• Qui était Jacques Hamel, le prêtre assassiné lors de l'attaque de l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray ?

    Le prêtre égorgé lors de la prise d'otages, mardi matin dans son église à Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen, était âgé de 86 ans. 

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    Le père Jacques Hamel, prêtre assassiné le 26 juillet 2016 à Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), lors d'une messe célébrée dans son église le 11 juin 2016.Le père Jacques Hamel, prêtre assassiné le 26 juillet 2016 à Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), lors d'une messe célébrée dans son église le 11 juin 2016. (AFP)

    Francetv info

    Mis à jour le 26/07/2016 | 16:47, publié le 26/07/2016 | 13:40

    image il y a 1 heure

    DIRECT. Les obsèques du père Jacques Hamel débutent à Rouen, une semaine après son assassinat

    L'Eglise catholique est en deuil. L'homme assassiné lors de la prise d'otages, mardi 26 juillet, dans une une église de la ville de Saint-Etienne-du-Rouvray, située dans la banlieue de Rouen (Seine-Maritime), était le père Jacques Hamel. C'est l'archevêque de Rouen, Dominique Lebrun, qui a confirmé l'identité de la victime, depuis Cracovie (Pologne) où il se trouvait à l'occasion des Journées mondiales de la jeunesse.

    >> Saint-Etienne-du-Rouvray : suivez les dernières infos dans notre direct

    Agé de 86 ans, Jacques Hamel était le prêtre auxiliaire de la paroisse Saint-Etienne de Saint-Etienne-du-Rouvray. Il officiait auprès du père Auguste Moanda-Phuati, curé de la paroisse. "C'est lui qui me seconde à la paroisse et qui célèbre la messe pendant mes absences", explique le père Auguste Moanda-Phuati auprès de Libération.

    Un homme "très apprécié", simple et humble

    Jacques Hamel avait été ordonné prêtre il y a 58 ans, selon le diocèse de Rouen. Il avait fêté son jubilé d'or (50 ans de service) en 2008. Le religieux souhaitait "demeurer au service de l'Eglise", selon le père Auguste Moanda-Phuati. Jacques Hamel a donc choisi de rester à Saint-Etienne-du-Rouvray, en tant que prêtre auxiliaire après avoir été en charge de cette paroisse de Seine-Maritime. Il continuait à y célébrer baptêmes et mariages. 

    L'homme est décrit comme étant "chaleureux, simple et vivant modestement" et "très apprécié" par la population, selon le père Auguste Moanda-Phuati, cité par Libération. " "C’était un homme qui vivait simplement, quelqu’un qui était toujours à la tâche. (...) Il était toujours prêt, malgré son âge, à entrer en action", témoigne le père Pierre Belhache, qui a été son curé, auprès de La Croix. Tous décrivent un homme simple et humble. "C’était un homme très attentif aux situations tout en restant discret, et avec un formidable esprit missionnaire, poursuit l’ancien archevêque de Rouen, Jean-Charles Descubes. Je revois son visage : il rayonnait de bonté."

    "Prions pour un meilleur vivre ensemble" 

    Selon La Croix, Jacques Hamel avait invité ses paroissiens à prendre "un temps de ressourcement" pour "entendre l’invitation de Dieu" cet été. Il écrivait ainsi dans la feuille paroissiale : "Attentifs à ce qui se passera dans notre monde à ce moment-là. Prions pour ceux qui en ont le plus besoin, pour la paix, pour un meilleur vivre ensemble."

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  • La Promenade des Anglais recouverte de fleurs pour l'hommage aux victimes de l'attentat à Nice

     

     

    Publication: 18/07/2016 10h07 CEST Mis à jour: il y a 4 heures      LIEN
     

     

    PROMENADE DES ANGLAIS

     

     

     

     

     

     

    PHOTOS - Les fleuristes de Nice s'unissent pour leur ville. Lundi 18 juillet, à l'occasion de l'hommage rendu aux victimes de l'attentat du 14 juillet, plusieurs d'entre eux ont déposé des bouquets, dès 10 heures, sur la Promenade des Anglais, où 84 personnes sont mortes sur le passage du camion de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel.

    Depuis le lendemain du massacre, revendiqué par le groupe jihadiste État islamique, des passants et témoins du drame déposent fleurs et messages sur cette rue emblématique de la ville.

    Les fleurs sont déposées tout le long de la route. Les fleuristes espèrent couvrir les deux kilomètres de l'attaque.

     

    Devant l'hôpital Lenval, les fleuristes de Nice et des alentours ont commencé à couvrir la Promenade pic.twitter.com/mHCA0z3t9r

     

    Des fleuristes de déposent des dizaines de gerbes le long de la prom des Anglais "pour redonner de la joie"

    VOIR AUSSI : La carte des rassemblements en hommage aux victimes

    C'est une fleuriste du boulevard Gambetta, à Nice, qui a la première proposé de recouvrir la "Prom'" de fleurs, juste avant qu'une minute de silence soit observée au monument du Centenaire.

    "Soyez humains, soyez solidaires, soyez généreux dans ces moments douloureux chers confrères fleuristes", écrivait-elle le 16 juillet sur sa page Facebook.

    Fil d’actualité

    Aux Fleurs D'Amél'ys
    samedi

    Bonjour

    Avec la participation de mes confrères fleuriste

    Je fais appel à tous mes confrères fleuriste du département de la côte d'azur à venir se joindre à nous à rendre hommage à toutes s'est victimes innocentes ainsi à rendre hommage à cette belle ville sali pour se 14 juillet

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    "La première raquette sera déposée par nos soins, la deuxième sera posée par nos héros les pompiers niçois", précise-t-elle encore.

    "Nous espérons couvrir les deux kilomètres de la Prom' qui ont connu l'attentat de fleurs", a-t-elle confié à Europe 1. "Tous les fleuristes peuvent se joindre à nous ainsi que les Niçois", a-t-elle ajouté.

    La Promenade des Anglais était encore parsemée lundi matin de nombreux mémoriaux installés aux endroits présumés où des victimes ont trouvé la mort. Parmi eux, l'un détonne: un tas d'immondices, des mégots calcinés, et, écrit en rouge "ASSASSIN", c'est le lieu présumé où a été abattu le tueur.

    Crachats, insultes et défouloir sur la promenade des Anglais, où le tueur a été abattu http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/07/17/crachats-insultes-et-defouloir-sur-la-promenade-des-anglais-ou-le-tueur-a-ete-abattu_4970920_3224.html 

    La grande artère du bord de mer niçois sera rendue dans son intégralité à la circulation en début d'après-midi, après le respect d'une minute de silence à midi en présence notamment du Premier ministre Manuel Valls et de la ministre de la Santé Marisol Touraine.

