 % de voix ?

    Ali Bongo ne tient pas compte de ma victoire ! Quels 47 % des voix ? Les 47 % des voix qu’il a annoncés et préfabriqués ? Vous connaissez la vérité ! Donc, ne nous dites pas des choses qui sont contraires à la vérité.

    Ecartez-vous toute violence, M. Jean Ping ?

    La violence est pratiquée par Ali, pas par nous ! Vous étiez ici à Libreville. Les avions à réaction qui volent à basse altitude, c’est contre qui ? Les hélicoptères d’attaque, c’est contre qui ? Les arrestations arbitraires, c’est contre qui ? Les morts qui ne cessent de s’accumuler, c’est contre qui ? Il y a une volée de violence disproportionnée de l’Etat. Nous, nous n’avons tué personne, nous n’avons pas d’armes.

    Aviez-vous pensé sincèrement, à un moment donné, pouvoir gagner l’élection et qu’Ali Bongo quitterait le pouvoir ?

    Bon, nous l’avons réellement pensé. Nous avons pensé que, pour une fois, il pourrait céder à la volonté populaire unanime. Mais nous connaissons l’homme. Il a voulu en 1985 se faire proclamer prince héritier, faire passer le président Bongo pour un roi. Et il est dans cette posture. Il pense qu’il va régner à perpétuité sur le Gabon et, après lui, ce sera son fils. Mais on n’entre pas au XXIe siècle à reculons. Tous ceux qui ont tenté de jouer à ce jeu-là ont fini par perdre. Qu’ils s’appellent Idi Amin Dada ou tout ce que vous voulez.

    La communauté internationale vous a conseillé lourdement de déposer des recours devant la Cour constitutionnelle. Vous l’avez fait. Le regrettez-vous aujourd’hui ?

    Oui et non. Non, parce que si nous ne l’avions pas fait, la communauté internationale nous aurait accusés de ceci ou de cela, de ne pas vouloir respecter les règles. Nous l’avons donc fait en pensant que la communauté internationale jouerait à son tour son rôle. Et ça n’a pas été le cas. Nous pensons que la communauté internationale doit maintenant jouer son rôle.

    Diriez-vous que vous avez été dupe à un moment donné ?

    Non, je viens de vous dire ! Dupe, ce n’est pas le mot qui convient. La communauté internationale nous a forcé la main en nous disant : cette fois-ci, ça pourrait bien se passer. Nous avons dit oui, parce que les communiqués de la communauté internationale sont clairs, les engagements pris étaient clairs. L’Union européenne a fait tout ce qu’elle pouvait et, malheureusement, ce que nous craignions est arrivé ! Nous, qui connaissons ces gens et nous, qui avons dit que la Cour constitutionnelle, c’est la tour de Pise qui penche toujours du même côté.

    Je retire le mot « dupe ». Pourrait-on dire que vous avez été à un moment donné ou que vous êtes aujourd’hui – pardonnez-moi l’expression – le « dindon de la farce » ?

    Vous pouvez employer tous les mots que vous voulez, vous pouvez employer tous les mots que vous voulez... Nous savons simplement que la direction qu’on nous a demandé de prendre n’était pas la bonne. Nous avons fait ce qu’on nous demandait de faire. Aux autres de faire ce qu’ils ont promis de faire.

    Le Gabon se réveille coupé en deux ?

    Non, le Gabon n’est pas coupé en deux ! Le Gabon, c’est le Gabon, avec une bande de voyous qui ont pris le Gabon en otage. Et la population gabonaise dans son ensemble est en danger. Elle appelle la communauté internationale à une assistance à population en danger. Voilà, c’est clair.

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  • Au Gabon, Ali Bongo officiellement réélu, son rival en appelle à la communauté internationale

    A Libreville, un important dispositif sécuritaire est déployé à tous les carrefours de la capitale.

    C’est au cœur de la nuit, samedi 24 septembre, peu avant une heure du matin, que le verdict est tombé. Dans une capitale déserte, étroitement quadrillée par les militaires et les policiers, la Cour constitutionnelle a validé la réélection d’Ali Bongo Ondimba.

