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    Législatives

    La droite espagnole remporte une victoire stérile

    Par François Musseau, MADRID, de notre correspondant 26 juin 2016 à 22:13     LIEN
     
     
     

    Une femme met son bulletin dans l'urne lors des élections législatives en Espagne, le 26 juin 2016 Photo CRISTINA QUICLER . AFP

     

    Largement en tête, les conservateurs de Mariano Rajoy ne disposeraient pas de la majorité absolue nécessaire pour former un gouvernement. A gauche, Podemos n'aurait pas réussi à dépasser les socialistes.

     

     

    Comme cela était attendu, les conservateurs du Parti populaire, emmenés par Mariano Rajoy, au pouvoir depuis fin 2011, ont largement emporté le scrutin législatif de dimanche en Espagne. De façon plus ample encore qu’à l’issue des législatives de décembre 2015, leur nombre des députés passant de 123 à 133 -sur 350 au total. Mais, comme en décembre, il y a tout à parier que cette victoire ne serve pas à grand chose au gouvernement sortant. Mariano Rajoy, un vieux routier de la politique, incarnation d’un système dominé par les scandales de corruption, est un compagnon de route dont ne veut aucun autre parti. Or, avec quelque 30% des suffrages, les conservateurs demeurent très en-deça de la majorité absolue requise pour former un gouvernement stable. C’est en tout cas, ce qu’indiquaient les premiers résultats dans la soirée de dimanche, avec la moitié des suffrages dépouillés.

     

    Autre fait majeur de ces élections, également à prendre avec précaution : le fameux -et si commenté durant la campagne- sorpasso ne se serait pas produit. Ce terme italien correspond à un dépassement historique d’un parti par un autre. En l’occurrence, le parti socialiste espagnol, le PSOE, formation centenaire qui a principalement gouverné le pays depuis la fin du franquisme, n’aurait pas été «surclassé» par Podemos, un parti émergent issue de l’«indignation sociale» née en mai 2011. Selon ces premiers résultats -non définitifs-, le PSOE recueillerait environ un quart des suffrages, et environ 93 députés -soit légèrement mieux que les 90 glanés en décembre 2015; dans le même temps, en compagnie de son allié électoral communiste, Podemos obtiendrait quelque 70 députés, peu ou prou son résultats des dernières législatives.

     

    Si ces résultats se confirmaient, il y aurait deux enseignements principaux à tirer de ce scrutin. Primo, la droite n’a quasiment aucune chance de pouvoir former un gouvernement car son allié naturel, les centristes libéraux de Ciudadanos, n’obtiendraient pas plus d’une trentaine de sièges -ce qui laisserait cette alliance à une certaine distance d’une majorité stable. La seule solution serait que les socialistes, qui ont la clé de ce scrutin, s’abstiennent en faveur des conservateurs. Une perspective difficilement imaginable, la grande majorité des barons socialistes répugnent à l’idée de tout rapprochement avec la droite, qualifiée d’« ultralibérale» et «corrompue».

     

    Deuxio, la possibilité arithmétique d’un «Front de gauche», qui unirait les socialistes et Podemos. Ces deux mouvements obtiendraient un nombre de députés assez proche de la majorité absolue -fixée à 168 sièges-, et pourraient, pour y parvenir, arracher le soutien de formations régionales. Mais cette alliance est politiquement très difficile à mettre en place. Même si leurs programmes ont de nombreux points en commun (relance par la consommation, négociation avec Bruxelles pour différer la baisse du déficit public, hausse sensible des dépenses publiques, etc.), ces deux rivaux se haïssent cordialement : déjà, en mars, le socialiste Pedro Sanchez et le Podemita Pablo Iglesias avaient tenté en vain de sceller une alliance.

     

    En l’état actuel des choses, on imagine mal les socialistes accepter de se plier au diktat de la formation émergente. Une certitude : dès cette semaine, les tractations vont commencer pour tenter de former une coalition avec, pour échéance, la constitution du prochain Parlement, le 19 juillet. Mais, d’ores et déjà, beaucoup d’observateurs craignent que celle-ci ne se produise pas. Et que l’Espagne plonge un peu plus dans l’instabilité, avec le risque croissant de devenir un pays ingouvernable.

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