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  • Une image qui me touche.....

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  • Michel Rocard, le protestant en politique

    Par Bernadette Sauvaget 7 juillet 2016 à 13:36    LIEN
     
     
     

     

     

    Michel Rocard en 2009. Photo Sébastien Calvet pour «Libération»

     

    Très peu pratiquant, l’ancien Premier ministre revendiquait cependant cet héritage et cette culture, marqués par la rigueur du calvinisme.

     

     

    Comme une sorte de retour aux sources… La journée d’hommages à Michel Rocard a débuté, ce jeudi matin, par une cérémonie d’adieu au temple de l’Etoile, à Paris, l’un des hauts lieux du protestantisme de la capitale. Plutôt distant dans sa pratique religieuse, l’ancien Premier ministre, protestant par sa mère, n’a «jamais renié ses origines», explique à Libération le sociologue des religions et spécialiste du protestantisme, Jean-Paul Willaime. Même s’il était moins engagé que Pierre Joxe au sein des institutions de cette confession, Rocard reconnaissait volontiers son attachement, sa culture et son héritage protestants, très marqués par la rigueur et l’exigence du calvinisme.

    Dans son parcours, son passage aux scouts unionistes a beaucoup compté, modelant ses engagements ultérieurs. Il appartenait à la troupe de la paroisse calviniste du Luxembourg. Il y a quelques années, Rocard a raconté qu’en tant que chef scout, il a accueilli des déportés de retour des camps à l’hôtel Lutetia, à Paris. Le responsable socialiste confiait avoir découvert là «l’importance de la politique» et sa «dimension tragique». A ses louveteaux, Michel Rocard, comme chef de troupe, proposait non pas des explorations dans la nature mais des parcours en ville pour découvrir la réalité sociale et économique du monde.

    «Dans le monde politique, il a incarné l’éthique de la responsabilité et l’éthique de l’action, typiques du protestantisme, explique Jean-Paul Willaime. Comme les protestants n’acceptent pas de magistère dans l’Eglise, il n’a pas accepté de magistère dans les partis. Sa fidélité n’allait pas à un homme mais à la réalité. C’était une sorte d’anticlérical en politique.» Dans sa pratique et ses engagements, l’ancien Premier ministre était en phase avec la théologie protestante qui enjoint à l’homme, en en faisant sa vocation propre, de poursuivre et d’améliorer la création. Sans concession, adepte du «parler vrai», Rocard avait aussi la liberté et l’habitus du «minoritaire», comme le souligne Jean-Paul Willaime. Son protestantisme a aussi fortement contribué à son image et même à sa légende face à un François Mitterrand marqué, lui, par le catholicisme de terroirs, parfois maurrassien, des années 30.

    Dans une discrétion toute protestante, la cérémonie au temple de l’Etoile s’est déroulée loin des regards des caméras… Quelques amis autour du fidèle Pierre Encrevé, lui-même protestant, longtemps la plume de l’homme politique, l’avaient préparée dans l’intimité.

    Bernadette Sauvaget
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  • Moyen-Orient

     

    Mort du cinéaste iranien Abbas Kiarostami, Palme d’or 1997

     

    media Le réalisateur iranien Abbas Kiarostami, ici en 2014. AFP / VALERY HACHE

     

    Chef de file du cinéma iranien, le réalisateur Abbas Kiarostami, né le 22 juin 1940 à Téhéran, s'est éteint en France ce lundi 4 juillet à l’âge de 76 ans. Pionnier de la Nouvelle Vague iranienne et Palme d’or en 1997 pour Le Goût de la cerise, il a tourné plus de 40 films et remporté de très nombreux prix dans le monde entier. Malgré la censure subie par les régimes successifs, il est resté fidèle à son pays.

     

    Sa dernière apparition au Festival de Cannes remonte à 2012. Avec Like Someone in Love, il nous offrait une dernière démonstration de son art cinématographique à travers de longs plans-séquences, des reflets de lumières, du hors-champ, des voix-off… Un jeu d’images et de sons autour d’une relation énigmatique entre une jeune étudiante-prostituée et un vieux sage en quête d’empathie. Rien n’est montré, tout est dévoilé par des glissements sentimentaux successifs.

     

    « Cela ne veut pas dire que l’histoire est finie »

    Un film sans début ni fin véritable. Le tout tourné en japonais, à Tokyo : « Tout film est une expérience nouvelle, disait Abbas Kiarostami en 2012 au micro de RFI, lors de la sortie du film en France. Quand nous tournons un film, nous racontons nécessairement une histoire. Alors je ne vois pas comment on peut avoir la prétention de connaître le début et la fin d’une histoire quelle qu’elle soit. On arrive toujours dans une histoire alors qu’elle a commencé sans nous et on s’en sépare avant qu’elle s’achève. Même si vos personnages meurent, cela ne veut pas dire que l’histoire est finie. »

     

    Ainsi s’inscrit Abbas Kiarostami après sa mort dans l’histoire cinématographique. « C’est un des grands cinéastes de notre temps » avait confié Juliette Binoche, après deux films tournés sous sa direction. Pendant 40 ans, Abbas Kiarostami a défendu le cinéma contre le risque de la routine et la censure, fondé le Kanun, une des plus importantes structures cinématographiques en Iran, popularisé un cinéma iranien sans clichés en Occident, surpris les cinéphiles du monde entier, jusqu’à sa consécration à Cannes, en 1997, pour Le Goût de la cerise. Cette fable philosophique questionne l’acte du suicide, la liberté de mourir, dans un pays islamique. Dans la banlieue de Téhéran, Kiarostami nous embarque à bord de la voiture d’un quadragénaire désespéré cherchant un volontaire pour l’aider à mourir et à l’enterrer. Le pourquoi de sa quête reste dans l’ombre.