    Sans la moindre surprise, la plus haute juridiction du Gabon n’a pas inversé les résultats provisoires proclamés fin août par la Commission électorale. Ceux-ci donnaient une très courte avance de moins de 6 000 voix au président sortant devant Jean Ping, son principal adversaire. Poussé par les diplomates occidentaux et africains, ce dernier s’était résolu, sans grande illusion, à déposer un recours devant « la tour de Pise qui penche toujours du côté du pouvoir », selon la formule des opposants gabonais. L’objectif était d’obtenir un recomptage des voix dans la province du Haut Ogooué, où le chef de l’Etat aurait réalisé des scores qui suscitent de très forts doutes – plus de 95 % des suffrages avec un taux de participation flirtant avec les 100 %.

    Offre de « dialogue politique »

    La requête de Jean Ping n’a finalement pas été entendue et Ali Bongo Ondimba, par le jeu des diverses annulations de bureaux de vote, peut désormais se prévaloir d’une victoire plus large : selon les résultats définitifs, il l’emporte avec 50,66 % des suffrages contre 47,24 % à son beau-frère et rival, soit une différence de 11 700 voix.

    Lire aussi :   Au Gabon, le pouvoir est une affaire de famille

    Conscient de l’étroitesse de son succès et des suspicions de fraudes qui l’entoure, Ali Bongo Ondimba a aussitôt après appelé « tous les responsables politiques, y compris les candidats malheureux à l’élection du 27 août, à travailler avec lui. » Reste que son offre de « dialogue politique », une pratique dont son père feu Omar Bongo était passé maître pour éteindre les contestations, s’inscrit dans un climat de répression des opposants. Vendredi, Léon Paul Ngoulakia, cousin germain du chef de l’Etat et ancien patron des services de renseignement récemment rallié à Jean Ping, a été arrêté à Libreville. Les craintes d’une révolution de palais, d’un coup d’état ou d’une grande mobilisation populaire ne sont manifestement toujours pas levées.

    Se présentant encore et toujours comme « le président clairement élu par les Gabonais », Jean Ping n’a pour l’heure pas donné suite à cette main tendue. Samedi après midi, devant quelques dizaines de militants et les leaders politiques qui s’étaient ralliés à sa candidature, il a fustigé « en ce jour de deuil » la Cour constitutionnelle qui « une fois encore, une fois de plus, une fois de trop (…) a montré ses limites à travers son incontestable parti pris. » « Aucun Gabonais ne peut oublier le vote qui a été le sien. Aucune décision d’aucune instance, ne pourra rien changer à cette réalité », a-t-il martelé depuis le perron de la pagode qui jouxte sa demeure sous la surveillance de drones du pouvoir. Son message était au moins autant destiné à ses partisans qu’il invite à rester mobilisés qu’à la communauté internationale « qui doit se sentir interpellée par cette grave menace contre des valeurs universelles. »

    La capitale reste calme

    A la différence du 31 août où Libreville, comme plusieurs villes de province, avait basculé dans la violence, la capitale est cette fois restée calme. Aucun pneu brûlé, aucune pierre lancée. L’important déploiement de forces de l’ordre à tous les carrefours de la ville et le souvenir de la répression – qui fit 4 morts selon le bilan officiel, entre 50 et 100 selon l’opposition – n’ont pas éteint la colère mais ils ont dissuadé tous ceux qui voulaient prendre la rue.

    Devant son étal d’avocats du marché d’Akébé, un quartier populaire de Libreville, Marie-Thérèse Melongué clame sa désespérance. Ici, les supporters d’Ali Bongo Ondimba ne sont pas nombreux ou se font discrets. Dans la bouche de cette dame de 55 ans s’agrègent la colère contre son « vote bafoué » et les conditions de vie misérables dans ce qui devrait être un pays de cocagne recelant de pétrole et de minerais.