     

    La poésie du cinéma

    Publicite, fin dans 25 secondes

     

    L’ambiguïté des histoires demeure le trait caractéristique du cinéma de Kiarostami. Une vision du monde pétrie de scènes lumineuses et sombres superposées où les frontières entre le près et le lointain, entre la vie et la mort disparaissent. Le cinéma se transforme en poésie : « Pour moi, la poésie, ce sont des instants où nous perdons le sens de notre propre réalité, où nous transmettons à l’autre quelque chose de notre langage individuel, intime, qui émane de nos émotions personnelles. Et pour que cette transmission soit possible, il y a une empathie, une proximité nécessaire. C’est l’expression d’une souffrance ou d’une joie à un autre qui veut bien partager cette peine ou cette joie. C’est bien pour cela que la poésie ne peut pas toujours se dire. »

     

    Né le 22 juin 1940 à Téhéran, ce fils d’un peintre s’avère mauvais élève, mais dès son enfance, fasciné par le dessin et le cinéma. Abbas Kiarostami finance ses études aux beaux-arts à l’université de Téhéran par un boulot nocturne à l’administration de la circulation routière. Après, il démarre comme peintre dans la publicité avant de tourner ses premiers films publicitaires. Il gagne sa vie avec des annonces pour la télévision et des génériques pour des films lorsque la Nouvelle Vague iranienne démarre en 1969. Kiarostami s’y engage alors en créant un département « réalisation » à l’Institut pour le Développement intellectuel des Enfants et des Jeunes adultes de Téhéran (Kanun). Cette institution devient un des studios phares et le moteur de la modernisation du cinéma iranien. Dès le début de sa carrière Kiarostami se montre intransigeant par rapport à la mise en œuvre de ses idées cinématographiques. Lors du tournage de son premier court métrage de cinéma, Le Pain et la rue, en 1970, il s’acharne pendant 40 jours sur une seule scène de ce film de douze minutes afin de réaliser l’image qui trottait dans sa tête.

     

    Un cinéma prêt à bousculer une société figée

     

    Sous le règne du Shah, il manque de moyens, mais pas d’imagination : entre 1970 et 1979 pas moins de 13 courts, moyens et longs métrages voient le jour dont Le Passager en 1974 et Le Rapport en 1977. Le premier raconte l’histoire d’un jeune arnaqueur amoral, le deuxième évoque le destin d’un percepteur accusé de corruption. Des récits parsemés de sujets forts, prêts à bousculer une société figée, touchant à la morale, la justice et au sens de la vie.  

     

    Après la révolution iranienne en 1979, Abbas Kiarostami prend la décision de rester en Iran. Un choix jamais remis en question, malgré la pression de l’ordre islamique et de la censure subie. Kiarostami prend la direction du Kanun et réussit à obtenir un budget suffisant pour continuer à y produire des films jusqu’en 1992. Ainsi sort en 1987 Où est la maison de mon ami, entièrement tourné à la hauteur et du point de vue d’un enfant. Kiarostami réussit sa percée en Occident avec plusieurs prix décrochés au Festival de Locarno. Il agrandit encore sa réputation avec sa Trilogie de Koker dont La Vie continue, tournée après le terrible tremblement de terre en 1990, à Koker, un village dans le nord de l’Iran. Dans tous les films de la trilogie apparaît un chemin en forme de « Z » situé sur une colline. Cette figure du chemin Z sera la marque de fabrique de la sensualité formelle dans l’œuvre du maître persan qui était au-delà du cinéaste toujours aussi photographe, poète et peintre : « C’est souvent le cadre qui lui donne l’idée de la scène. Il commence vraiment comme un peintre, comme un visionneur », a raconté l’actrice française Juliette Binoche.

     

    Ecouter l’interview avec Abbas Kiarostami dans l'émission « Vous m'en direz des nouvelles » en octobre 2012.   05/05/2016 - par Jean-François Cadet Écouter

     

    La Palme d’or à Cannes et des pierres à Téhéran

     

    Salué à l’unanimité en Occident après la Palme d’or pour Le Goût de la cerise en 1997, Kiarostami devient de plus en plus dérangeant pour le régime iranien. Jusqu’à la veille de la projection prévue à Cannes, Téhéran avait bloqué le film pour non-respect du code de la censure à cause de l’évocation du suicide. Et lors de son retour en Iran avec la Palme d’or dans la main, Kiarostami est accueilli par des jets de pierres. En 2008, le réalisateur tourne son dernier film en Iran, Shirin, avec Golshifteh Farahani et Juliette Binoche, l’adaptation théâtrale d’un poème iranien du XIIe siècle, filmé sur les visages des spectateurs. Copie conforme, tourné en Italie, et Like Someone in Love, réalisé au Japon, est-ce la censure qui l’avait poussé à tourner ses derniers films en exil ? Voilà la réponse donnée par Abbas Kiarostami après la sortie de Like Someone in Love en 2012, au micro de RFI :

     

    « Je pourrais certainement faire des films en Iran. De toute façon, il est toujours compliqué de faire un film, où que vous soyez. Aller dans un pays inconnu dont la langue vous est complètement étrangère représente aussi une difficulté qui n’est pas forcément moindre par rapport à celle de travailler en Iran. Mais ce qui se passe, c’est que quand je pars à l’étranger, au moins, je peux anticiper sur les difficultés qui seront les miennes. Alors dans mon propre pays, une telle prévision est absolument impossible. Vous commencez le travail sans savoir ce que ce travail deviendra. Malheureusement, les lois dans mon pays ne sont pas claires. Il suffit d’un changement de personne pour que toute la législation aussi varie. Donc commencer un film en Iran est prendre un risque d’une autre nature. Mais cela ne veut pas dire que je ne peux pas faire de film en Iran. »

     

    La leçon de cinéma d’Abbas Kiarostami

     

    Sa mort ne changera probablement rien au statut de ses films dans son pays natal. Ils seront toujours condamnés par les autorités et pourtant vus par un grand public, affirmait Kiarostami en 2012 : « Tous les films sont vus en Iran. Ils peuvent être tournés n’importe où dans le monde, les cinéphiles iraniens qui sont extrêmement nombreux, finissent toujours par se procurer des copies. Et d’une manière générale, toute interdiction incite à l’infraction, mais ce seront des DVD au marché noir. »

     

    De toute façon, le combat cinématographique en Iran continue, par exemple avec l’ancien assistant de Kiarostami, Jafar Panahi, devenu le symbole d’une résistance cinématographique en Iran. Avec son Taxi Téhéran, tourné dans la clandestinité, le cinéaste iranien dissident, condamné à 20 ans d’interdiction de tournage pour avoir voulu filmer les manifestations après la réélection de Mahmoud Ahmadinejad en 2009, avait fait un formidable pied de nez aux autorités avec un Ours d’or remporté à la Berlinale 2015. La leçon de cinéma donnée par Abbas Kiarostami n’aura pas de scène de fin.

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  • Disparition

    Michel Rocard, le président empêché

    Par Jonathan Bouchet-Petersen, Chef de service France @BouchetPetersen 2 juillet 2016 à 22:33

     

    L'ancien Premier ministre, chantre d'un socialisme exigeant et moral, est décédé samedi. Il n'aura jamais pu faire valoir ses idées à la présidence.