    « Ici, nous sommes comme des rats, dit-elle. Il y a des robinets, on paye des factures mais il n’y a pas d’eau. Si tu vas à l’hôpital, on te demande 100 000 francs CFA (environ 150 euros). Où vais-je les trouver ? Ma fille a eu le bac il y a deux ans, mon fils il y a un an mais je n’ai pas les moyens de payer l’université. »

    Lire aussi :   L’ordre règne à Brazzaville : le président est au palais, l’opposant en prison

    Sous le regard approbateur de ses quelques clientes, Marie-Thérèse Melongué interroge : « On va faire quoi ? On a quelle force ? Quand tu veux parler, on vient te menotter et te tuer. C’est maintenant l’état de siège. Comment parler face à un fusil ? », dit-elle en mimant la posture d’un soldat prêt à tirer. Puis comme on lance une bouteille à la mer sans la moindre certitude que celle-ci atteindra un rivage, cette mère de « neuf gosses » supplie : « L’Union européenne a bien vu ce qui s’est passé. Ne nous abandonnez pas. »

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  • Au moins six morts dans un double attentat en Somalie

     

    Au moins six personnes ont été tuées dans un double attentat à la voiture piégée qui a visé, dimanche 31 juillet au matin, le quartier général du département des enquêtes criminelles de la police en Somalie, dans le centre de la capitale Mogadiscio.

    Selon un responsable sécuritaire, Ibrahim Mohamed, « les éléments terroristes ont lancé deux voitures remplies d’explosifs sur le quartier général du CID [criminal investigations department] ». Les médias locaux ont indiqué que des échanges de coups de feu avaient suivi les deux explosions. L’attaque a également coûté la vie à sept assaillants. « Certains ont été tués par les forces de sécurité et d’autres se sont fait exploser », a déclaré le ministre de la sécurité somalien, Abdirasak Omar Mohamed, lors d’une conférence de presse. « Cinq civils qui se trouvaient dans la rue sont morts ainsi qu’un policier, le bilan total est donc de 13 morts », a-t-il ajouté.

    Le département des enquêtes criminelles est situé près du carrefour KM4, un lieu très fréquenté du centre de Mogadiscio. Des personnes soupçonnées d’appartenir au groupe islamiste radical des Chabab sont régulièrement détenues au sein du CID.

    Les Chabab, auteurs de nombreuses attaques à la voiture piégée

    C’est la deuxième attaque d’envergure cette semaine à Mogadiscio. Mardi, au moins treize personnes avaient été tuées près de l’aéroport dans un double attentat-suicide à la voiture piégée, revendiqué par les Chabab. Ces derniers utilisent régulièrement pour leurs attaques des véhicules piégés, dont l’explosion précède souvent l’entrée en action d’un commando lourdement armé pour faire le plus de victimes possible.

     

    Des Chabab, qui ont fait vœu d'allégeance à Al-Qaida, à Mogadiscio, en octobre 2010.

    Les insurgés islamistes ont eu recours à ce mode opératoire contre certains des hôtels les plus en vue de Mogadiscio ces derniers mois. La dernière attaque en date, le 25 juin, contre l’hôtel Naasa Hablood, également situé près du carrefour KM4, avait coûté la vie à au moins onze personnes. Elle faisait suite trois semaines plus tôt à celle de l’hôtel Ambassador, dans le même quartier, qui avait fait dix morts, après un face-à-face de plus de douze heures entre les assaillants et les forces de sécurité.

    Confrontés à la puissance de feu supérieure de la force de l’Union africaine en Somalie (Amisom), déployée en 2007 et forte de 22 000 hommes, les Chabab ont été chassés de Mogadiscio en août 2011. Ils ont ensuite perdu l’essentiel de leurs bastions, mais ils contrôlent toujours de vastes zones rurales d’où ils mènent des opérations de guérilla et des attentats-suicides, souvent jusque dans la capitale.

    Lire aussi : Somalie : les obstacles s’accumulent sur la route des élections

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    Soudan du Sud: des milliers d'habitants fuient les combats à Juba

    Soudan du Sud: des milliers d'habitants fuient les combats à JubaUn membre de la SPLA-IO (Armée d'opposition de libération du peuple soudanais) le 25 avril 2016 à Juba ((c) Afp)
       

      Juba (AFP) - Des milliers d'habitants de la capitale sud-soudanaise Juba fuyaient dimanche les combats intenses opposant les forces régulières et les ex-rebelles, les deux camps s'accusant mutuellement d'être responsables de ces nouvelles violences.