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    On ne l’entendra plus bougonner de son phrasé saccadé contre le court-termisme et l’inconséquence de ses contemporains. Hospitalisé à la Pitié-Salpétrière, Michel Rocard, qui restera notamment comme le père du RMI et des accords de Nouméa, est mort ce samedi à l’âge de 85 ans, des suites d’un cancer qu’il combattait depuis plusieurs années. Marié trois fois, il était le père de quatre enfants. Depuis juin 2007 et une hémorragie cérébrale lors d’un voyage en Inde, puis un malaise au printemps 2012 lors d’un congrès à Stockholm, il était apparu de plus en plus éprouvé physiquement, mais nullement émoussé intellectuellement. Sa récente interview fleuve à la une du Point l’a encore démontré, lui que François Hollande a fait il y a peu Grand Croix dans l’ordre de la légion d’honneur.

    Incontestable homme d’Etat, Michel Rocard restera comme une figure singulière de la gauche française, héros de la deuxième gauche, et une voix familière de la France de ces cinquante dernières années. Un homme du siècle dernier mais résolument tourné vers l’avenir, passé, sur la scène politique, à côté de son destin ou en tout cas de son dessein présidentiel. Un intellectuel mêlant vie des idées et découvertes scientifiques qui, jusqu’au bout, aura participé au débat public. Avec un goût pour la complexité et en profitant de la liberté de ton de ceux qui n’attendent plus grand-chose car ils ont déjà beaucoup accompli.

    «Hamster érudit»

    Chez les scouts unionistes, le jeune Michel était «hamster érudit» et cela lui va très bien. Exigent avec ses interlocuteurs, ses collaborateurs et plus encore avec ses contradicteurs, Michel Rocard, officiellement retiré de la vie politique depuis l’automne 2008, a longtemps incarné une forme de gauche moderne, car réformiste, anti-«gauchiste» et portée par un homme de son temps, au fil d’une carrière brillante qui l’aura conduit à Matignon (88-91) au début du deuxième septennat de François Mitterrand, mais laissé aux portes de l’Elysée sans que jamais il puisse sérieusement y concourir. En 1981, à un an du scrutin, il faisait pourtant la course en tête chez les sympathisants PS.

    Dans ses bureaux des Champs-Elysées, mis gracieusement à sa disposition par un mécène de sa gauche, Michel Rocard recevait toujours la clope au bec. Une Gitane sans filtre. Loin de la caricature que les Guignols ont figé dans le latex, l’ancien Premier ministre était bien souvent aussi intarissable que passionnant, qu’il évoque la question de la dette, le triste sort des socialistes au pouvoir ou bien son dernier voyage d’ambassadeur des pôles, lui qui fut nommé à ce poste en 2009 par Nicolas Sarkozy. Il pouvait ainsi entamer un entretien sur la situation politique du pays par vingt minutes sur les pingouins avant de passer aux éléphants de la rue de Solférino. Le tout avec un art du récit inattendu tant sa diction exigeante semblait a priori un obstacle, maniant les longues démonstrations érudites et les saillies acerbes, et faisant preuve également d’un sens de la formule éprouvé. Député européen, son dernier mandat, durant quinze ans et jusqu’en 2009, Michel Rocard jugeait il y a peu que «l’Europe ne pourra être relancée sans que les Anglais en sortent». Un Brexit qu’il jugeait nécessaire mais pas suffisant. Sa voix européenne manquera au débat, lui qui se montrait sévère avec les dirigeants européens du moment.

    Né à Courbevoie le 23 août 1930, dans ce qui était alors le département de la Seine, Michel Rocard est issu de la moyenne bourgeoisie et de culture protestante. Il est le fils d’un scientifique de haut vol, ancien Résistant et l’un des pères de la bombe nucléaire française, qui l’aurait bien vu poursuivre dans la même voie. Mais l’étudiant Rocard, peu attiré par les sciences dures, choisit, drame familial, une formation plus littéraire. Et après une licence de lettres, il sort diplômé de Sciences Po en 1950 (où il rencontre Jacques Chirac ou Robert Pandraud). Puis de l’ENA en 1958 (promo dite «du 18 juin»), suffisamment bien classé pour intégrer l’inspection des Finances –comme un certain Emmanuel Macron quelques décennies plus tard. Il embrasse ensuite une carrière d’économiste «professionnel» au sein de la haute administration, un bagage loin d’être courant dans la gauche de l’époque et qui a toujours nourri sa réflexion politique.

    Militant socialiste depuis ses 19 ans, Michel Rocard est avant tout animé par un engagement européen et une aspiration anticolonialiste. Il est d’abord adhérent des Etudiants socialistes (SFIO) et en devient le leader sous le pseudo de Georges Servet –du nom d’un hérétique protestant, qu’il utilisera des années durant, jusqu’à son entrée à l’ENA. Mais quand la guerre d’Algérie se déclare et que la gauche se déchire, il fait partie des socialistes qui rompent avec la SFIO de Guy Mollet et adhèrent au Parti socialiste autonome (PSA). Quelques années plus tard, le PSA fusionne avec d’autres organisations pour donner naissance, en 1960, au Parti socialiste unifié (PSU), que Rocard décrit comme «le lieu du regroupement de tous ceux qui refusaient une gauche qui les déshonorait» (1). Pierre Mendès France, figure admirée, y prend sa carte l’année suivante. Rocard devient, quant à lui, secrétaire général du PSU en 1967 et demande alors une disponibilité à l’inspection des finances pour occuper ces «fonctions modestes et peu rémunérées».

    Durant les événements de Mai 68, le patron du PSU, dont l’organisation a la main sur l’Unef, le principal syndicat étudiant, se retrouve à jouer un rôle, jugeant les événements non négligeables et les «gauchistes», déjà, inconséquents. En 1969, après la défaite du général de Gaulle lors du référendum d’avril, Rocard porte, modestement, les couleurs du PSU à la présidentielle (3,61% des voix). Il s’en explique ainsi dans Mémoire vivante, livre d’entretien paru en 2001: «Mai 1968 n’était pas loin, tout le monde avait dans la tête qu’il s’était passé quelque chose de surprenant auquel la France ne comprenait pas grand-chose. Le message selon lequel tout cela était de la folie, qu’il fallait oublier, était insuffisant, et le discours des extrémistes trotskistes ou maoïstes, qui prétendaient changer le système économique, n’avait pas non plus de sens. Cette demande d’une France où s’instaure le dialogue, d’une France où les travailleurs auraient un droit d’expression dans leurs entreprises sur leurs conditions de travail, où la section syndicale d’entreprise serait reconnue, où les droits des femmes cesseraient, y compris juridiquement, d’être à ce point inégaux, tout cela méritait d’être repris et expliqué à l’opinion dans son ensemble. Il paraissait impossible pour François Mitterrand de repartir. Il n’avait pas vraiment suivi le mouvement de Mai 68, et n’était pas bien placé pour en parler» (1). Rocard se lance donc face à Georges Pompidou et le candidat de la «vraie droite» Alain Poher, mais aussi contre le candidat socialiste Gaston Defferre, allié à Mendès, qui plafonne à 5%. «Je n’avais jamais été candidat à rien. Je suis le seul des responsables politiques aujourd’hui à avoir commencé par la présidentielle, si l’on excepte les candidats marginaux», notait Rocard. Dans la foulée, il devient député des Yvelines en battant le Premier ministre sortant Maurice Couve de Murville, mais il sera à sontour sorti quatre ans plus tard.

    Lors de la présidentielle de 1974, il soutient François Mitterrand et son appel au peuple de gauche germe du futur programme commun avec le PCF, mais Valéry Giscard d’Estaing entre à l’Elysée. Quelques mois plus tard, actant que les «batailles» liées à la décolonisation font partie du passé et que Mitterrand «a dénoncé tardivement mais indiscutablement l’aventure coloniale française», Michel Rocard propose au PSU de rejoindre le PS: seuls 40% des votants soutiennent son projet. Il intègre tout de même le PS avec quelques maigres troupes, en même temps que certains militants proches de la CFDT comme Jacques Chérèque. Nous sommes trois ans après le congrès fondateur d’Epinay.

    Devenu membre du bureau exécutif du PS et un cadre à la compétence reconnue, l’ex-député Rocard est élu en 1977 maire de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Dans la foulée, il remporte les législative et récupère son siège à l’Assemblée nationale. Deux ans plus tard, fort d’une réelle popularité, il se lance de nouveau à l’assaut de l’Elysée en annonçant sa candidature à la candidature du PS pour la présidentielle de 1981. C'esy l'appel de Conflans. Candidat naturel de son camp, François Mitterrand n’a, lui, pas fait part de ses intentions. Et quand il se lance finalement, en novembre, Rocard est contraint de se retirer, en quelques sortes à l’insu de son plein gré. Une blessure politique et narcissique qui ne cicatrisera jamais vraiment. Et entre les deux hommes, l’inimitié de longue date se transforme en un antagonisme de notoriété publique, Mitterrand conservant jusqu’à sa mort, en 1996, l’ascendant institutionnel et le magistère électoral, voire spirituel, sur son cadet.

    Deuxième gauche

    Reste qu’au tournant des années 80, alors que mai 1981 se profile, le «rocardisme», cette deuxième gauche, commence à incarner quelque chose pour les Français. Et Michel Rocard, «réaliste» se réclamant de Mendès, a la cote dans les sondages, défendant un socialisme de gouvernement aussi européen que décentralisateur, et surtout moins étatiste –et même plus sensible à l’économie de marché– que la plupart de ses camarades favorables aux nationalisations totales. Des options pas (encore) majoritaire à gauche et, surtout, assez loin de la doxa communiste qui pèse encore son poids dans les urnes et que François Mitterrand compte bien, lui, rallier à sa candidature en y voyant à raison une condition sine qua non de la victoire. Avec succès, on le sait.

    Alors que pour la première fois, un président de gauche entre à l’Elysée, Michel Rocard, qui s’y serait bien vu, entame sa carrière gouvernementale: ministre d’Etat chargé du Plan, puis ministre de l’Agriculture dans les gouvernements Mauroy (1981-1983), puis dans celui de Laurent Fabius, dont il démissionne au printemps 1985 pour marquer son opposition avec la manœuvre mitterrandienne consistant à instaurer la proportionnelle aux législatives à venir. Jacques Chirac, libéral en diable, devient Premier ministre, tandis qu’une trentaine de députés FN font leur entrée à l’Assemblée nationale.

    Principale figure de l’opposition, Michel Rocard jouit toujours d’une forte popularité. Réélu en 1988, François Mitterrand est ainsi contraint de l’appeler à Matignon. A ce propos, «Tonton» avait déclaré: «Je vais le nommer puisque les Français semblent en vouloir. […] Mais vous verrez, au bout de dix-huit mois, on verra au travers.» Cette forme de cohabitation, glaciale, entre deux hommes du même bord va durer jusqu’en 1991. Rocard avait coutume de dire que cette mésentente les conduisait à ne pas s’imposer des réunions interminables et donc à se concentrer vertueusement sur l’essentiel.

    Nouvelle-Calédonie, RMI et retraites

    A Matignon, où un certain Manuel Valls est en charge de la presse et où Jean-Paul Huchon dirige le cabinet du Premier ministre, à une époque où les Claude Evin, Alain Richard, Jérôme Cahuzac ou Marisol Touraine sont, à des degrés divers, des «rocardiens», Michel Rocard ne perd pas de temps pour agir. Dès juin 1988, il obtient la signature des accords de Matignon actant les droits de la Nouvelle-Calédonie à l’autodétermination alors que l’île est en proie à une situation violente. Sa plus grande fierté à Matignon et l’action pour laquelle il dit avoir reçu le plus de menaces. Sur le front social, il instaure le revenu minimum d’insertion (RMI), après un vote unanime de l’Assemblée en octobre 1988. Deux ans plus tard, c’est la CSG, un nouvel impôt prélevé à la source dont l’assiette recouvre tous les revenus (du travail ou du patrimoine), qui voit le jour. On peut aussi créditer son bilan du premier «livre blanc» sur les retraites.

    Le 15 mai 1991, François Mitterrand lui demande de démissionner. Edith Cresson, avec le succès qu’on sait, lui succède à Matignon. Loin d’en avoir fini avec les responsabilités, Michel Rocard devient premier secrétaire du PS après la déroute du parti aux législatives de 1993. Expérience ratée, il ne restera rue de Solférino que quelques mois et devient député européen en 1994 après avoir conduit la liste socialiste aux européennes (14,5%) dans un contexte très défavorable où il doit subir la concurrence d’une liste Bernard Tapie, soutenue en sous-main par Mitterrand, qui lui taille des croupières. Le parti bascule dans les mains de Henri Emmanuelli avec l’aide de Laurent Fabius.

    Pour Michel Rocard, la roue a tourné et le rêve d’une nouvelle chance présidentielle, en 1995, semble définitivement s’éloigner. Ce qui ne l’empêchera pas une bonne dizaine d’années plus tard, en 2007, de proposer à Ségolène Royal, qu’il jugeait inapte, de se désister en sa faveur pour épargner une nouvelle déroute à la gauche. Il se prononce ensuite pour une alliance avec François Bayrou. En vain.