      Ces affrontements, qui ont fait au moins 150 morts depuis deux jours, mettent en péril un fragile accord de paix signé l'année dernière dans le plus jeune Etat du monde, qui fêtait samedi ses cinq ans d'indépendance.

      Le Soudan du Sud est déchiré depuis fin 2013 par un conflit féroce qui a fait plusieurs dizaines de milliers de morts et près de trois millions de déplacés.

      Dimanche, l'ONU a fait état de tirs de mortiers, de lance-grenades et d'"armes d'assaut lourdes" à Juba. La présence d'hélicoptères de combat et de chars a également été signalée. Ces informations ont conduit des milliers d'habitants de la capitale à se terrer chez eux ou à fuir leurs maisons, selon des témoins."La situation s'est considérablement détériorée à Juba", a averti l'ambassade des Etats-Unis, invitant les Américains à rester chez eux.

      "De violents combats sont en cours entre forces gouvernementales et de l'opposition, aux environs notamment de l'aéroport, des sites de la Minuss (la mission de l'ONU), (dans le quartier de) Jebel et dans différentes zones de Juba", a-t-elle ajouté sur sa page Facebook.

      Aucun bilan des combats de dimanche n'était disponible.

      Les affrontements ont débuté jeudi à Juba par un accrochage, qui a fait cinq morts, entre des soldats loyaux au président Salva Kiir et des gardes du corps de l'ex-chef rebelle et actuel vice-président Riek Machar. Cet accrochage a été suivi de nouveaux combats vendredi où plus de 150 personnes - en majorité des soldats des deux parties - ont été tuées, selon les ex-rebelles.

      Dans le cadre d'un fragile accord de paix et de partage du pouvoir signé en août 2015, M. Machar est revenu, avec un fort contingent d'hommes armés, en avril à Juba, où il a été réinstallé vice-président et a formé avec M. Kiir un gouvernement d'union nationale.

      Dimanche, des combats intenses ont repris dans la partie ouest de Juba, où les troupes des deux parties disposent de bases au pied des montagnes de Jebel Kujur, et près d'un camp de l'ONU.

      Ils se sont ensuite étendus à d'autres zones de la capitale au fil de la journée, notamment dans le quartier de Gudele - réputé pour être une poudrière et où Riek Machar a installé son quartier général - et le quartier central de Tongping, près de l'aéroport international.

      - "Situation sécuritaire incertaine" -

      La compagnie aérienne Kenya Airways a annoncé avoir suspendu dimanche tous ses vols à destination de Juba, évoquant une "situation sécuritaire incertaine".

      S'exprimant dimanche après-midi, le ministre sud-soudanais de l'Information, Michael Makuei, a accusé les ex-rebelles d'être responsables de ces affrontements. Il a également affirmé que le gouvernement "contrôlait totalement Juba", alors même que des échanges de tirs étaient toujours entendus dans la ville.

      Selon M. Makuei, Salva Kiir pourrait appeler à un cessez-le-feu plus tard dans la journée. "Son excellence le président devrait déclarer et imposer à ses troupes un cessez-le-feu unilatéral. Nous espérons que le premier vice-président, Riek Machar, fera de même", a ajouté M. Makuei.

      Plus tôt dimanche, un porte-parole de M. Machar avait de son côté rejeté la responsabilité des derniers affrontements sur les soldats gouvernementaux.

      "Nos forces ont été attaquées sur la base de Jebel", avait accusé James Gatdet Dak, affirmant que l'assaut avait été repoussé.

      Il a ajouté que des hélicoptères de combat et des tanks avaient été utilisés pour bombarder la base de M. Machar.

      Un camp de l'ONU, à proximité duquel les combats ont éclaté dimanche matin, abrite 28.000 déplacés. Dimanche, des habitants de la zone se sont réfugiés dans l'enceinte du camp. Selon des travailleurs humanitaires, des tirs ont aussi touché l'intérieur du camp, blessant plusieurs civils.

      Des civils se sont également dirigés, avec enfants et maigres possessions, vers une autre base de l'ONU proche de l'aéroport.

      Les violences ont terni samedi le cinquième anniversaire de l'indépendance du pays, enlisé dans la guerre civile depuis décembre 2013, un conflit politique compliqué par des hostilités entre ethnies et des luttes au niveau local.

      Malgré l'accord de paix de 2015, les hostilités se poursuivent dans plusieurs régions du pays.

       

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    • mercredi, 01 juin 2016 13:26   LIEN

      Décès du président sahraoui:

      le CNASPS salue la mémoire d'un "valeureux" combattant

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      ALGER - Les membres du Comité de Soutien au Peuple Sahraoui (CNASPS) ont salué mercredi la mémoire du "valeureux" combattant que fut le président sahraoui, Mohamed Abdelaziz, décédé mardi à l'âge de 68 ans.

      Dans un communiqué parvenu à l'APS, les membres du CNASPS ont indiqué avoir "appris avec une grande tristesse la nouvelle du décès du Président Mohamed Abdelaziz, Président de la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD), et Sécrétaire Général du Front Polisario".

      Ils s'inclinent devant la mémoire du "valeureux combattant Mohamed Abdelaziz, qui, au service de la libération de son peuple, et sur le champ de la bataille, a fait preuve d'un immense courage contre le colonisateur espagnol d'abord, puis contre l'occupant marocain. Les blessures qu'il portait dans sa chair en sont la preuve irréfragable", indique le communiqué.

      Le CNASPS a salué, dans son communiqué, "le dirigeant émérite qu'a été feu Mohamed Abdelaziz, qui a démontré à la tête de l'Etat sahraoui et du Front Polisario, toute l'étendue de sa sagesse, de sa clairvoyance, de son engagement total dans son noble combat pour la dignité et la liberté".

      "Sa profonde expérience, son sens inné de la stratégie et des équilibres et sa vision prospective, lui ont dicté de choisir, avec ses compagnons et frères d'armes, de faire taire les armes, et de choisir la voie pacifique en en référant à l'ONU et au Droit international, pour promouvoir les justes revendications

      du Peuple Sahraoui dans les cénacles internationaux, ainsi que d'enregistrer des succès diplomatiques probants et répétitifs", poursuit le texte.

      Les membres du CNASPS rendent également hommage à "l'Humaniste que fut Mohamed Abdelaziz, à l'écoute attentive des Sahraouis de toutes conditions, soucieux d'alléger leurs souffrances quotidiennes tout en obtenant leur adhésion sincère  et inconditionnelle pour les diriger vers l'inéluctable victoire et au recouvrement de l'indépendance".

      Pour tous les Sahraouis, rappelle le CNASPS, Mohamed Abdelaziz est "un modèle d'intégrité et de compétence, et constitue déjà pour la jeunesse l'exemple à suivre, ayant ouvert le chemin du sacrifice afin de concrétiser l'objectif de la souveraineté sahraouie sur le territoire national".

      "Hier,  El Ouali Mustapha Sayed, aujourd'hui Mohamed Abdelaziz, ils ont laissé un peuple debout, fier, irréductible, résolu et convaincu de la victoire proche. Comme ils ont légué un dossier solidement endossé au droit inaliénable des peuples colonisés à l'autodétermination", ajoute le communiqué.

      Enfin, les membres du CNASPS ont présenté "leurs sincères condoléances à la veuve (du défunt président), Kadija Hamdi, à ses enfants, à ses frères membres de la Direction Nationale ainsi qu'à tous les Sahraouis, en priant que le Tout Puissant accueille le défunt en son Vaste Paradis".

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    • Procès de Hissène Habré : le verdict historique rend justice

      aux dizaines de milliers de victimes

      [30/05/2016]     LIEN

      Le jugement rendu lundi 30 mai, qui condamne l'ancien président tchadien Hissène Habré, marque un tournant pour la justice internationale et un immense soulagement pour les dizaines de milliers de victimes qui attendaient ce jour depuis plus de 25 ans, a déclaré Amnesty International.