    Sarkozy élu, l’ancien Premier ministre socialiste fait partie des figures d’ouverture que le nouveau président se plait à nommer ou à qui il confie des rapports. Rocard, figure tutélaire de Terra Nova, crée ensuite en 2012 le Collectif Roosevelt, avec Stéphane Hessel, Edgar Morin et l’économiste Pierre Larouturrou, sorte de fils spirituel avec lequel il a publié en 2013 la mise en garde la Gauche n’a plus droit à l’erreur. En septembre, Flammarion publiera le dernier livre de l’ancien Premier ministre, Que reste-t-il du socialisme? Il restait notamment Michel Rocard.

    (1) Mémoire vivante, livre d’entretien avec Judith Waintraub (2001, Flammarion)

    Jonathan Bouchet-Petersen Chef de service France @BouchetPetersen
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    Michel Rocard, un destin militant

    Par Laurent Joffrin, Directeur de la publication de Libération 2 juillet 2016 à 20:00 (mis à jour à 20:15)
     

     

     

    Michel Rocard à Paris, le 9 mai 2011. Photo Fred Kihn

     

    L'ancien Premier ministre a marqué l'histoire de la gauche et laissé à la France des réformes précieuses. Il est décédé samedi à 85 ans.

     

     

    Il fut chef de parti, haut fonctionnaire, sénateur, député, ministre et Premier ministre. Mais il fut, avant tout et toujours, un militant. Chaleureux, inépuisable, amical, toujours lesté d’un trop-plein d’idées qu’il débitait à la vitesse d’une mitraillette, Michel Rocard fut le leader adulé et contesté de cette «deuxième gauche» à la fois plus pragmatique et plus inventive que la première, pionnier d’une social-démocratie à la française, rival historique de François Mitterrand, modèle d’une génération politique, compétent, inventif et honnête. Comme leader de parti, il a marqué l’histoire de la gauche. Comme chef de gouvernement, il laisse des réformes précieuses et, surtout, une morale de l’action qui servira longtemps de modèle à ceux qui veulent gouverner. Michel Rocard est décédé ce samedi, a annoncé son fils à l'AFP.

    À relire Le portrait de Michel Rocard publié en 2010

    Chez les scouts, qu’il a fréquentés une bonne partie de sa jeunesse, on l’appelait «hamster érudit». Du rongeur, il avait le nez pointu, le regard pétillant, le corps sans graisse et la nervosité fiévreuse. Quant à son érudition, elle était sans limite dès qu’il s’agissait du gouvernement des hommes ou de l’administration des choses. Il en abreuvait sans cesse son entourage, très vite étourdi par une éloquence convulsive, où une seule phrase, scindée en innombrables parenthèses et digressions, pouvait occuper un discours entier. Assénés d’une voix métallique ponctuée d’envolées sonores ou de rires juvéniles, les arguments s’alignaient comme s’ils sortaient d’un livre, réunis dans un désordre apparent et torrentiel pour justifier une politique qu’il bâtissait en parlant.

    Lutte contre la guerre d’Algérie 

    En conflit avec un père impérieux, grand savant et grand résistant, il avait refusé la carrière scientifique qu’on lui destinait pour entrer à Sciences-Po puis à l’ENA. A peine sorti de l’adolescence, il avait adhéré à la SFIO (Section française de l’internationale ouvrière) par conviction européenne et progressiste, tentant vainement d’y entraîner son ami et condisciple Jacques Chirac. Très vite, la politique algérienne de Guy Mollet le jette dans la dissidence. Secrétaire des Etudiants socialistes, il récuse la guerre menée par ses aînés et prépare la scission qui aboutira à la fondation du PSA (Parti socialiste autonome) avec Alain Savary et Edouard Depreux, les justes de la SFIO déshonorée par l’équipée coloniale.

    Haut fonctionnaire, il adopte de pseudonyme de Michel Servet, martyr du protestantisme et de la liberté. Il passe le plus clair de son temps dans les arrière-salles des cafés et des sièges de section, refaisant inlassablement le monde et le socialisme, petite main agitée et sans fatigue de la lutte contre la guerre d’Algérie.

    Militant du PSU (Parti socialiste unifié), il émerge en 1966 au colloque de Grenoble, qui jette les bases d’une gauche morale et réformiste dans la lignée de Pierre Mendès France. Le grand public le découvre en 1969 quand il est candidat du PSU à l’élection présidentielle, réalisant un score comparable à celui des candidats de la vieille gauche Defferre et Mendès. Le PSU est à la mode, son audace plaît aux intellectuels, son pragmatisme aux responsables, son parfum soixante-huitard à la jeunesse. Avec Edmond Maire, Jacques Delors, Jean Daniel ou Jacques Julliard, Rocard devient le porte-parole vif-argent d’une gauche renouvelée, à mi-chemin de la sagesse social-démocrate et de l’imagination de Mai 68.

    Rival horripilant et illégitime de Mitterrand

    Pourtant, en prenant le contrôle du Parti socialiste en 1971, Mitterrand le politique roué et littéraire devient le leader de la gauche face à l’énarque discoureur au brio d’inspecteur des finances rompu aux manœuvres de congrès. Voyant le PSU dans l’impasse, Rocard rejoint le PS en 1974 aux Assises du socialisme et suscite aussitôt la défiance de Mitterrand, qui voit dans le haut fonctionnaire soixante-huitard un rival horripilant et illégitime.

    Après avoir contesté sans trop de résultat la mainmise du député de la Nièvre sur le socialisme français, Rocard manque le coche en 1980, ratant sa déclaration de candidature et laissant le champ libre à un Mitterrand qu’on disait dépassé et qui gagne la présidentielle de 1981. Marginalisé pendant le premier septennat, Rocard ronge son frein dans des ministères de deuxième rang qu’il dirige néanmoins avec une passion bouillonnante. Réélu, Mitterrand se sent contraint d’appeler à Matignon le héraut populaire d’une gauche plus moderne que porte une partie de l’opinion.

    Il compte l’épuiser rapidement mais Rocard, entouré d’une équipe compétente et rusée, réussit fort bien à maîtriser «l’enfer de Matignon». Il dénoue brillamment l’imbroglio néo-calédonien, crée le revenu minimum d’insertion (RMI), la contribution sociale généralisée (CSG), réduit le chômage et dirige le gouvernement avec une sûreté créative qui finit par indisposer Mitterrand. «Dans six mois, on verra à travers», avait dit, cruel, le Machiavel républicain de la «France unie» réélu avec maestria. Rocard résiste trois ans, protégé par sa popularité et son activité incessante, si bien que Mitterrand le congédie brutalement sans motif, pour une fin de septennat calamiteuse et cynique.