      À l'issue d'un procès ouvert en juillet dernier, les Chambres africaines extraordinaires à Dakar ont condamné Hissène Habré à la réclusion à perpétuité après qu’il a été reconnu coupable de crimes contre l'humanité, crimes de guerre et actes de torture commis au Tchad entre 1982 et 1990. Les Chambres ont rejeté la saisie de ses avoirs gelés durant le procès.

      « Ce verdict est une victoire pour les victimes qui se sont battues sans relâche pour qu'Hissène Habré réponde devant la justice de crimes relevant du droit international. Il démontre que lorsqu'ils en ont la volonté politique, les États peuvent collaborer efficacement pour mettre un terme à l'impunité dans les situations les plus enlisées », a déclaré Gaetan Mootoo, chercheur sur l'Afrique de l'Ouest à Amnesty International.

      « Ce sont des moments comme ceux-là qui peuvent inspirer d'autres victimes autour du monde en de sombres périodes, lorsque la justice semble hors d'atteinte, en ravivant l'espoir et en donnant la force de se battre pour ce qui est juste. Cette décision historique doit aussi inciter l'Union africaine et chaque État africain à suivre cet exemple afin que justice soit rendue à d’autres victimes dans d'autres pays du continent. »

      Le procès d'Hissène Habré s'est ouvert au Sénégal le 20 juillet 2015 ; 69 victimes, 23 témoins et 10 experts ont témoigné dans le cadre de cette procédure. Entre autres éléments de preuve, l'accusation s'est appuyée sur des rapports de recherche publiés par Amnesty International dans les années 1980. Un ancien employé d'Amnesty International a également témoigné durant le procès en tant qu'expert. Deux des victimes qui avaient porté plainte contre Hissène Habré sont mortes dans l'intervalle. Leurs enfants et leurs familles vont enfin savoir que justice leur a été rendue.

      Cette affaire établit un précédent pour les initiatives visant à mettre fin à l'impunité en Afrique, car c'est la première fois que la compétence universelle aboutit à un procès sur le continent, et qu'un ancien dirigeant africain est poursuivi pour des crimes de droit international devant un tribunal siégeant dans un autre État africain.

      Un Fonds au profit de toutes les victimes

      Hissène Habré a le droit d'interjeter appel de sa condamnation, et il convient d'allouer des ressources suffisantes aux Chambres africaines extraordinaires afin qu'elles puissent aller au bout de cette affaire, en toute efficacité. Elles doivent également mener des audiences dédiées aux réparations avant le 31 juillet 2016, et sont chargées de mettre sur pied un Fonds au profit de toutes les victimes, qu'elles aient ou non pris part à la procédure.

      Les Chambres africaines extraordinaires doivent créer ce Fonds sans délai. Il doit bénéficier de ressources et d'autres formes de soutien, y compris de la part de l'Union africaine (UA).

      Cependant, les initiatives visant à remédier à l'impunité pour les crimes commis au Tchad ne doivent pas s'arrêter là.

      « Il importe de maintenir la pression sur le Tchad et même sur d'autres États, afin d'enquêter sur d'autres personnes accusées d'avoir commis de graves atteintes aux droits humains entre 1982 et 1990 – notamment des crimes de nature sexuelle et des violences fondées sur le genre – et de les poursuivre en justice dans le cadre de procès équitables, excluant tout recours à la peine de mort. En particulier, le Tchad doit enquêter sur les massacres commis en septembre 1984 dans le sud du pays », a déclaré Gaetan Mootoo.

      Complément d’information

      Amnesty International fait campagne depuis les années 1970 en faveur des victimes de violations des droits humains au Tchad. Elle a recommandé que les auteurs de violations commises sous le régime d’Hissène Habré soient traduits en justice. Malgré des obstacles politiques majeurs, les victimes en collaboration avec des organisations de la société civile ont mené une campagne énergique aux niveaux régional, national et international, qui a permis la création en août 2012 des Chambres africaines extraordinaires.

      La commission d'enquête nationale du Tchad a estimé que 40 000 personnes pourraient avoir trouvé la mort aux mains des forces de sécurité tchadiennes entre 1982 et 1990. Les forces gouvernementales ont commis des actes de torture, et procédé à des arrestations arbitraires, à des exécutions extrajudiciaires et à des disparitions forcées au cours de cette période. Plus de 50 000 lettres et cartes de membres d'Amnesty International ont été retrouvées dans les archives de la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS).

      Tout en saluant le verdict historique rendu dans cette affaire, Amnesty International déplore que le Tchad ait à plusieurs reprises refusé de coopérer et que l'Union africaine n'ait pas réagi à ces incidents, pas plus qu'aux problèmes liés à la protection de certains témoins et avocats. Depuis l'ouverture du procès, Amnesty International préconise que la procédure soit conforme aux normes internationales en matière d’équité.

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    • Ouganda : l’opposant Kizza Besigye inculpé de trahison

      L’opposant ougandais Kizza Besigye a été mis en examen pour trahison, le 13 mai.

      L’opposant historique ougandais Kizza Besigye, qui avait été arrêté mercredi dans la capitale Kampala, a été inculpé vendredi 13 mai de trahison par un tribunal de Moroto, dans le nord-est du pays, a annoncé son avocat.

      Kizza Besigye avait obtenu 35,61 % des voix lors de la présidentielle du 18 février, remportée par Yoweri Museveni, réélu pour un cinquième mandat. Depuis, il a contesté les résultats et a été assigné à résidence. Son placement en résidence surveillée a été levé le 1er avril, à l’issue de quarante-trois jours, mais il avait depuis à nouveau été arrêté, puis relâché, pour rassemblement illégal.

      Comparution le 25 mai

      Mercredi, à la veille de l’investiture officielle du président Museveni, Kizza Besigye avait procédé à une prestation de serment alternative, juste avant d’être une nouvelle fois arrêté par la police et emmené à Moroto, dans la région reculée de Karamoja.

      Selon son avocat, Kizza Besigye, opposant de longue date de Yoweri Museveni, n’a pu être assisté vendredi devant le tribunal. Il a ensuite été placé en détention, où il devrait rester jusqu’à sa prochaine comparution, le 25 mai.

      La trahison est un crime passible de la peine capitale en Ouganda, mais le pays n’a procédé à aucune exécution depuis des années. Kizza Besigye a déjà été inculpé pour ce motif en 2005, mais les charges contre lui avaient finalement été abandonnées.

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    • A Bangui, François Hollande annonce

      la fin de l’opération « Sangaris »

      François Hollande, Jean-Yves Le Drian accueillis par le président Faustin Touadera à leur arrivée à Bangui en Centrafrique, le 13 mai.

      Figé dans sa statue plantée à l’entrée du quartier du KM5, le lieutenant Georges Koudoukou aurait tant de choses à dire à François Hollande, en visite à Bangui vendredi 13 mai après-midi. Lorsque le chef de l’Etat français est passé devant le monument érigé en l’honneur de ce héros de la France libre, mort après avoir été blessé à Bir-Hakeim, en 1942, ce dernier aurait pu lui glisser qu’il n’y a pas si longtemps, étaient inscrits sur le socle de sa statue des messages promettant à son visiteur du jour la Cour pénale internationale.

      Dans le KM5, dernière enclave musulmane de la capitale centrafricaine, les sentiments à l’égard de la France ont depuis évolué. Vendredi, il n’était plus question de la vouer aux gémonies, de lui rappeler que le déclenchement de l’opération « Sangaris » en décembre 2013 avait entraîné la chute du pouvoir de la Séléka – alliance de mouvements rebelles à majorité musulmane –, suivie d’un cycle de vengeances contre la minorité islamique. « Restez ! », clame un commerçant, derrière un solide dispositif de sécurité. « Il ne faut pas que la France nous tourne le dos. La paix n’est pas sûre », ajoute son voisin. M. Hollande a fait ce bref déplacement pour signifier au nouveau président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, et aux 650 soldats français encore présents, la fin de « Sangaris ». Dans le reste de la capitale, l’accueil était bien moins chaleureux.