    L’impossible rêve d’une société plus juste

    Rocard ne lui pardonnera jamais ce geste vindicatif. Il essaie ensuite de s’imposer à la tête de la gauche mais Mitterrand, retors, lance contre lui la torpille Tapie dans une élection européenne. Rocard est battu et humilié. Il se retire peu à peu de la course. Jospin devient leader du PS et Premier ministre. Rocard redevient militant, héraut du pragmatisme à gauche, vieux sage adolescent, toujours fébrile, toujours inventif. Il est ambassadeur des terres polaires, pilote de planeur, conscience d’une social-démocratie française toujours en chantier.

    Il écrit beaucoup, parle encore plus, court le monde, fustige la finance, l’inconscience des dirigeants, l’indifférence au sort de la planète et la corruption qui gangrène la politique. Enthousiaste jusqu’au bout, «hamster érudit» a poursuivi sans trêve l’impossible rêve d’une société plus juste, ramenant le socialisme français sur terre pour mieux illustrer l’idéal. Par son énergie, sa rectitude, son goût des changements réels, ici et maintenant, par la discipline constante du «parler vrai», il aura porté haut la morale en politique et restera comme un modèle pour tout militant progressiste qui veut quitter le ciel confus des préjugés et des dogmes pour voir le bout de ses actes.

    Laurent Joffrin Directeur de la publication de Libération
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    Grande Guerre : les poilus français

    se sont aussi battus

    lors de la bataille de la Somme

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    © Ministère de la culture, Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, diffusion RMN | Les restes de l'église de Fay dans la Somme avec au premier plan un canon de 90 mm en batterie et des soldats français, en août 1916.

    Texte par Stéphanie TROUILLARD

    Dernière modification : 29/06/2016

     

    Il y a cent ans, une offensive alliée était lancée dans la Somme. Pour les Britanniques, cette date est restée dans les mémoires. La participation des poilus a été conséquente, mais elle est pourtant oubliée.

     

    Le 1er juillet 1916, une grande offensive était déclenchée dans la Somme par les Français et les Britanniques pour tenter de percer le front allemand. Jusqu'en novembre, cette bataille, qui s'est révélée être un échec, fit, toutes nationalités confondues, plus d’un million de morts, de blessés et de disparus. Cent ans après, cet épisode de la Première Guerre mondiale est toujours très présent dans la mémoire des sujets de sa gracieuse majesté. En revanche, de l'autre côté de la Manche, beaucoup ignorent  l’engagement de l’armée française dans cette bataille gigantesque, méthodique et meurtrière. Le commandant Michaël Bourlet, docteur en histoire et chef du département histoire et géographie des écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan, explique à France 24 quel a été son rôle pendant les cinq mois de combats.

     

    France 24 : Comment les Français et les Britanniques ont-ils décidé de lancer une offensive conjointe dans la Somme en juillet 1916 ?
    Michaël Bourlet : Il faut revenir à la fin 1915. La situation était alors compliquée pour tous les belligérants mais plus encore pour les Alliés qui ont beaucoup attaqué sur le front de l’Ouest au cours de cette année, plus que les Allemands. Les Français ont ainsi perdu 350 000 hommes et les Britanniques environ 100 000. Mais ils décident de passer une nouvelle fois à l’offensive. Lors de la conférence interalliée réunie au QG français à Chantilly le 6 décembre 1915, le général Joffre fait part de sa volonté d’obtenir une coordination des efforts alliés pour abattre les puissances centrales. Bien entendu, le front de l’ouest reste prioritaire. Cependant, les Français et les Britanniques ne s’entendent pas sur le lieu. Les Britanniques privilégient une offensive dans le nord en direction des ports belges, alors que Joffre préfère une action au centre du front allemand, à la jonction des armées françaises et britanniques dans la Somme. La proposition du général français est finalement retenue le 14 février 1916.

     

    C’est donc une offensive qui est initialement pensée et planifiée par les Français. L’attaque doit se développer sur un front de 70 km entre Hébuterne et Lassigny, dont 40 à 50 km sont à la charge de l’armée française. Mais la bataille de Verdun, déclenchée fin février par les Allemands, contrarie ces projets en aspirant des réserves et des moyens français considérables dans la Meuse. Joffre maintient toutefois l’offensive dans la Somme car il veut tenir ses engagements envers les alliés et également soulager Verdun. Le projet, ainsi que l'effectif français, sont revus à la baisse : le front d’attaque est réduit de 70 à 40 km.

     

    France 24 : Le 1er juillet, lors du début de l’offensive, quel est donc l’engagement français dans la Somme ?
    Michaël Bourlet : Le général Foch, commandant du Groupe d'Armées Nord et responsable de l'opération, ne dispose plus que de 22 divisions et de 555 pièces d’artillerie, au lieu de 39 divisions et 1700 pièces d’artillerie lourde du projet initial. En tout, deux armées sont déployées pour cette offensive. La 6e armée du général Fayolle, à cheval sur les deux rives de la Somme et au sud, la 10e armée du général Micheler. À l’inverse, le général britannique Haig dispose d’effectifs nombreux rassemblés dans une trentaine de divisions. Il peut aussi compter sur des contingents canadiens, néo-zélandais, australiens, sud-africains. Au total, les forces françaises et britanniques sont soutenues par plus de 330 aéronefs et près de 3 000 canons. Avant le déclenchement de l’offensive, la victoire ne fait aucun doute d’autant que les Allemands, déjà engagés à Verdun, sont en infériorité numérique.

     

     

    France 24 : Mais l’offensive ne se déroule pas comme prévu et ce 1er juillet est une journée sanglante pour l’armée britannique qui perd 20 000 hommes en quelques heures. En revanche, est-il vrai que les Français ont connu quelques succès ?
    Michaël Bourlet :
    Effectivement, du côté français il y a de meilleurs résultats le 1er juillet. Il y a des pertes aussi, mais qui ne sont pas aussi importantes. Sur le plan tactique, les soldats français opèrent une percée de plusieurs kilomètres et s’emparent même des deuxièmes et troisièmes lignes allemandes. Le commandement français a tiré les enseignements de 1915 et de Verdun. Il maîtrise mieux le combat interarmes (liaisons infanterie, artillerie, aviation) par exemple, possède de meilleurs canons tandis que les soldats sont beaucoup plus expérimentés que leurs camarades britanniques.