      Lire aussi : En Centrafrique, victoire du « candidat du peuple »

      Une myriade de conflits

      La République centrafricaine (RCA) n’est plus le théâtre d’une guerre de blocs, s’ils ont jamais existé, entre Séléka et anti-balaka (milices d’autodéfense chrétiennes), mais d’une myriade de conflits où se mêlent luttes pour le contrôle de territoires, banditisme et « protection » de communautés. Près de Ndélé, dans le nord, les mouvements du général Al-Khatim, chef d’une branche des ex-rebelles de la Séléka, font des frayeurs à la population et aux Chinois prospecteurs de pétrole qui s’y trouvent. Plus à l’ouest, à proximité des frontières du Cameroun et du Tchad, les tensions ne cessent de s’exacerber entre pasteurs peuls et agriculteurs. Des conflits qui se règlent désormais à coups de fusils d’assaut.

      Trois mois après son élection à la présidence, le professeur de mathématiques Faustin-Archange Touadéra a déjà résolu plusieurs équations. Celle de la réalisation d’une victoire dans les urnes sans appareil politique, puis de la formation d’un gouvernement composé de son cercle rapproché, d’un fils d’empereur, Jean-Serge Bokassa, à l’intérieur, d’un conseiller municipal PS à la mairie du 13e arrondissement de Paris, Joseph Yakété, à la défense, et d’anciens membres des gouvernements de l’ex-président François Bozizé, dont. M. Touadéra fut le premier ministre entre 2008 et 2013.

      L’aide de la France est attendue

      Il reste désormais au nouvel élu, comme il le détaille, à remporter les défis de « la paix, la sécurité, la réconciliation nationale, l’assainissement des finances publiques, la relance de l’économie et la satisfaction des besoins de base des populations ». Pour y parvenir, sa première urgence sera d’engager un processus de désarmement et de réinsertion des combattants, « clé de voûte de la relève » de la RCA. L’aide des bailleurs étrangers, et notamment de la France, premier partenaire, est à ce titre fortement attendue.

      Lire aussi : François Hollande, à Bangui, doit exiger la justice pour toutes les victimes d’abus

      Honoré par son hôte, qui lui a signifié « la reconnaissance des Centrafricains », François Hollande a, lui, salué « une élection qui peut servir de référence en Afrique », avec un scrutin pluraliste comme « ailleurs en Afrique, mais pas partout ». Une allusion aux élections contestées au Congo-Brazzaville et au Tchad.

      Vers un désengagement militaire

      Pour la France, le problème à régler est celui d’un désengagement militaire, sans laisser l’impression d’abandonner la RCA à un moment crucial. « La responsabilité qui était la mienne était de prendre la décision d’intervenir alors que nos armées étaient déjà engagées au Mali, a déclaré le président français, qui effectuait sa troisième visite en trente mois. Mais ma responsabilité de chef de l’Etat, une fois que cette opération a été menée à son terme avec le succès que l’on vient de saluer, c’est alors d’y mettre un terme, parce que nos armées sont appelées sur d’autres fronts. » Les priorités militaires sont au Sahel, « encore pour longtemps en Syrie et en Irak », ou à la protection du territoire, mais « la France est et sera toujours là », a insisté M. Hollande.

      Lire aussi : L’armée française va quitter la Centrafrique « courant 2016 »

      Selon le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, qui accompagnait le chef de l’Etat, dans un proche avenir, entre 70 et 100 militaires contribueront, au sein d’une mission de l’Union européenne, à la formation d’une nouvelle armée centrafricaine, une centaine d’autres seront déployés au sein de la Mission des Nations unies. Enfin, un détachement d’environ 250 hommes sera positionné sur l’aéroport de Bangui-M’Poko. L’armée française n’en a donc pas terminé avec l’un de ses principaux terrains d’intervention (six depuis 1979).

      L’étape de Bangui achevée, François Hollande s’est rendu vendredi soir à Abuja, la capitale du Nigeria. Samedi, le chef de l’Etat devait participer au sommet régional consacré à la lutte contre Boko Haram. Une autre crise où les militaires français sont engagés.

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