     

    Ensuite, pendant le mois d’août, les Français travaillent à la préparation d’une nouvelle offensive, malgré l’échec et le traumatisme de juillet. Le 3 septembre, l’offensive française est relancée. La progression est lente et les combats autour de Combles et de Bouchavesnes sont très durs. À partir du 20 septembre, on entre dans la phase la plus terrible de la bataille pour les Français. La bataille s’enlise alors que les conditions météorologiques exécrables et la résistance allemande use les assaillants. Le 18 novembre, l’offensive cesse dans la Somme. Le haut commandement ne renonce pas et projette d’attaquer une dernière fois, misant sur l’usure de l’armée allemande. Les mauvaises conditions météorologiques et la démission de Joffre mettent un terme au projet.

     

    Cet échec s’explique notamment par le manque de collaboration entre les alliés. Il n’y a pas encore de commandement unique, il faudra attendre 1918. En outre, ce secteur n'a pas facilité la tâche des assaillants : les actions ont été divergentes ; la Somme qui partage le secteur d’attaque, complique les liaisons, etc. En outre, les Alliés ne parviennent pas à tirer le meilleur rendement de l’artillerie. Je serais tenté de dire qu’il y a trop de méthode dans cette offensive ce qui provoque une lenteur des opérations, un caractère processionnel de l’action et un refus de l'improvisation. Plusieurs occasions de percées ne sont pas exploitées. Bien qu’épuisés, les Allemands tiennent en adoptant une série de mesures qui visent à limiter l’usure de leurs forces. L’historien allemand Gerd Krumeich a bien montré qu’ils se sont battus avec le sentiment de défendre leur pays. Comme pour les Français à Verdun, c’est une victoire de la défensive.

     

    France 24 : On parle beaucoup justement de l’enfer de Verdun pour les soldats français, mais qu’ont vécu les poilus dans la Somme ?
    Michaël Bourlet :
    On peut aussi évoquer l’enfer de la Somme car ce sont les mêmes conditions. La météo, épouvantable, a contribué fortement à l’échec des franco-britanniques. Les pluies ont transformé le champ de bataille en un immense bourbier dans lequel plus d’un million de soldats français sont passés du 1er juillet au 20 novembre. Plus de 200 000 soldats français ont été tués, blessés ou ont été portés disparus dans la Somme. Ce sont des pertes importantes bien qu'inférieures aux pertes britanniques (420 000 hommes) et allemandes (650 000 hommes).

     

    France 24 : Alors que les pertes mensuelles ont finalement été plus importantes dans la Somme qu’à Verdun, comment expliquez que cette bataille n'est pas restée dans les mémoires?
    Michaël Bourlet :
    Je dirai que la bataille n’a pas été immédiatement oubliée. Après la guerre, les associations d’anciens combattants ont commémoré la bataille. La nécropole de Rancourt ou les monuments français qui couvrent le champ de bataille français sont là pour le rappeler. La nécropole franco-britannique de Thiepval montre qu’il y a eu également la volonté de commémorer la bataille de la part des deux alliés. Mais la bataille est aussi un échec alors qu’au même moment les Français résistent et repoussent les Allemands à Verdun. Par conséquent Verdun est devenu la bataille emblématique et la Somme est tombée dans l’oubli. Parallèlement, les Britanniques se sont accaparés la commémoration de la bataille étant donné le traumatisme qu’elle représente pour l’armée britannique. Mais cette bataille est aussi un temps fort pour les Sud-Africains, les Australiens, les Néo-Zélandais ou encore les Canadiens.

     

     

    Le front de la Somme du 1er juillet à fin novembre 1916

    À consulter : Michaël Bourlet est l’auteur du blog Sourcesdelagrandeguerre.

    Première publication : 29/06/2016

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  • La comédienne Nicole Courcel est morte

     

     

    Le Monde.fr avec AFP | 26.06.2016 à 13h46 • Mis à jour le 26.06.2016 à 14h13     LIEN

    Nicole Courcel.

    La comédienne Nicole Courcel, mère de l’animatrice Julie Andrieu et vedette de plusieurs séries populaires à la télévision, est décédée samedi 25 juin à l’âge de 84 ans, a-t-on appris auprès de sa fille. « Depuis plusieurs années, elle souffrait d’une maladie cérébrale », a déclaré Julie Andrieu.

    Nicole Courcel accède à la célébrité en 1949 avec le film Rendez-vous de juillet, de Jacques Becker. Elle tourne ensuite avec Sacha Guitry dans Si Versailles m’était conté (1953), puis dans la comédie à succès Papa, maman, la bonne et moi  (1955). On la retrouvera plus tard dans Les Dimanches de Ville d’Avray (1961), L’Aventure, c’est l’aventure (1972), de Claude Lelouch, ou encore La Gifle, de Claude Pinoteau (1974).

    Télévision et théâtre

    A partir des années 1970, Nicole Courcel va surtout travailler à la télévision avec des séries comme Les Boussardel, Madame Bovary, Allô, Béatrice !, où elle incarne une animatrice de radio inspirée de Macha Béranger, La Milliardaire de Jacques Ertaud ou Les Thibault.

    De son vrai nom Nicole Andrieu, elle a également connu plusieurs succès au théâtre, comme Le Cheval évanoui de Françoise Sagan, Les Sorcières de Salem ou Une journée particulière, version théâtrale du film d’Ettore Scola. Elle était très engagée dans la lutte contre l’enfance maltraitée au sein de l’association Enfant bleu.

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  • VIDEO.

    Sur Trafalgar Square, le mari de Jo Cox remercie, en larmes, la foule venue rendre hommage à sa femme assassinée

    Brendan Cox, veuf de la députée assassinée, était présent avec ses deux enfants lors de l'hommage rendu à Londres, mercredi.


    Le mari de Jo Cox remercie, en larmes, la foule venue rendre hommage à sa femme assassinée
    REUTERS et APTN

    Francetv info avec AFP et Reuters

    Mis à jour le 22/06/2016 | 20:19, publié le 22/06/2016 | 20:19     LIEN

     

    "Le meurtre de Jo est politique. Ce fut un acte de terreur visant à faire progresser la haine envers les autres", a dit Brendan Cox dans son discours, essuyant ses larmes. "Merci d'être tous là, ensemble, pour honorer la mémoire de Jo. (...) Egalement, merci pour tout l'amour que vous avez témoigné à notre famille depuis que notre monde s'est écroulé jeudi", a-t-il ajouté.

    Ce mercredi marque le 42e anniversaire de la défunte

    Ce jour de mercredi marque également le 42e anniversaire de la défunte. Lors de la cérémonie, les personnes présentes se sont donné la main. Elles ont ensuite levé les bras pendant la minute de silence.

    La lauréate pakistanaise du prix Nobel, Malala Yousafzai, étaient présente sur la scène dressée sur la place londonienne. Des roses blanches, les fleurs de la région d'origine de Jo Cox, le Yorkshire, flottaient dans les fontaines de la place.

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